Point Ex

par lisca
samedi 7 mars 2009

Exil, Exs et Rolex : c’est le dernier mélo mex générateur de buzz comme de biz.

On imagine qu’Israel Vallarta n’avait pas encore de rolex quand il fit la connaissance de Florence Cassez. Qu’à cela ne tienne, il ferait tout pour appartenir un jour au vaste club des Bling fiers de leurs egos pansus. Peu importe comment, la faim de breloques justifiant les moyens.

Il était encore loin des 50 ans pourtant mais Florence le trouva assez réussi pour en faire un ami. Oh pas à la vie, à la mort. Un simple ami, de ceux qu’on pêche au hasard des rencontres entre les mondes, les gens et les cultures, après s’être bien imbibé de niaiseries angélistes, pour ne pas dire sarkoziennes ou ségoliennes sur l’Altérité toujours Positive et l’Exotisme toujours Gentil. Florence apprécia-t-elle pour son malheur l’homme aux traits un peu lourds, le sens latino de la splendeur, la voiture peut-être ? On n’en saura rien, mais le vivre-ensemble, même à moitié, montra bientôt ses failles.
Soupçonnant sans doute un côté Mr Hyde chez son docteur Jekyll, Florence partit en France au bout de quelques mois, pour oublier Israel et retrouver ses repères, sa langue, la maison de ses parents et du boulot. Elle retournait dans son pays.

Son pays vraiment ? C’était devenu une zone de transit, et elle s’y retrouvait zonant, sans distinction ni discrimination, à l’instar de tous les primo-arrivants débarqués des antipodes. Sarkozy et ses amis, après tous les autres, avaient depuis longtemps délocalisé les industries, libéré les frontières de tout contrôle, envoyé valser les florences et les maxences à l’autre bout du monde avec leurs diplômes et leurs espoirs de s’en sortir, accueilli la concurrence avec un sens de l’accueil élastique jusqu’à l’évanouissement.
Un paradis d’altérité.

Tant et si bien que Florence ne trouva pas de boulot.

Elle avait un frère au Mexique, quelques contacts. Au point où elle en était, il valait peut-être mieux y retourner. Vallarta, elle n’aurait plus besoin de le voir, sauf pour récupérer ses meubles, laissés en dépôt dans le ranch de l’ex.
Elle revint et trouva un boulot en ville, et plus tard un appartement. Une ville étrangère, polluée, bruyante et fatigante, des lois ou plutôt leur absence, qui la protégeraient peu ou pas, mais un boulot, et elle s’en satisferait pour son nouveau départ. Il ne restait plus qu’à déménager les meubles. Israel allait l’aider, sans rancune et sans bling.
Elle se fit arrêter sur le chemin, en sa compagnie.

A présent elle dit détester Vallarta au point de ne pouvoir en parler. Elle a bien des raisons pour cela : Il n’était qu’un vulgaire petit kidnappeur à la roulotte dont les victimes incluaient une femme et un garçon de dix ans. Enfermée depuis trois ans dans une prison mexicaine, Florence Cassez paie une relation qu’elle croyait sans lendemain :
Exit Israel mais Sarkozy est là, il court, il vole. Il n’aime pas beaucoup les Français, sauf parfois les pauvres dames expatriées quand elles sont en prison lointaine, embarquées dans des histoires pas possibles. Il est prêt à tout pour elles : puiser dans les caisses vides de l’Etat pour endetter les générations futures, accueillir les FARC dans l’hexagone, discuter le bout de gras avec les présidents de durs pays où on ne rigole pas tant qu’en France avec les kidnappeurs, les rançonneurs et les touristes.

Il a raison, Sarkozy , de défendre les ressortissants français quand ils se trouvent en problème à l’étranger. C’est son rôle et sa façon d’exprimer qu’il a une haute idée de la solidarité nationale et de ses devoirs envers le peuple français. Il y a actuellement environ une centaine d’hexagonaux dans des prisons sans charme aux quatre coins du monde, souvent pour infractions à la législation sur les stupéfiants. Certains ne méritent pas leurs peines.
Mais le président pourrait peut-être fournir à ceux-là une aide discrète, passer par les canaux diplomatiques, éviter d’en faire une affaire personnelle où s’affiche sa femme, et surtout s’interdire de faire payer les Français, déjà bien trop sollicités. Car on se pose des questions : la galanterie est-elle son unique motivation dans l’affaire ? Il est curieux de constater, dés l’annonce de sa capture, l’unanime soutien de l’Assemblée Nationale à la jeune femme emprisonnée. On constate aussi la répercussion sympathisante de l’affaire Florence Cassez dans les médias, après celle d’une Ingrid de riche famille colombienne, bien placée, dont on nous a rebattu les oreilles des années durant. Ingrid n’était-elle pas une amie d’amis des gens en place ? Serait-ce la raison principale de l’acharnement déployé en sa faveur ?
Il se trouve que le Mexique est programmé depuis longtemps pour se fondre dans un vaste supermarché sans frontières US-Canada-Mexique. Il faut briser les résistances, vive les mafias. Or Sarkozy est un admirateur inconditionnel de tout ce qui vient d’Amérique. Y aurait-il des enjeux stratégiques dans cette affaire qui dépasseraient la petite embastillée et son triste sort ?

Il est entendu que l’histoire de Florence est exploitable, exemplaire, propre à frapper les imaginations donc à faire vendre des publications en difficulté financière. Il faut la sauver, la ramener au pays, chez elle, chez nous. Ses grands yeux nous interpellent. Déracinée, en butte à l’arbitraire, elle est bien vulnérable et on peut compatir : elle nous ressemble.
Mais les Français en ont assez de payer des rançons de leur poche pour des ressortissants quasiment expulsés de chez eux pour causes économiques, ou même pour des binationales cossues, tandis qu’ils sont sommés d’accueillir parallèlement des guérilleros d’importation ou même des populations entières en " échange " d’accords commerciaux.

Alors, en tout bien tout honneur, on se permet de vous suggérer quelque chose, monsieur Sarkozy, en reconnaissant la difficulté de votre tâche, et en vous souhaitant quand même de ramener Florence, mais sans débourser SVP : Si on laissait les durs présidents de rudes pays garder leurs ressortissants au chaud et si on s’occupait des Français chez eux, un peu, pour qu’ils y restent ?


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