Les quatre problèmes du « deal du siècle » de Donald Trump

par Patrice Bravo
samedi 1er février 2020

Le président américain a présenté l'initiative de paix pour régler le conflit israélo-palestinien, qui était préparée depuis trois ans. Pourquoi ce plan paraît irréaliste ?

 L'équipe d'experts américains sous la direction de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, a mis trois ans pour préparer son plan de règlement du conflit israélo-palestinien. Mardi 28 janvier, il a été présenté par le chef de l'Etat américain à la Maison blanche en présence du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Le nouveau plan n'est pas parfait, affirment-ils, mais réaliste et correspond aux attentes des deux entités – il règle le problème de la sécurité d'Israël et satisfait l'aspiration de la Palestine à devenir un Etat.

 Ce plan a été soutenu par M. Netanyahou mais a été immédiatement rejeté par le chef de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

 1. Le problème de Jérusalem

 L'Onu avait approuvé la solution à deux Etats avec une capitale à Jérusalem : Ouest pour Israël et Est pour la Palestine (à Jérusalem-Est se situe la vieille ville et les principaux lieux saints). La dernière fois une telle résolution a été adoptée à l'Assemblée générale des Nations unies en 2004. Donald Trump a déclaré que son plan prévoyait le maintien de toute Jérusalem en tant que capitale unique et indivisible d'Israël. Tout en précisant quelques minutes plus tard que la Palestine pouvait également posséder sa capitale – à Jérusalem-Est. D'après le texte, les Etats-Unis et Israël proposent aux Palestiniens de proclamer leur capitale en dehors de la ville historique, qui est déjà séparée de la ville par une barrière, qui inclut les quartiers Kafr Aqab et Shuafat, où se situe un camp de réfugiés. Les Palestiniens pourraient appeler leur capitale Al-Quds (appellation arabe de Jérusalem). En entendant cette proposition Mahmoud Abbas a déclaré : "Jérusalem n'est pas à vendre."

 Sous l'administration Trump les Etats-Unis ont été le premier pays à reconnaître Jérusalem en tant que capitale indivisible d'Israël, en y déménageant leur ambassade. Aucune autre puissance mondiale n'a soutenu l'initiative de Washington. En proposant de faire de Jérusalem une capitale exclusive d'Israël les auteurs du plan indiquent que ces dernières années, quand de facto toute la ville est contrôlée par ce pays, le calme y règne, alors qu'une nouvelle séparation provoquerait de nouveaux troubles. Les Etats-Unis proposent de ne pas changer le statut du mont du Temple.

 2. Le problème des réfugiés

 La création de l'Etat d'Israël en 1948 sur le territoire de la Palestine se trouvant sous le mandat britannique a provoqué une vague de réfugiés, et les guerres israélo-arabes qui ont suivi n'ont fait qu'accroître ce flux. Conformément aux règles fixées par l'Onu, sont considérés comme réfugiés palestiniens ceux qui ont vécu en Palestine entre le 1er juin 1946 et le 15 mai 1948 et leurs enfants. En 1950, quand dans la région a été créé l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), on comptait 750.000 réfugiés, et actuellement l'organisation apporte une aide à environ 5 millions de personnes. En 1948, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution appelant à accorder aux réfugiés la possibilité de revenir dans leur foyer. Pour Israël, où vivent actuellement près de 9,1 millions d'habitants, le retour de réfugiés palestiniens dans leur ancien lieu de résidence pourrait engendrer un changement de la situation démographique.

 Le plan de paix de Donald Trump ne règle pas ce problème.

 3. Le problème des territoires

 En présentant ce plan, Donald Trump insistait sur le fait qu'il règle également le problème principal, celui des territoires. Cependant il est réglé au profit d'Israël, qui construisait pendant des décennies des colonies sur les territoires contestés, et à présent reçoit un soutien de Washington pour les annexer. Les Etats-Unis sont prêts dès à présent à reconnaître la souveraineté d'Israël dans la vallée du Jourdain sur les territoires de l'Est en Cisjordanie. Cela couperait la Palestine de la Jordanie voisine.

 D'après le président américain, ce plan doublerait les territoires de la Palestine, même si leur superficie resterait inférieure par rapport aux frontières avant la guerre de 1967. Cela doit se produire grâce à la suspension de l'activité coloniale d'Israël en Cisjordanie dans les régions qui ne passent pas sous le contrôle de l'Etat hébreu et grâce à l'échange de territoires.

 4. Les problèmes de la construction étatique

 Bien que ce plan appelle à la création de deux Etats et à leur reconnaissance réciproque, la Palestine est soumise à une multitude de conditions qui doivent être remplies avant qu'Israël ne reconnaisse sa souveraineté. En particulier, les dirigeants palestiniens doivent d'abord reconnaître l'Etat israélien, renoncer au terrorisme et désarmer les groupes militarisés. Le contrôle sur la bande de Gaza palestinienne doit passer du Hamas à l'administration palestinienne de Bethléem, et le Hamas doit être désarmé.

 Etant donné que les territoires palestiniens seraient disparates, le plan prescrit la nécessité de construire une infrastructure de transport – un tunnel entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, des ponts et des autoroutes en Jordanie. Ce plan prévoit également un accès de la Palestine aux ports de Haïfa et d'Ashdod, la construction d'une station balnéaire palestinienne au bord de la mer Morte et la possibilité de pratiquer l'agriculture dans la vallée du Jourdain. Au total, promettait le locataire de la Maison blanche, jusqu'à 50 milliards de dollars pourraient être investis dans la Palestine unifiée. Les politiques palestiniens possèdent un délai de quatre ans pour les négociations.

 Ce plan est-il réaliste ?

 Il est évident que le plan de Donald Trump correspond davantage aux exigences d'Israël que de la Palestine, déclare Ian Bremmer, président de la société internationale de recherche et de consultation Eurasia Group. "Israël se voit offrir la possibilité d'annexer les territoires où se situent ses colonies. Les Palestiniens obtiendront une capitale à la périphérie de Jérusalem sans droit de revenir en Israël et sans contrôler les lieux saints", a-t-il écrit sur Twitter (https://twitter.com/ianbremmer/status/1222217792721694721). De plus, le mouvement Hamas doit reconnaître la souveraineté d'Israël et déposer les armes. En échange, M. Netanyahou a accepté de reconnaître la souveraineté de la Palestine et de suspendre la création de nouvelles colonies sur les territoires qui, selon le plan américain, pourraient revenir à la Palestine.

 D'après Ian Bremmer, ces conditions seront certainement inacceptables pour la Palestine. Le compromis de ses autorités dépendra de deux facteurs, selon l'analyste. Premièrement, Donald Trump a admis de nouvelles concessions pour la Palestine si elle collaborait avec les Etats-Unis et Israël. Deuxièmement, la Palestine pourrait subir la pression des pays arabes de la région qui considéreraient la proposition américaine comme la dernière chance de mettre un terme à la crise.

 

Source : http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1354


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