Nouvelles pressions sur les étudiants palestiniens

par Nicolas Antoine
mardi 28 janvier 2014

L’université palestinienne de Jérusalem-Est a été la cible d’un nouveau raid mené par les forces de défense israéliennes le mercredi 22 janvier, l’attaque la plus importante qui aie eu lieu récemment sur le campus, d’après des témoins.
 

photo d’une élève pendant l’attaque du 22 janvier

Je faisais état de ces agressions répétées sur l’université Al Quds dans un article précédent en décembre 2013, où j’interrogeais les raisons de ces pressions.. http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/jerusalem-est-l-universite-sous-145198

L’attaque du 22 janvier a eu lieu lors de manœuvres de l’armée à proximité de l’université, explique Rima Najjar, professeure de littérature à Al Quds : des étudiants ont réagi par des jets de pierre à la présence de soldats venus terminer la destruction entreprise la veille d’une maison située face à l’entrée principale de l’université, contre le mur de séparation..

Le propriétaire de la maison n’avait pas reçu l’autorisation officielle israélienne, car pour construire à Jérusalem-est, en territoire palestinien sous contrôle militaire israélien, il faut un permis de l’autorité israélienne -un permis qui n’est quasiment jamais délivré-, sans quoi la maison construite court le risque d’être rasée à tout moment par un bulldozer de l’armée.

Les soldats ont alors appelé des renforts et procédé à l’attaque de l’université à l’aide de gaz lacrymogènes, de bombes assourdissantes et de balles d’acier recouvertes de caoutchouc. Le raid, qui a duré plus de deux heures a commencé vers midi, alors qu’avait lieu une présentation musicale dans la cour, où se trouvaient beaucoup d’étudiants.

Vidéo publiée par le canal de l’université (sous-titres anglais)



Tandis que les élèves se réfugiaient à l’intérieur des bâtiments pour échapper aux gaz, les volontaires du Croissant-Rouge organisaient un lieu où traiter les blessés. Qasem, étudiant et bénévole du Croissant-rouge raconte sur son blog : « C’était terrifiant. Les soldats de l’IOF* sont entrés dans l’université avec leurs armes ! Ils sont allés jusqu’au milieu du campus et ont entouré certains bâtiments, ils ont détruit beaucoup de choses. ».

Nadeen, qui participait à la présentation musicale raconte être restée enfermée pendant 2 heures avec 200 personnes dans une salle de cours trop petite, avant de sortir à découvert pour trouver un autre abri :« Ca n’est pas aussi effrayant que c’est déroutant, dit-elle, car encore une fois, pourquoi font-ils ça ? »

Interrogée sur les provocations dont ont fait l’objet les soldats, Rima Najjar réagit vivement : « Il faut comprendre que pendant des incidents de ce genre, la provocation vient toujours du côté israélien. Leur seule présence à Abu Dis est une provocation envers les palestiniens qui y vivent. Le mur illégal d’apartheid est une provocation. L’annexation illégale de Jérusalem, dont les habitants d’Abudis sont coupés, est une provocation. Démolir des maisons est une provocation. Les enfants et les jeunes d’Abudis réagissent invariablement en jetant des pierres sur ces forces israéliennes à chaque fois qu’ils les voient. Ils ont assez de dignité et de respect d’eux-mêmes pour continuer à protester contre leur propre oppression, malgré tout. »

Les élèves interrogés font part de leur incompréhension et de leurs inquiétudes devant l’intensification des attaques. Il s’agit là d’un évènement mineur dans le contexte général israélo-palestinien, mais les agressions exercées sur les établissements d’éducation sont symptomatique de l’oppression morale, à feu lent, subie par les palestiniens.

D’autres établissemnts d’éducation comme l’université Birzeit à Ramallah et celle d’An-Najah, à Naplouse font état de pressions et de restrictions, notamment en matériel. « Etre entourés de soldats et voir des étudiants jeter des pierres n’est pas le plus effrayant, écrit Qasem, mais l’idée de perdre l’université et la possibilité d’apprendre est terrifiante ! »
 

*IOF, Forces d’Occupation Israéliennes est le sigle communément utilisé par les palestiniens pour désigner l’IDF, les Forces de Défense Israéliennes.

 

Autres liens :

Vidéo publiée sur le média des étudiants Alqods.ps

Reportage de la télévision palestinienne

Article en anglais relatant les faits sur le média palestinien Ma’an news 

Site de l’université

Soldats postés à l’extérieur de l’université
(photo Rima Najjaar)
bombe lacrymogène dans l’université
(photo Qasem Tobal)
distribution de masques
(photo Rima Najjar)
des élèves s’enferment dans un bâtiment
(photo Rima Najjar)
des soldats s’introduisent dans l’université
(photo Samer Nazzal)
soldats dans la cour principale de l’université
(photo Qasem Tobal)

un soldat tire sur les étudiants dans l’université
(photo Qasem Tobal)

la porte d’entrée à nouveau brisée
(photo Samer Nazzal)

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