Le traité transatlantique cède sous les évidences et la pression populaire

par Laurent Herblay
mercredi 31 août 2016

En ces temps parfois désolants, les bonnes nouvelles sont toujours bonnes à prendre. La prise de position concomitante en Allemagne, puis en France, contre le TAFTA, le traité transatlantique, peuvent représenter un heureux dénouement à cet accord défendant les intérêts des multinationales au mépris de la démocratie, même s’il conviendra d’être extrêmement méfiant dans les mois à venir.
 
 
Un moment protectionniste européen ?
 
Comme beaucoup d’autres, j’apporte ma petite contribution à la lutte contre ce funeste traité, et il semble que les efforts citoyens réunis finissent par faire réfléchir nos dirigeants. Le Figaro rapporte les réactions assez unanimes de ses lecteurs, qui ont su décrypter la propagande des partisans du laisser-passer, qui nous vendent des normes communes pouvant s’imposer mondialement, alors qu’il s’agit d’abandonner le contrôle de ce que nous consommons et permettre aux multinationales étasuniennes de nous vendre, le plus souvent sans information, des produits qui ne suivent pas nos normesLe vice-chancellier Allemand juge le traité déséquilibré en faveur de l’oncle Sam, quand notre secrétaire d’état au commerce a appelé à un arrêt des négociations dans le contexte actuel.
 
Il faut dire que les fables ultralibérales résistent mal à l’épreuve des faits. Les pays asiatiques, les modèles du développement, se sont développées en restant très protectionniste sur leur marché, comme même The Economist l’admet. La bible des élites globalisées a récemment rapporté les « dégâts collatéraux  » du libre-échange, 44% des emplois indutriels perdus aux Etats-Unis depuis 1990 s’expliquant par les importations venues de Chine ou la pression mise sur les salaires. Il faut dire que les révélations du printemps dernier concernant les négociations du TAFTA ont provoqué une recrudescence de l’opposition au traité de libre-échange transatlantique, notamment en Europe. Même The Economist note qu’il faudrait démontrer que ses traités profitent à tous, et pas à quelques uns seulement.
 
Il y a quelques mois, Paul Krugman avait vu un « moment protectionniste  » dans l’évolution du débat public aux Etats-Unis, avec les discours de Bernie Sanders et Donald Trump et l’inflexion d’Hillary Clinton. Cette semaine pourrait-elle être l’équivalent pour nos pays d’Europe continentale ? En outre, le Brexit a également affaibli le camp libre-échangiste dans l’UE. Malgré tout, il convient d’être extrêmement prudent car les prises de position récentes de la France et de l’Allemagne pourraient être oubliées dans quelques mois, étant donné la longueur des négociations. Et la commission européenne, par la voix de la commissaire au commerce a fait savoir officiellement que les négociations sur le traité « ont été difficiles, bien sûr, nous le savions depuis le début, mais elles n’ont pas échoué  ».
 
Bref, si ces déclarations représentent des victoires intéressantes, en revanche, nous n’avons pas gagné la guerre contre le TAFTA et il convient de rester mobiliser pour éviter le plus possible que nous ne finissions par devoir subir un accord dans quelques mois, après les échéances électorales…

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