Pierre LÚvy, bient˘t ambassadeur de France en Russie ?

par igor_2020
lundi 4 novembre 2019

À la conférence des ambassadeurs, Emmanuel Macron appelait de ses vœux un rapprochement avec la Russie. Aussi, l’ambassade de France à Moscou œuvre activement à l’approfondissement des relations franco-russes, alors qu’un nouvel Ambassadeur doit être nommé prochainement. En conseil des ministres, le nom de Pierre Lévy aurait été proposé à Emmanuel Macron…

À la conférence des ambassadeurs, Macron plaide pour une Europe slavophile

Cet été, le 27 août 2019, le président a rappelé une évidence : la France et la Russie se trouvent toutes les deux en Europe ! Pourtant, au Quai d’Orsay, une « Secte », continuerait de nourrir un sentiment de défiance à l’égard de l’ogre russe. En dépit de la volonté du chef de l’Etat et malgré les signaux positifs envoyés par le Kremlin, à l’instar de la libération d’Oleg Sentsov, le rapprochement avec la Russie tarde à se concrétiser. Ainsi, dans le numéro 1173 de Marianne, Jean-Pierre Chevènement déclare : « je crois le moment venu de dire que des patriotes sincères, y compris de gauche, peuvent et doivent soutenir cette politique étrangère, digne de la France et conforme aux intérêts de l’Europe ».

Le chef de l’Etat souhaite donc réorienter sa politique étrangère. Seulement, le journaliste Jean-Dominique Merchet résume, « la relation avec la Russie est la principale ligne de clivage de la politique étrangère française  », avant de s’interroger sur l’existence d’un « « Etat profond » qui s’opposerait à la ligne du président de la République, une opposition larvée entre l’Elysée et le Quai d’Orsay ? » Interrogé à ce sujet par le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Pascal Boniface, lors de la session du Club de discussion Valdaï qui se tenait à Sotchi, Vladimir Poutine a logiquement conseillé à son homologue français, si tel était le cas, « de faire entrer ses partisans dans son administration pour pouvoir mener la politique qu’il juge correcte ». Or justement, le poste d’ambassadeur de France à Moscou fera prochainement l’objet d’une nomination, en attendant l’agrément de la Fédération de Russie.

Géopolitique : avec l’OTAN, la France achève le gaullo-mitterrandisme ?

Sur RMC, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian affirme : « Il faut discuter avec Poutine, parce que la Russie a des intérêts communs avec la France ». Pour la stratégie militaire toutefois, difficile de concilier les impératifs de l’Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN), et les préoccupations de Vladimir Poutine. La ministre de la défense, Florence Parly, estimait lors de son dernier déplacement à Moscou que « nous n’avons pas toujours la même vision, ni les mêmes méthodes que la Russie ». Dans son livre passeport diplomatique, Gérard Araud, grand gourou du Quai d’Orsay récemment passé du côté du privé, précise ces divergences dans son livre Passeport Diplomatique en évoquant « ceux qui, à l’Est de l’Europe, ont de légitimes raisons de s’alarmer de la politique russe ».

Si bien qu’au conseil des ministres du 21 octobre 2019, au moment d’envisager la succession

de Sylvie Bermann, Emmanuel Macron aurait examiné la candidature de Pierre Lévy, ancien ambassadeur de France en Pologne. L’arrivée de Pierre Lévy à Moscou est déjà annoncée sur les réseaux sociaux par le président du Polish Institute of International Affairs, Sławomir Dębski. Témoignant d’une certaine proximité entre les deux hommes, il félicite le haut fonctionnaire en l’interpelant par son prénom. Le lendemain, son groupe de réflexion décryptait à sa façon le rapprochement franco-russe : « La stratégie française de coopération plus étroite avec la Russie est risquée. Macron pourrait donner l'impression de légitimer les violations du droit international commises par la Russie, ce qui compromettrait les relations de la France avec l'Ukraine et les pays du flanc oriental de l'OTAN tels que la Pologne, la Roumanie et les États baltes ».

Pierre Lévy, France Ambasador to Warsaw, 2016 -2019, has been just appointed France’s Ambasador to Moscow ! Congratulations Pierre and Godspeed ! https://t.co/9BzLbVualm

— Sławomir Dębski (@SlawomirDebski) October 23, 2019

Pour tenter de comprendre ce choix « diplomatique », on peut notamment s’intéresser à la chaine Youtube Thinkerview, où Pierre Conesa explique qu’au Quai d’Orsay on considère que «  si tu es japonisant et que tu vas au Japon, tu vas évidemment soutenir la thèse du Japon  ». Il dénonce qui plus est « l’illogisme du système », en parlant de la gestion des ressources humaines du Quai d’Orsay. Seulement, Pierre Lévy est également énarque, tout comme notre jeune président. Sur ce point, Pierre Conesa tranche : « j’ai conseillé à Hubert Védrine de tarir le recrutement par l’ENA  ». Emmanuel Macron lui-même, au moment des Gilets Jaunes, avait semblé se détourner de l’énarchie. Aujourd’hui, si la nommination doit encore recevoir l’agrément du Kremlin, avant que le décret ne puisse être publié au Journal Officiel, il y a fort à craindre que notre président n’écarte définitivement la France de sa tradition gaullo-mitterrandiste...


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