Lula, un héritage convoité !

par Lucas Matheron
mercredi 29 août 2018

Incarcéré depuis 5 mois, l’ex-président Luiz Inácio Lula da Silva, o Lula du Parti des Travailleurs (PT), représente 40% des intentions de vote à un mois et demi du scrutin le plus controversé et le plus imprévisible que le Brésil n’ait jamais connu. Un pactole dont nombre de partis politiques voudrait bien s’approprier.

Un récent entrefilet sur Arte, Brésil : la campagne compliquée de Lula, le soulignait ce week-end (25/08), tout comme un article du Point le 24/08/2018, ou celui-ci, du 21/08 : les élections présidentielles brésiliennes s’annoncent chaudes. Qui plus est, alors que cette bataille électorale singulière s’engage, on voit, à gauche, une course à l’héritage de Lula.

D’un côté, on trouve Ciro Gomes, du Parti Démocratique Travailliste (PDT), le parti de la rose qui intègre l’Internationale Socialiste, et qui se veut l’héritier politique de Leonel Brizolla, une des plus grandes et des plus respectées figures politiques brésiliennes, fondateur du PDT. Il a choisi opportunément comme vice-présidente la sénatrice Katia Abreu, propriétaire terrienne et ex présidente de la Confédération Nationale de l’Agriculture qui rassemble les « ruralistes », ceux-ci formant le groupe le plus important et le plus actif du Parlement, résolument à droite.

De fait, sous couvert d’un décor progressiste qui associe l’image de Lula à la sienne, le programme ‘ciriste’, crédité de 5% des intentions de vote, est une version populiste du programme néolibéral où l’on ménage la chèvre et le chou pour récupérer des votants de tous bords. L’autre jour, après une tentative infructueuse auprès du groupe centriste, le candidat Ciro faisait la une des journaux pour avoir requis auprès de la Justice une autorisation de visite à son ‘ami’ Lula en prison. À ce stade, on peut s’interroger sur les raisons profondes de cette demande, car en associant son nom à celui de Lula, les algorithmes des réseaux sociaux se sont emballés sur ce fait qui aurait pu être anodin en toute autre circonstance.

De l’autre, on a l’Extrême-gauche qui, bien que n’alignant pas de candidat au poste suprême de l’État, mène une campagne d’usure contre les membres les plus emblématiques du Parti des Travailleurs. De plus, tout en resservant à ses militants un discours suranné sur la lutte des classes, le président du directoire du Parti de la Cause Ouvrière (PCO) exhorte à l’abstention au cas où Lula lui-même serait empêché de participer librement au scrutin, tout en fondant sa campagne sur la libération de Lula avec pour slogan : « C’est Lula ou Rien ».

Or, il est tout à fait possible, et certains disent probable, que le leader progressiste reste prisonnier de la machination juridique dont il est l’objet, malgré toutes les tentatives de ses avocats d’en appeler à la Constitution nationale et même avec la récente décision de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU qui rappelle au gouvernement brésilien ses engagements internationaux.

Il se trouve que l’abstention, on l’a connue en France, est la voie royale pour profiter à l’adversaire. Compte tenu du fait que le PT est actuellement le seul parti à même de contrer le coup d’État dont il a été l’objet et remettre le pays sur la voie progressiste dont Lula a été l’artisan incontesté, son absence au second tour du scrutin verrait immanquablement l’élection d’un candidat de droite et la continuité politique, économique et sociale néolibérale déjà mise en œuvre par le gouvernement illégitime de Temer.

Alors on se demande pourquoi cet acharnement à diviser la gauche dans un moment de telle instabilité et face à un tel danger, alors que les sondages sont unanimes pour donner le PT gagnant aux élections. Gagnant, si toutefois il y a union autour de sa candidature et participation sans faille au scrutin. On navigue malheureusement en eaux troubles et on n’a pas de réponse pour l’instant.

Sur ce sujet particulier, j’ai eu le plaisir de voir publié un de mes articles, ce mardi 28/08, sur GGN, un des sites les plus renommés de la blogosphère brésilienne. 

Parmi les fronts de gauche se trouve aussi le PSOL, le Parti Socialisme et Liberté, fondé en 2004 sur dissidence du PT, qui présente aussi son candidat avec quelque 1% d’intentions de vote. On comprend, bien sûr, le jeu démocratique et le besoin de représenter et de défendre son point de vue et ses divergences, mais on peut regretter que dans une situation d’exception où l’ordre démocratique a été balayé, il n’y ait pas une union tout aussi exceptionnelle. Toutefois, quand on sait que Lula est, à l’heure actuelle, un étendard qui unit 40% de l’électorat brésilien, on peut comprendre que nombreux sont ceux qui visent cet héritage. « Bonsoir Président Lula ! » a lancé Guilherme Boulos, le candidat du PSOL à la présidence, lors du premier débat télévisé, alors que celui-ci était évidemment absent sur le plateau. Toutefois, tout porte à croire que leur consigne de vote au second tour sera en faveur de Lula dont Boulos est assez proche.

Malgré les déchirements d’une gauche immature, voire opportuniste, et les manœuvres sournoises d’une droite putschiste, du fond de sa cellule c’est quand même Lula qui écrit l’Histoire.


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