Perestroika et Glasnost la cubaine

par Alain Roumestand
jeudi 28 avril 2011

Les soviétiques avaient connu la perestroika (la restructuration) et la glasnost (transparence), les cubains se lancent dans une nouvelle politique socialiste avec la volonté de réussir.

Le 6ème congrès du Parti Communiste Cubain ( le précédent avait eu lieu en 1997 avant les crises cubaines de la dernière décennie) s'est tenu à la Havane, pendant 3 jours, devant un millier de délégués, pour la plupart pas nés au moment de la révolution.

Ces délégués représentaient 800000 adhérents, regroupés dans les 61000 cellules du parti et ils ont pu voir à la clôture du congrès Fidel Castro, lui-même,à la tribune.

Raul Castro a succédé à son frère au poste de premier secrétaire, que ce dernier occupait depuis 1965. Agé de 80 ans Raul Castro laisse sa place de deuxième secrétaire à une figure de la révolution José Ramon Machado âgé lui aussi de 80 ans.

Le bureau politique élu lors de ce congrès est de 15 membres au lieu des 19 précédemment avec seulement 3 nouveaux titulaires.Mais la moitié du comité central a été renouvelé.

Ce congrès a été organisé en tenant compte pour le choix de la date, de la commémoration du 50ème anniversaire de l'invasion infructueuse dans la Baie des Cochons, organisée contre le régime castriste par les Etats-Unis en 1961. Cette commémoration populaire, Fidel Castro n'a pu la suivre sur la Place de la révolution : "j'ai ressenti de la douleur quand j'ai vu que certains d'entre vous me cherchaient du regard à la tribune ; je pensais que tout le monde comprendrait que je ne peux plus faire ce que j'ai fait tant de fois".

Dans les magasins de la Havane d'immenses affiches représentaient ( ce qui n'est pas habituel) Fidel Castro photographié lors de l'invasion, béret sur la tête, doigt dressé vers le ciel, alors que de simples panneaux "nous saluons le 6ème congrès du parti" étaient installés dans les rues.

Fidel Castro fait état dans ses réflexions du "companero Fidel", publiées par la presse et rédigées jour après jour, de sa lecture avant présentation du rapport présenté par son frère au congrès. Fidel Castro a voté pour l'élection du comité central, inscrit à son insu par les militants du parti à Santiago de Cuba, en insistant sur la présence dans ce comité central de femmes et de "descendants d'esclaves arrachés à l'Afrique". Il a suivi les travaux du 2ème jour du congrès.

Pendant 3 mois, du 1 décembre 2010 au 28 février 2011, des débats et consultations populaires ont été ouverts sur les lieux de travail, dans les quartiers, les écoles, les communes, les universités, les cellules du parti unique.

Plus de 16000 réunions ont été organisées. Dès le 9 novembre 2010 un projet de directives de la politique économique et sociale avait été présenté, avec la mise en place de séminaires pour les cadres et les fonctionnaires devant animer ces débats. En décembre l'assemblée nationale du pouvoir populaire ( le parlement) en a discuté.

Les grandes questions soulevées par les débatteurs ont porté sur les transports, les crèches, les hôpitaux, les logements, les salaires, le coût de la vie, la formation en adéquation avec l'emploi.

311 directives ont été arrêtées dans un" programme de réformes et d'ouverture pour rectifier le modèle socialiste" :
ouverture au secteur privé, réduction d'emplois dans le secteur public ( 300000 cubains d'octobre 2010 à avril 2011 sont déjà devenus des "travailleurs à leur compte" "cuentapropistas"), baisses des subventions d'état, formes nouvelles d'autogestion dans les entreprises, décentralisation de l'appareil d'état , décentralisation de la production agro-alimentaire, achats et ventes de logements et d'automobiles, terres données en usufruit (40% des terres ne sont pas utilisées), crédits aux travailleurs privés, encouragement pour les coopératives notamment de produits bio, activités et gains libres moyennant taxes et impôts.

La planification sera toujours là mais prendra en compte les tendances du marché. Une économie mixte est ainsi mise en place.

68% des directives initiales ont été reformulées. 45 propositions ont été faites et non retenues, car en faveur de la concentration de la propriété, en contradiction avec" l'essence du socialisme".Les directives ayant motivé une plus grande quantité de propositions ont porté sur l'élimination de la carte de rationnement, la politique des prix, les transports, l'éducation, l'unification monétaire, la qualité des services de santé. L'unanimité n'a jamais été de mise ; la validité des propositions n'a pas dépendu de la quantité d'opinions données.

Le mot d'ordre est clair : "augmenter l'efficacité et la productivité du travail, de sorte à pouvoir assurer durablement des niveaux de production et des offres de produits et services de base à des prix non subventionnés".

Les cadres avaient cessé de se sentir en responsabilités des résultats de l'organisation qu'ils dirigeaient. La formation vocationnelle était en inadéquation avec les besoins et les offres d'emplois.

Les réformes prendront au moins un quinquennat, sans toucher à la gratuité de la santé et de l'éducation. Une commission permanente d'application et développement avec un groupe juridique formé de spécialistes de haute qualification, est mise en place. Un compte rendu sur l'état de l'application sera fait par le comité central du PC.

Raul Castro cite plusieurs fois son frère : "comme le disait Fidel en 1975, nous avons parfois méconnu la réalité qu'il existe des lois économiques objectives auxquelles nous devons nous tenir".

Raul Castro enfonce le clou : "ce que nous adoptons dans ce congrès ne peut subir le même sort que les accords des congrès précédents, presque tous oubliés, sans avoir été accomplis".

Au plan politique, "une interrelation avec les masses débarrassée de tout formalisme" doit voir le jour rapidement. De la même manière,il faut laisser tomber" le formalisme et la fanfaronnade dans les idées et les actions".

Ce qui doit cesser : "les matériels ennuyeux, improvisés ou superficiels donnés à la presse" ; " la militance ne doit pas signifier une condition obligatoire pour remplir un poste de direction dans le gouvernement ou l'état" ; " des réunions trop longues pendant l'horaire de travail qui doit par ailleurs être sacré" ; "un ordre du jour établi par l'organisme supérieur" ; " des activités commémoratives formelles avec des discours encore plus formels" ; "l'organisation de travaux volontaires les jours de repos".

" La limitation des mandats électoraux à 2 périodes de 5 ans" doit enfin permettre un rajeunissement des cadres politiques.

Et tout cela pour " défendre le socialisme et empêcher le retour du capitalisme" dixit le nouveau premier secrétaire, alors que le blocus américain entrave l'économie cubaine depuis un demi-siècle.

Ce 6ème congrès et la consultation large qui a eu lieu dans la population pour le préparer,explique pourquoi Cuba n'est ni la Tunisie, ni la Libye, ni l'Egypte où des révolutions ont eu lieu.

Mais il y a du pain sur la planche pour les années à venir et rien n'est gagné d'avance.


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