Maroc : vous avez dit intellectuels, quels intellectuels ?

par Mohamed Takadoum
samedi 29 juin 2019

Dans beaucoup de pays du monde, les intellectuels sont le fer de lance de la contestation des pouvoirs en place et surtout l'évolution des sociétés. A l'avant garde pour faire évoluer leur société, porter les nobles idéaux de justice, de liberté et d'égalité et servir ainsi d'exemple pour la jeunesse, ils ont une capacité d'indignation que n'ont pas les communs des mortels pour stigmatiser, dénoncer les injustices de toutes sortes, les abus de pouvoir, les atteintes aux libertés et aux droits de l'homme mais aussi combattre les idée passéistes et rétrogrades.

Dans notre pays, nous avons à mon humble avis par les temps qui courent que de pseudo intellectuels. Et voici pourquoi ?

- Nous avons d'abord ce qu’on peut appeler les intellectuels de cour, des beni oui oui qui applaudissent à tout rompre le pouvoir en place en dépit des insuffisances et des abus inhérents à l'exercice de tout pouvoir. Ils sont notamment sollicités sur les plateaux télés publiques pour expliquer que tout va bien.

- Des religieux et autres barbus qui sont la pour veiller aux interdits et s'opposer à tout développement humain et de la société sous prétexte d'une lecture littérale et désuète des textes sacrés. Incapables de faire un effort sur eux même, ils sont toujours dans un passé qui est révolu. De ce fait, ils font beaucoup plus de mal à une religion qu'ils disent défendre en la maintenant figée, alors qu'il n'y a pas plus pragmatique que celui qui a révélé cette même religion Sidna Mohammed ص. Sa vie et ses enseignements constituent une véritable illustration de son pragmatisme. Du fait des tenants d’un Islam rigoriste, le discours religieux n'a plus grande prise notamment sur une grande partie de la jeunesse à cause notamment de l’intégrisme et de de l'échec de l'Islam politique, et du manque d'audience de nos oulémas les plus éclairés, lesquels dans le sillage de nos grands alems, Allal El Fassi, Mokhtar Soussi, Abdellah Ghennoun Mekki Naciri entre autres qui étaient en outre des poètes et pour certains des romanciers, tenaient un discours mesuré en phase avec la modernité. La vague wahhabites et salafistes qui a déferlé sur le pays pendant des décennies a rendu inaudible les plus modérés. L’enjeu donc pour le pays est de renouer avec un passé proches dans lequel les alems étaient des intellectuels ouverts sur le monde.

- Nous avons aussi les identitaires qui se découvrent notamment une identité amazigh et qui ne peut s'affirmer d’après certains extrémistes que dans l'exclusion des autres, de toutes les autres composantes de la société marocaine, arabe, hassani notamment. La constitution de 2011 a insisté l’unité de l’identité marocaine « Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie ». Ces composantes sont appelés plus à enrichir cette identité qu'à soulever des conflits notamment de légitimité ou de prééminence. On est allé jusqu’à interroger la génétique pour les plus extrémistes. Comment peut-on parler d’intellectuels pour les tenants de ces idées extrémistes qui trouvent malheureusement des audiences sur les réseaux sociaux ou sur les colonnes d’une certaine presse électronique.

- Et enfin les adeptes de l'auto flagellation que certains appelent nihilistes. Dénigrer ce que nous sommes devient un sport national chez certains et nous empêche d'avancer. Cela n'a rien à voir avec de fait de critiquer les gouvernants ou les dérives sociétales. Ce qui est légitime en tout cas dans le respect de la loi. Dénigrer ce que nous sommes est susceptibles de faire de nous des apatrides dans leur propre pays et créer une jeunesse qui n'a aucun attachement avec cette terre donc prête à aller à tous vents. Et pourtant, nous sommes le seul pays de la région qui a sauvegardé son indépendance depuis des siécles notamment de la domination ottomane de plusieurs siècles sur le monde arabe. Le protectorat franco-espagnol qui n'a duré qu'un peu plus de 50 ans ne peut etre considéré que comme un accident d'une longue histoire. Des villes impériales sont des témoignages encore vivants d'une civilisation encestrale, Rabat, Salé, Fes, Marrakech, Meknes, Tetuan, etc. Le monde entier nous envie notre beau pays, nos paysages magnifiques, notre emplacement géographique stratégique, notre gastronomie, nos caftans et en général notre culture ancestrale. La nouvelle vague de nos jeunes chanteurs inconnus dans l'Hexagone car chantant en arabe est en train de s'imposer dans le monde arabe et musulamans et au dela et d'imposer notre darija (arabe parlée) naguère ignorée au moyen orient pour supplanter l'égyptien et le khaliji.

Comme une société et un pays ne peuvent fonctionner qu'en ayant de vrais intellectuels qui forment le fer de lance de tout changement, et qui militent d'abord pour l'unité du pays et de ses composantes on peut s'interroger utilement, avons-nous vraiment de vrais intellectuels ?


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