Les papiers du vol légal de déserteurs aidés par des parasites

par Laurent Herblay
mercredi 8 novembre 2017

Dans nos sociétés, pour parvenir à changer les choses, il est essentiel de bien mener la guerre des mots. Et malheureusement, ceux qui dénoncent ces pratiques les nomment particulièrement mal, notamment le consortium de journalistes d’investigation qui vient de faire de nouvelles révélations. Faut-il y voir une raison pour laquelle les choses ne changent pas depuis si longtemps ?

 

Pour les combattre, il faut bien les nommer
 
« Les papiers du paradis  » ! Passons sur le choix de l’anglais, d’autant moins satisfaisant qu’il s’agit du pire globish, une mauvaise traduction qui fait d’un havre un paradis… Et ce choix n’est pas neutre, comme je l’explique depuis maintenant des années. Si ces pays étaient des paradis, alors les nôtres seraient des enfers. Et si c’est peut-être ce que ressentent ces fraudeurs à courte vue, dans la réalité, ces pays sont bien plus des parasites, qui pompent l’argent des autres pays par une fiscalité indécemment basse, en partant du postulat que les autres pays ne peuvent pas faire comme eux. Leur compétitivité repose sur une asymétrie qui n’est pas reproductible, ce qui la rend profondément injuste.

Problème, en parlant de « paradis », ces journalistes sous-entendent que nos pays seraient un enfer fiscal, et accréditent donc les politiques fiscales iniques de réduction de l’imposition des plus riches et des entreprises alors qu’ils n’ont jamais gagné autant d’argent. Pourtant, le terme « parasite », que j’emploie depuis longtemps, explique tellement mieux la nature des pratiques de l’Irlande, du Luxembourg ou des Iles britanniques. Dans le combat idéologique, le choix des mots est essentiel, et ici, ces dizaines de journaux et média se trompent sur toute la ligne. Et il ne faut pas parler d’opimisation fiscale ou d’évadés fiscaux (les pauvres…), mais bien de vol légal, et de déserteurs.
 
Car, malheureusement, tout ce qui est décrit est largement légal, comme les manœuvre de Microsoft pour planquer plus de 80% de son activité en France (et donc de ses profits) ailleurs. Car si rien n’a changé depuis 2009, quand Nicolas Sarkozy avait osé dire que les parasites fiscaux, c’était terminé, ce que ce vol fiscal, ce vol des citoyens, est non seulement légal, mais le produit de tous ces traités signés depuis des années, qui le facilitent, au premier rang desquels ces traités européens qui permettent à de nombreux parasites fiscaux de prospérer sur le dos des autres pays européens, dans cette UE qui pousse le vice jusqu’à mettre un ancien chef de parasite à sa tête.
 
Bien sûr, le gouvernement, comme l’UE, ont annoncé des mesures. Mais nul doute qu’il ne s’agit que de dérisoires postures, comme les annonces de Sarkozy en 2009, ou celles, plus récentes, de l’OCDE. Les listes ne servent strictement à rien. Dans la réalité, les solutions sont simples, mais fortes. Le « prix Nobel d’économie », Joseph Stiglitz, avait proposé de traiter les parasites fiscaux « comme les porteurs d’une dangereuse maladie (…) : quarantaine ». Et le moyen est simple : contrôle très strict des mouvements de capitaux avec ces pays, taxation, et mise en place de règles juridiques empêchant les facturations en dehors du lieu d’achat ou les versements de royalties dans les parasites.
 
S’il faut remercier tous ces journalistes d’investigation de ce travail digne d’un bon service public, je souhaite à nouveau leur adresser un message : pour mettre fin à ces pratiques détestables, il faut non seulement les rendre publiques, mais aussi bien les nommer. Un parasite n’est pas un paradis. Un déserteur n’est pas un évadé. Un vol légal n’est pas une évasion ou, pire, une optimisation.
 

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