Pourquoi Israël risque de disparaître (1)
par Malkut
samedi 24 janvier 2009
La "guerre" semble terminée à Gaza. La guerre contre qui d’ailleurs ? Israël, ça c’est certain, mais en face ? Le Hamas ? Gaza ? Les Palestiniens ? L’Iran ?
Non, c’était avant tout une guerre des israéliens contre eux-mêmes. Contre le sentiment que le vent tourne, que le temps manque, qu’on est relégué au second plan des préoccupations de la planète.
La guerre coûte cher, même quand on ne fait que la préparer. Surtout en Israël, où pour des raisons de prestige national, on a dilapidé des sommes folles pour fabriquer des chars lourds qui épatent la presse (et les modélistes), mais n’épatent pas les missiles russes de dernière génération, désormais en dotation "large", voir extensible, dans la région.
La guerre coûte cher en Israël, où l’on entretient des industries d’armement de moins en moins compétitives.
La guerre coûte cher en Israël, où l’on profite d’une attention particulière, de la part d’États puissants, mais dont la générosité coutumière pourrait diminuer en ces temps de crise mondiale.
Quel peut bien être le secret de ces finances israéliennes, qui peuvent soutenir un effort de guerre pléthorique avec quelques milliards de monnaie de singe, quand chez nous, 30 milliards de bons euro ne suffisent plus pour 300 chars, 100 avions de combat, une poignée de rafiots et trois clampins en Afghanistan ? Soit une armée française qui ne dépasse pas un petit quart de Tsahal [sauf marine et dissuasion], cette armée qui fait gerber, pas tant pour sa brutalité que pour sa ressemblance avec du mauvais cinéma américain, celui que l’on voit dans le R.O.W. tout entier.
Le problème israélo-palestinien, aujourd’hui, il est là, c’est le blé ! C’est le cash que pompe la fiancée de l’occident pour perpétuer cette tentative de reformer un peuple, et permettre au monde chrétien d’épouser Israël, la ressuscité des temps bibliques.
Car voici la clef de la compréhension des affaires de la région : l’Etat d’Israël est une pure création occidentale, basé sur un mythe lui-même occidental, celui du peuple hébreu dans l’antiquité.
Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas de dire que la bible est une contrefaçon, ou que le peuple hébreu n’a pas existé historiquement. Mais il faut cependant comprendre que le peuple juif n’a jamais ailleurs que dans l’imaginaire occidental connu de gloire plus éclatante.
Le Premier ministre britannique Disraeli, au 19eme siècle, disait en réponse à un irlandais qui lui reprochait ses origines juives :
« Oui, je suis Juif et quand les ancêtres de mon très honorable adversaire étaient des brutes sauvages dans une île inconnue, les miens étaient prêtres au temple de Salomon. »
Comment doit-on comprendre cette réponse si fine, au-delà du sens littéral ? Ce que Disraeli répondait à O’Connell, c’est « Je suis plus occidental que toi-même ». Car le royaume de Salomon est un mythe occidental. Il a certes existé, mais nous savons de manière sûr aujourd’hui qu’il ne fut qu’un rassemblement de villages de montagne, où l’on ne savait pas écrire, où l’on vivait très modestement, matériellement. L’archéologie du royaume de Salomon est assez documentée sur Internet pour que le lecteur incrédule s’en persuade.
Mais l’homme ne vit pas que de pain. L’Histoire et l’archéologie sont les sciences des choses mortes. Pourtant, comment croire que le royaume de Salomon est une chose morte, quand son évocation nous imprime mentalement des images aussi fortes ? Le royaume de Salomon vit, dans l’esprit de l’occident et dans celui des juifs. Il se construit tous les jours.
Et c’est là le désastre de l’occident matérialiste, d’avoir voulu donner une existence matérielle à ses créations de l’esprit, et d’avoir entraîné les juifs dans cette aventure.
L’affaire est ancienne, Cromwell, le puritain Anglais, l’archétype des fondateurs des état-unis, débattait déjà d’un nouveau pays juif. La concrétisation fut faite quelques siècles plus tard, essentiellement par ces mêmes anglais. Car la grande affaire de 1948, c’est la création de frontières totalement artificielles dans une région sous occupation depuis 500 ans, d’abord ottomane puis occidentale. Et je ne parle pas ici uniquement des frontières Israël – Palestine. Toutes les frontières des états voisins sont des fabrications occidentales, Liban, Syrie, Irak, Jordanie… Mais Israël avait plusieurs longueurs d’avance.
Au commencement, on a empêché suffisamment vite l’émergence d’une nation palestinienne, on pouvait profiter de la confusion. Mais pour que le plan marche, il fallait aussi empêcher l’émergence d’une nation assez unie, assez forte et assez hostile pour contrebalancer Israël. La nation syrienne héritait d’un chaos de minorités, et de conflits de territoire avec son ancien maître, l’empire ottoman, déjà transfiguré en Turquie par Atatürk. On lui a découpé la vallée fertile de la Bekaa pour la donner aux chrétiens libanais. L’Égypte se réveillait de siècles de somnolence, tout comme l’Irak. En Iran, on se dirigeait de plus en plus nettement vers un modèle turc, occidental.
Bref, en 1948, l’occident lance sur orbite son projet Israël 2.0 et obtient un succès. Du gâteau. 1956 idem. En 1967, on voit triompher une stratégie digne des plus audacieuses opérations de la seconde guerre mondiale, impeccablement menée, qui déstabilise les faibles nations arabes. De l’audace, mais du gâteau.
En 1973, tout bascule. La guerre devient dure. Les soviétiques ont mis le paquet chez les arabes. On y arrive, mais en trichant pendant le cessez le feu. La réputation est sauve, mais le moral en a pris un coup. Les vieux de la Haganah n’en feront pas une de plus. On cherche une solution, on a besoin d’une solution pour que la prochaine guerre ne soit pas la guerre de trop. On mise sur des chars plus gros, des avions plus perfectionnés, on termine sa bombe atomique (?), on spécialise ses troupes, le matériel. On mise massivement sur la technologie, sur la qualité face à la quantité. Avec l’argent américain.
La suite au prochain épisode, intitulé "Et pendant ce temps, en Iran".