Les maillons faibles de l’OTAN

par Frédéric MALMARTEL
lundi 8 septembre 2014

L'agressivité dont fait preuve l'OTAN, sa volonté de s'étendre à tout prix, ne sont nullement des preuves de force. Ce sont, au contraire, des signes de faiblesse.

L'OTAN ne peut désormais plus survivre qu'en s'accroissant sans cesse toujours plus. Oui, mais voilà, les arbres ne montent pas jusqu'au Ciel. Arrive un moment où le Géant ne peut plus grossir, un temps où le Monstre ne peut plus enfler, et... comme une baudruche, il explosera.

L'OTAN a déjà ses failles, ses lignes de faiblesse, ses points faibles. Ils sont prêts à éclater. Les fissures ne sont pas toujours aux endroits les plus attendus, parceque le système otanien est si complexe qu'en réalité, il craque déjà en beaucoup d'endroits.

Dès qu'un pays tombera, quittera l'OTAN, l'édifice s'écroulera comme un chateau de dollars sans valeur.

Voyons les cinq maillons faibles d'aujourd'hui.

Quand l’OTAN joue au Maillon Faible
Montage de l’auteur

1– La Turquie

Contrairement aux apparences, la "Faille Turque" de l'OTAN n'a rien d'inattendue.

En réalité, la Turquie n'a jamais eu aucun points commun avec les valeurs que l'OTAN prétend défendre. La dictature de Kemal Atatürk établie de 1920 à 1938 tiendra plus des régimes facistes européens que des démocraties occidentales. Il n'y eut jamais eu d'élections libres dans la Turquie d'Atatürk. Quand à la "laïcité" turque, elle n'avait rien à voir avec la laïcité française. Elle tenait dans le fait que le gouvernement d'Ankara contrôlait les mosquées et absolument pas dans une séparation du religieux et de l'état. En réalité, la Turquie n'a jamais été laïque. Elle a vécue, jusqu'à l'arrivée des Islamistes au pouvoir sous un régime semblable à celui du Concordat de Bonaparte.

En 1952, la Turquie adhéra à l'OTAN. Ce fut un mariage de raison, deux raisons, devrais-je écrire. L'OTAN intégrait la Grèce, "abandonnée" aux capitalistes par Staline. La Turquie ne voulait pas laisser son ennemi juré rejoindre seul une alliance militaire qui aurait pu la menacer. D'autre part, en 1952, la Turquie comme l'Iran ne craignait point les Islamistes, mais... les Communistes (même si celà fait sourire aujourd'hui). Les USA et l'OTAN étaient le rempart.

Mais depuis, ce mariage imposé, a pris des coups de canif (ou de sabre !) dans le contrat. La Turquie s'est vu refuser son entrée dans l'UE, ou tellement différée qu'elle n'y croit plus, et lorgne aussi vers les ex-républiques soviétiques musulmannes et turcophones. La vision géopolitique d'Ankara n'est plus une vision atlantique.

Tout celà finit par se traduire dans les faits.

En 2003, la Turquie a refusé de participer activement à la curée contre l'Iraq. Elle interdira même le survol de son territoire aux avions américains. Sa participation se limita à... surveiller sa frontière. On a fait mieux comme alliance !

A chacun son tour d'être cocu. En 2013, la Turquie se remit difficilement du refus de Barack Obama d'attaquer son nouvel ennemi syrien.

Décidémment ce pays de 80 millions d'habitants grand comme une fois et demie la France, qui ne partage aucune de nos valeurs, semble bien décidé à jouer sa partition en solo ! Quoi de plus naturel ?

Vladimir Poutine ne s'y trompe pas. Et dans le cadre de sa politique très asiatique, la Russie "drague" désormais ouvertement la Turquie.

La Turquie est mûre pour quitter l'OTAN, sans perte ni fracas, en douceur mais fermement. Lorsque cette rupture se produira, l'OTAN ne pourra pas faire grand chose. Le "morceau" turc est trop gros.

2 – La Lettonie.

Ce pays est à l'opposé de la Turquie. Tout l'unit à l'OTAN. Ses racines européennes, sa religion chrétienne, sa laïcité... tout. Tout sauf une chose.. la moitié de sa population. En Lettonie, la minorité russophone représente presque 50% de la population, même si elle est sous-estimée aujourd'hui.

Cette immense minorité ne jouit là bas d'aucun droit. Ce qui est un scandal absolu dans une UE qui vous vend l' "Egalité des Droits" à tout bout de champs, mais on sait désormais après la Yougoslavie et l'Ukraine à quoi s'en tenir avec la bande de voyous qui la dirige ! Les Lettons Russophones ne sont même pas citoyens de leur propre pays ! même s'ils ont toujours parlé le russe depuis leur enfance alors que la langue officielle du pays à l'époque (URSS) était le russe : rien à voir avec des immigrants arrivant en France qui doivent apprendre le français, leur situation est celle que connaîtraient aujourd'hui des Rennais qui seraient privés de tout droit parceque ne parlant pas le breton !

Il s'agit d'un véritable Apartheid au coeur même de l'UE et de l'OTAN. Les Russophones n'ont même pas le droit de vote ! Ils sont traités comme l'étaient les Noirs dans l'Afrique du Sud de l'Apartheid.

Quand on sait qu'à Riga, la capitale, ils sont 53% ; on conçoit qu'on est assis là sur une bombe.

Comme en Ukraine, cette bombe finira par exploser et la Lettonie sortira, dans la violence, ou avec un gouvernement pacifique soucieux d'apaiser les tensions, de l'OTAN.

La situation est identique dans les autres pays baltes (Estonie et Lituanie), mais c'est en Lettonie que le problème est le plus criant à cause de l'importance de la minorité russophone.

3 – La Grèce

Comme la Turquie, la Grèce est entrée par effraction dans l'OTAN, en 1952. Elle y entrée pour contrebalancer l'arrivée de la Turquie rentrée pour contrer celle de la Grèce... l'histoire d'un serpent qui se mord la queue ? Pas forcément, c'était une façon pour les Etats-Unis de resserer leur contrôle sur cet état naturellement rebelle. En tout cas la lutte contre l'URSS ne pouvait pas être la vraie raison de l'entrée de la Grèce dans l'OTAN puisque nous l'avons dit, Staline avait abandonné la Grèce ! S'il l'avait voulu dans le camp soviétique il aurait tenté sa chance avant.

Même dans l'OTAN, depuis le début, et surtout depuis la chute du Mur de Berlin, Athènes n'arrête pas de lorgner du côté de Moscou. Et que je te conteste les "sanctions" (en fait le blocus) contre la Russie , et que je t'achète des armes russes au lieu d'armes américaines (ça fait quand même mauvais genre pour un pays de l'OTAN) et que je coopère joyeusement, y compris militairement, avec la Sainte Russie, ennemie jurée de l'OTAN ! Ben voyons !

On échappe pas à son histoire !

La Russie revendique haut et fort l'héritage de Byzance (relire à ce propos le discours de Poutine sur la Crimée), elle en assume la succession. La Russie représente et défend les Chrétiens d'Orient dont les Grecs font partie, plutôt que la laïcité. Elle est le leader du Monde Orthodoxe. Athènes ne peut pas y rester insensible, et n'y reste pas insensible.

4 - la France

Le solide ancrage actuel de notre pays dans l'OTAN ne doit pas tromper. La France, malgré des gouvernements désastreux garde un énorme potentiel (nous sommes la deuxième puissance maritime mondiale après les Etats-Unis) et un peuple jalousement attaché à son indépendance.Nous avons les moyens de sortir de l'OTAN. La sortie de l'OTAN qu'avait faite De Gaulle devrait être au niveau de l'Histoire une simple répétition pour une sortie définitive. Nous serons juste des "récidivistes" de la "désertion" otanienne.

5 – L'Italie

Je l'ai gardé pour la fin, parceque c'est ma préférée ! Parmi tous ses dons qui le caractérisent le peuple italien à celui de la réorientation géostratégique au bon moment ! ( L'Italie avait quand même trouvé le moyen de déclarer la guerre à l'Allemagne le 13 octobre 1943 quand ça commençait à mal tourner pour eux !). Ainsi l'ancien leader Silvio Berlusconi vient d'expliquer que nous avons fait fausse route en attaquant Poutine.

L'Italie ne sera certainement pas le premier pays à quitter l'OTAN, mais quand elle partira, à mon avis ça sentira vraiment le roussi pour l'OTAN !

Pour ne pas conclure

Rencontrer autant de situations très différentes, c'est presque inévitable, inhérent à un empire comme celui de l'OTAN. Loin d'être une richesse, comme le voudrait le Politiquement Correct, cette diversité nous le voyons est une faiblesse, la Faiblesse des grands empires...celle qui en vient toujours à bout.


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