Peloton d’exécution pour un condamné en Utah

par Diane Saint-Réquier
samedi 19 juin 2010

A minuit vingt heure locale, Ronnie Lee Gardner, 49 ans, a été déclaré mort. Une exécution qui a fait beaucoup de bruit, et pour cause, c’était la troisième seulement par fusillade depuis 1977 (date où la peine de mort est redevenue légale aux Etats-Unis après une pause de 4 ans). C’était aussi l’occasion pour de nombreuses associations de remettre sur le devant de la scène les problématiques entourant la peine capitale dans le pays.

Une mort plus « humaine » ?

Depuis 2004, l’Utah n’autorise plus le choix du peloton d’exécution, lui préférant l’injection létale. Mais les condamnés antérieurs à cette loi peuvent encore choisir cette option, comme l’a fait Gardner. C’est d’ailleurs, avec l’Oklahoma, le seul Etat où cette méthode est encore rendue possible légalement.

La procédure se déroule dans une pièce de six mètres sur sept. Le condamné est attaché sur une chaise noire, en dessous de laquelle un plateau est installé pour récupérer le sang. Il est cagoulé, et une cible blanche est épinglée au niveau de son cœur. En face, cinq tireurs sélectionnés pour leur précision se placent derrière un mur, dont ne dépasse que l’extrémité de leur calibre 30. L’une des armes est chargée à blanc, laissant aux tireurs le doute sur la provenance de la balle mortelle. Les témoins de l’exécution se trouvent derrière une vitre pare-balle, pour prévenir les ricochets.

Cette méthode de mise à mort a été décriée à moult reprises pour sa « barbarie », et son côté réminiscent de la justice du Far West. Pourtant, en 1938, un condamné à mort avait accepté d’être branché sur un électrocardiogramme pendant son exécution. Les résultats ont montré un arrêt du cœur en moins d’une minute, faisant donc du peloton d’exécution la technique la plus rapide et la moins douloureuse de l’attirail mortifère de la justice américaine.

Autre reproche fait à la méthode : elle serait, par sa rareté, un choix visant la médiatisation, une façon de partir dans un « coup d’éclat ». L’aspect très sanglant de l’exécution serait aussi une manière d’embarrasser l’Etat qui la met en œuvre, et d’attirer l’attention. Dans le cas de Gardner, qui a sobrement demandé « je voudrais le peloton d’exécution s’il vous plaît » lors de sa dernière audience en avril, ce serait simplement une question de préférence selon l’un de ses avocats.

L’injection létale, beaucoup plus « propre » à regarder et à réaliser est néanmoins sujette à de houleux débats. Le personnel qui l’administre n’ayant pas de formation médicale, il arrive (souvent ?) que les dosages des trois médicaments ou leur ordre d’injection soient incorrects, occasionnant une mort lente (environ 9 minutes) et douloureuse. Mais personne n’aime avoir du sang sur les mains.

Un homme changé

C’est ainsi que l’un de ses avocats, Andrew Parnes, le décrivait récemment à des reporters. La liste des crimes de Gardner est longue, indiscutablement. D’abord condamné en 1980 pour un braquage, il parvient à s’enfuir quatre ans plus tard. Après quelques mois dehors, il tue Melvyn Otterstorm, un barman à Salt Lake City. Le 2 avril 1985, pendant son procès pour ce meurtre, il tente une nouvelle fugue et tire un coup fatal sur un membre du parquet, Michael Burdell. C’est donc d’une double condamnation à mort qu’écope Ronnie Lee Gardner cette année là. Depuis, il vivait dans une cellule de la prison d’Etat de Draper, en attendant la mort.

Bien qu’il n’ait jamais nié les faits ou sa culpabilité, son équipe légale a déposé de nombreux recours pendant les 25 ans de son incarcération. Arguant que leur client n’aurait pas eu l’occasion d’exposer les circonstances terribles qui ont participé à sa plongée dans la violence. Et il faut dire qu’à côté de lui, même Causette passerait pour chanceuse. Son premier contact avec les forces de l’ordre se fait alors qu’il n’a que 2 ans, il est trouvé dans la rue, marchant seul, en couches. A 6 ans, il sniffe déjà de la gazoline et de la colle. Dès ses 10 ans, il passe aux drogues plus dures (LSD et héroïne). A 23 ans, lorsqu’il tue Otterstorm, il a déjà passé 18 mois dans une institution psychiatrique, et a été abusé sexuellement dans une de ses familles d’accueil.

Interrogé par téléphone la semaine dernière par un journal local, il déclarait « J’avais un tempérament explosif. Même ma mère disait que j’avais deux personnalités. ». Mais, même si pendant 25 ans la seule main qu’il peut serrer est celle de son avocat, son frère soutient qu’il n’était plus le même homme. Il projetait, s’il réussissait à être libéré, de créer des jardins communautaires pour révéler des mains vertes parmi les jeunes « difficiles ». Mercredi soir, pour la première fois en un quart de siècle, Il a pu passer les bras à travers les barreaux et toucher sa famille. C’était aussi la dernière fois.

Le peloton d’exécution n’a pas seulement abattu Gardner le meurtrier d’il y a 25 ans, il a aussi tué l’homme qu’il était devenu, qu’il voulait être, le frère, l’oncle, l’ami.

Les chiffres de la peine de mort aux Etats-Unis

  • En 2009, 52 personnes ont été exécutées aux Etats-Unis.

  • 3279 attendaient dans le couloir de la mort et 9 ont été innocentés et libérés avant que l’irréparable soit commis.

  • Les criminologues comme les forces de l’ordre estiment unanimement que la peine de mort n’est pas un moyen efficace de lutter contre la criminalité.


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