Les Etasuniens et les armes feu : une histoire fusionnelle

par Clark Kent
jeudi 10 août 2017

En tant que nation, les Étasuniens entretiennent une relation profonde et durable avec les armes à feu qui constituent pour beaucoup d’entre eux un objet de fierté. Que ce soit pour la chasse, le tir sportif ou la protection personnelle, la plupart des propriétaires considèrent que le droit de porter des armes constitue le fondement de leur liberté. 

Au moins les deux tiers des citoyens américains ont vécu dans une famille possédant un pistolet au cours de leur vie, et les trois-quarts ont tiré avec un pistolet à un moment ou à un autre. Aujourd'hui, trois adultes sur dix disent posséder une arme à feu, et la moitié de ceux qui n’en possèdent pas disent qu’ils en achèteront peut-être un jour. 

Pourtant, la moitié des adultes connait personnellement quelqu'un qui a été abattu, accidentellement ou intentionnellement, et environ un quart reconnait avoir été menacé par arme. Ils considèrent que la violence des armes à feu constitue un très gros problème aux États-Unis, même s’ils en possèdent une eux-mêmes.

Une enquête nationale menée en mars et avril 2017, fait apparaitre les résultats suivants (1) :

 

Des liens souvent profonds, enracinés dans l’histoire

La majorité des propriétaires d'armes à feu (66%) en possède plusieurs et environ les trois quarts (73%) disent qu’il leur parait inconcevable de ne pas en posséder. Ils vivent pour la plupart dans un contexte social où la propriété des armes à feu est la norme. Près de la moitié de tous les propriétaires d'armes (49%) disent que la totalité de leurs amis en possèdent. Par contre, parmi ceux qui ne possèdent pas d'arme à feu, seulement un sur dix dit avoir des amis possédant des armes.

Le contact avec des armes à feu et leur maniement commence relativement tôt, en général vers 12 ans, surtout pour les garçons qui sont nés dans une famille qui en possède. Pour les filles des mêmes familles, l'âge moyen de leur première expérience de tir est de 17 ans. Les hommes ont tendance à acheter armes plus tôt que les femmes : 19 ans en moyenne, contre 27 ans pour les femmes.

L’élément caractéristique des propriétaires d'armes à feu est la liaison qu’ils établissent entre le droit à posséder des armes.

 

Démographie, géographie et culture

La possession d'armes à feu fait apparaitre un écart d’éducation : 41% des hommes non diplômés possèdent des armes à feu, contre 26% chez ceux qui ont suivi des études supérieures. Sur le plan géographique, la propriété des armes à feu est moins concentrée dans le Nord-Est que dans d'autres régions du pays, et il existe une grande différence entre les régions urbaines et rurales. 

 En ce qui concerne les médias spécialisés, presque quatre propriétaires de pistolets sur dix (39%) déclarent qu'ils regardent des émissions de télévision et des vidéos sur des armes à feu et 35% fréquentent des sites Web sur les armes à feu, la chasse ou d'autres sports de tir. 

Les hommes regardent plus ce genre de spectacles télévisés ou de vidéos que les femmes.

 

La protection, première justification

Les deux tiers des propriétaires d'armes à feu disent que la protection est une des principales raisons pour lesquelles ils possèdent un pistolet. Suivent la chasse et le tir sportif. La collection d'armes ou l’utilisation professionnelle arrivent en fin de liste. Bien sûr, pour de nombreux propriétaires d'armes, ces motifs se cumulent : 44% offrent plus d'une raison majeure pour posséder un pistolet.

Environ un adulte sur sept possédant ou ayant possédé une arme (15%) dit avoir tiré ou menacé de tirer pour se défendre, défendre sa famille ou ses biens.

 

Un pistolet ou un fusil à portée de la main

Quatre propriétaires sur dix (38%) estiment qu’un pistolet doit être à la fois chargé et facilement accessible à tout moment chez eux. Les hommes sont particulièrement attentifs à disposer d'une arme chargée : 43% des propriétaires masculins contre 29% des femmes disent que chez eux, un fusil chargé est toujours facilement accessible.

Parmi ceux qui possèdent une arme de poing, environ un sur quatre (26%) porte son arme sur lui en dehors de son domicile, proportion qui peut atteindre 41% s’ils considèrent l’environnement local comme dangereux.

 

Les précautions

Parmi les nombreuses précautions de sécurité possibles que peuvent prendre les propriétaires d'armes à feu, deux semblent faire l’unanimité :

La majorité des Américains qui ne possèdent pas d'armes à feu estiment qu'il est également important dans une famille de ranger les armes à feu déchargées dans un endroit différent des munitions. 

Mais lorsqu'on leur a posé des questions sur leurs propres habitudes, seulement la moitié des propriétaires d'armes à feu ayant des enfants de moins de 18 ans ont affirmé que toutes leurs armes étaient rangées dans un endroit fermé (54%) et qu’elles étaient déchargées (53%), et 30% d’entre eux ont admis garder à portée de la main une arme chargée.

 

Des propositions

Si la majorité des propriétaires et des non-propriétaires d'armes à feu sont favorables à l’exclusion des personnes atteintes de maladies mentales et des personnes figurant sur les listes fédérales, les groupes sont plus divisés en ce qui concerne trois autres propositions de réglementation :

Certains propriétaires d'armes sont ouverts à ces propositions. Environ la moitié d’entre eux (54%) est favorable à la création d'une base de données fédérale et 48% à l'interdiction des armes d'assaut. Mais seulement 44% des propriétaires d'armes seraient d’accord pour l'interdiction de chargeurs de grande capacité. Le soutien à ces propositions est beaucoup plus élevé chez les « non armés », avec environ les trois quarts ou plus affirmant qu'ils soutiendraient chacune de ces propositions.

En fait, la majorité des propriétaires d'armes préfèreraient des propositions qui élargissent leurs « droits », par exemple en autorisant de porter des armes dissimulées dans plus d'endroits et en permettant aux enseignants et à l’encadrement scolaire de porter des armes dans les écoles « à risques », propositions qui ne sont soutenues que par environ un tiers des non-propriétaires.

 

Clivages politiques et idéologiques

Il existe une fracture idéologique concernant la possession et le contrôle des armes à feu : plus de quatre républicains sur dix sont des propriétaires d'armes (44%), contre 20% des démocrates.

Les républicains sont beaucoup plus réticents que les démocrates pour créer une base de données sur le suivi des ventes et l’interdiction des armes de guerre et des chargeurs à grande capacité. En revanche, les républicains sont plus ouverts aux propositions qui élargiraient les « droits des armes à feu » : 82% des propriétaires d'armes républicaines sont favorables à l'extension des lois sur le port dissimulé à plus d'endroits, contre 41% de leurs homologues démocrates.

Les républicains sont deux fois plus nombreux que les démocrates à affirmer que posséder une arme est essentiel à leur liberté (91% contre 43%). De même, les républicains sont plus nombreux que leurs homologues démocrates à porter leur arme sur eux, ne serait-ce que temporairement (63% contre 45%). En réalité, 55 %des démocrates qui possèdent une arme de poing disent qu'ils ne la portent jamais.

 

La violence armée est-elle un problème aux États-Unis

La moitié des Américains décrivent la violence armée comme un très gros problème aux États-Unis, mais les perceptions des propriétaires d'armes à feu et de ceux qui n’en possèdent pas diffèrent considérablement. Alors qu'une majorité de ceux qui ne possèdent pas d'armes à feu (59%) considèrent la violence armée comme un problème majeur dans le pays aujourd'hui, un tiers des adultes qui possèdent des armes à feu disent que c'est un très gros problème. 

La majorité des Américains considère que la facilité avec laquelle les gens peuvent se procurer des armes illégalement est un facteur majeur de la violence armée aux États-Unis, mais les opinions divergent quand il s'agit d'armes à feu obtenues légalement

 Les non-propriétaires considèrent que la restriction des ventes d'armes légères entraînerait moins de fusillades en masse (56%), mais pas les propriétaires (29%). Les propriétaires d'armes à feu prétendent même qu'il y aurait moins de crimes si plus de personnes possédaient des armes à feu.

 

Le public est divisé en ce qui concerne l’influence de la NRA (2) sur les lois concernant les armes à feu aux États-Unis. Même si 44% de tous les adultes affirment que la NRA a une influence considérable sur la législation des armes à feu, 40% considèrent qu’il s’agit d’une influence positive. Relativement peu (15%) estiment que la NRA a trop peu d'influence.

Pour leur part, les membres de la NRA sont largement satisfaits (63%) de l'influence de l'organisation concernant les lois sur les armes à feu aux États-Unis. Pour 28%, elle en a trop peu, et pour 9% d’entre eux, leur organisation a trop d'influence concernant les lois sur les armes à feu. Parmi les non-propriétaires, 50% considèrent que la NRA est trop influente.

Entre 2000 et 2015 les armes à feu ont tué plus d’Américains que le sida, la drogue, le terrorisme et les guerres réunis.

 

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  1. Source : Survey of U.S. adults conducted March 13-27 and April 4-18, 2017 « America’s Relationship With Guns – Pew Research Center.
  2. NRA : National Rifle Association, dont le but est de promouvoir les armes à feu aux États-Unis et la défense d'une interprétation « non restrictive » du deuxième amendement de la Constitution des États-Unis. 

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