Pour en finir avec le prétendu antisémitisme polonais

par french_car
samedi 6 février 2010

Récemment les médias se sont fait écho des déclarations d’un vieil évêque polonais à propos de l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz (Oświęcim). Celui-ci défend l’honneur de son pays – si souvent accusé d’antisémitisme par les occidentaux. Les propos de Mgr Tadeusz Pieronek, vieil ami du défunt pape Jean-Paul II sont reproduits ici :
 
http://www.pontifex.roma.it/index.php/interviste/religiosi/3531-pacifici-racconta-barzellette-la-polonia-non-e-antisemita-gli-israeliani-non-rispettano-i-diritti-umani-dei-palestinesi-la-shoa-non-e-solo-eb
 
« Je crois que pour un débat historique sérieux, libre de tout préjugé et de victimes, les Juifs devraient se poser la question et nous demander : Qu’est-ce que les juifs américains et les forces alliées ont fait pour empêcher ces tragédies ? Peu ou rien ».
 
"Il est indéniable que le plus grand nombre des morts dans les camps de concentration étaient des Juifs, mais il y a aussi sur la liste des tziganes polonais, des Italiens et des catholiques".
 
« Je le répète, il n’est pas historiquement vrai que seuls les Juifs sont morts dans les camps, beaucoup étaient Polonais, mais aujourd’hui, ces vérités sont presque ignorées, et vous continuez de propager cette plaisanterie contre la Pologne »
 
Dans la suite de l’interview Mgr Pieronek prend la défense du peuple palestinien injustement martyrisé par l’état israëlien et conclut :
 
« Bien sûr, rien de tout cela nie la honte des camps de concentration et les aberrations du nazisme ».
 
Même sortis de leur contexte les propos de Mgr Pieronek sont inattaquables. Certains ont voulu lui faire dire que la Shoah était une invention juive mais il a clairement démenti toute idée de la sorte.
 
Est-il antisémite de prétendre qu’il ne faut pas oublier chaque mort d’Auschwitz ? Le fait d’être « minoritaire » au sein du massacres ne donnerait-il pas droit à commémoration ? Un Polonais catholique assassiné vaudrait-il moins qu’un autre ?
 
Près de 6 millions de citoyens polonais ont trouvé la mort, dont près de 3 millions de juifs polonais (ce qui représente la quasi-totalité des juifs du pays), mais aussi 3 millions de Polonais non juifs. Elie Wiesel traduit bien la situation en affirmant : « toutes les victimes n’étaient pas juives, mais tous les juifs étaient des victimes ».
 
Au mémorial de Yad Vashem le nombre des « justes » de Pologne est supérieur à celui de touts les autres pays européens, alors que ce fut le seul pays occupé par l’Allemagne où les nazis vont appliquer la peine de mort pour toute personne abritant ou aidant des Juifs. Même si ce n’est pas le thème central du livre "Le Pianiste" de Szpilmann , on y trouve un hommage aux résistants catholiques qui aidèrent les juifs du ghetto de Varsovie.
 
On nous rétorquera que la très catholique radio Maryja diffuse des propos inacceptables – comme notre très catholico-frontiste Radio Courtoisie.
 
On nous rétorquera que dans les années 68, le régime communiste eut une poussée d’antisémitisme – la France eut son affaire Dreyfus, l’Action Française et bien entendu les lois antijuives du régime Pétain. Même si l’antisémitisme ne peut être qualifié d’ordinaire, la Pologne ne le pratiqua pas plus et même plutôt moins que la France.
 
On nous rétorquera que les camps étaient sur le territoire polonais, il est évident que cette partie de la Pologne était alors partie intégrante du Reich - autrichienne avant 1918 et polonaise jusque 1939 - et « idéalement » placée au sein de l’Europe d’où convergeaient les trains venant de l’Europe de l’Ouest, du Sud, des pays baltes voire de Turquie.
 
On nous rétorquera que rien ne fut fait pour libérer le ghetto de Varsovie, ce qui d’une part est faux - voir par exemple le témoignage de Szpilmann - alors que l’on n’a pas souvenance que Drancy fut le lieu d’actions quelconques de la part de résistants français.
 
Contrairement à la France, il n’y a pas eu en Pologne de collaboration de la part des gouvernants à la persécution des juifs -rappelons que la police française fut particulièrement zélée dépassant les exigences de l’occupant. L’extrême droite polonaise - antisémite comme partout ailleurs - ne s’est pas compromise avec le nazisme. Elle était à la fois antinazie, antisoviétique et parfois antisémite. Il est à noter que sous l’occupation soviétique, lors de la guerre de 1920 mais surtout de 1939 à 1941, les juifs furent majoritairement prosoviétiques et, de ce fait, souvent considérés comme traîtres.
 
En conclusion il semblerait que la France soit à la pointe des accusations d’antisémitisme de la part de la Pologne pour essayer de faire oublier ses propres errements voire le réveil de quelques vieux démons dont JM Le Pen nous nous fait sentir le fumet avec une étonnante régularité : la dernière fois avec la naissance du petit Solal Sarkozy et sans doute la prochaine avec la relation par Patrick Balkany de la cérémonie de sa circoncision.
 
 

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