Pourquoi la guerre en Libye ? (1/2)

par Louis Mathurin
vendredi 1er avril 2011

Crédit photo : AFP (ici Nasser et Khadafi)

PETIT RECAPITULATIF HISTORIQUE

D'un point de vue historique la Libye originelle se découpe en trois parties distinctes, fédérées ensuite en nation : La Tripolitaine à l'Ouest, proche de la Tunisie sur bien des plans, est une région agricole assez riche. La Cyrénaique à l'est, influencée par l'Egypte et de tradition pastorale, et enfin le Fezzan, au sud de la Tripolitaine, vaste région désertique.

Ce qui fait de la Libye un pays à part dans le monde Africain, est qu'elle est la première nation a obtenir l'indépendance en 1951, grâce au Roi IDRIS 1er, également en poste lors de l'invasion italienne, dont il fut le chantre de la résistance libyenne. Il fédéra ainsi les trois royaumes historique, pour obtenir à ce jour les frontières connues de la Libye.

Mais le pays est enclavé et ne compte alors pas beaucoup d'atout à mettre en jeu dans le concert des nations. Le roi Idris 1er, signe alors l'entrée du pays, le 28 mars 1953 dans la Ligue Arabe. Cette même année, le gouvernement signe des accords militaires avec la Grande-Bretagne, autorisant l'accès au sol des ses troupes, ainsi qu'à son espace maritime et aérien pour deux décennies, en échange d'une rente de 3 750 000 livres pendant cinq ans et d'une coopération militaire.

Avec la France, c'est le 10 août 1955 qu'intervient un accord stipulant l'aide au retrait de ses troupes dans le Fezzan, et un échange culturel à venir.

La même année, la découverte de vastes régions pétrolifères offre un autre statut à la Libye. Les compagnies occidentales prirent possession de la diffusion du précieux "or noir", ce qui entraina de fait la disparition du nomadisme chez la population locale , ainsi qu'un afflux massif vers les 2 grandes villes du pays : Tripoli et Benghazi. En parallèle l'émergence d'une bourgeoise d'affaire vit le jour.

La Libye rejoint donc les Nations Unies le 14 décembre 1955.

Dix ans plus tard, la Libye exporte 58,5 millions de tonnes d'« or noir » . Elle est à cette époque le premier producteur d'Afrique . La manne pétrolière permet au pays de développer ses infrastructures, encore rudimentaires au début des années 1960.

Pour répondre aux besoins croissant d'exportation , le fédéralisme est aboli en 1964.

Crédit photo : AFP (Khadafi A Tripoli , plaisantant avec de jeunes Hippies Britannique)

L'AVENEMENT DU COLONEL KHADAFI


La montée du nationalisme Arabe , exacerbé par la main mise de l'occident sur les réserves de pétrole, favorise un coup d'Etat Militaire le 1er septembre 1969, lors d'un voyage d'affaire du roi Idris en Turquie , par 12 officiers dit "libres" parmi lesquels un capitaine du nom de Mouhamar Khadafi.

Il s'auto-proclame rapidement "colonel" et devient de fait le leader de la révolution d'alors, instaurant un régime politique identique à celui de l'égyptien Nasser.

Le nouveau régime introduit un socialisme d'état, nationalisant les principales branches industrielles (notamment pétrolières). Des mesures sociales sont édictées : augmentation du salaire minimum, blocage des loyers, entre autres.

Une nouvelle constitution est rédigée, et un parti unique, l'Union socialiste arabe (calquée sur le modèle égyptien) est mis en place. L’année suivante, le régime ne renouvelle pas les accords militaires signés sous l'ancien régime, fait fermer les bases militaires britanniques et américaines et nationalise les sociétés détenues par des Italiens.

Mais la lenteur des réformes lasse Khadafi, qui se détache peu à peu du Nassérisme, et déclenche en 1973, la révolution culturelle, dont l'objectif est d'instauré une démocratie directe ; grâce notamment aux comités populaires, formés à tout les niveaux de la société.

En août 1973, Khadafi et Sadate , envisagent la création d'un état commun, mais le projet est avorté comme il l'est également pour la fusion avec la Tunisie.

Face à ces revers politique, le "Guide" se tourne alors vers l'Union Soviétique et penche ainsi nettement contre l'Occident , source également d'un armement rapide et efficace, les relations avec le géant Russe vont se nouer d'autant plus. Il rompt donc avec l'Egypte et le 2 mars 1977, il annonce la Jamahiriya, (l'Etat des Masses) consacrant ainsi une voie entre un "capitalisme effréné et un marxisme athée".

Une théorie parue dans le "Livre Vert" édité entre 1976 et 1979. Guide spirituelle et intellectuelle du leader Libyen.

Crédit photo : Ria Novosti/AFP (Entouré du ministre des affaires étrangères Andrei Gromyko et de Gorbatchev)

LES RELATIONS INTERNATIONALES

En cet année 1979, le jeune régime Khadafiste n'est plus vraiment en odeur de sainteté auprès des Etats-Unis. Un temps pressenti comme un artisan du dialogue, son alliance à l'Union Soviétique en font un ennemi tout désigné.

En apportant à la même période son soutien à l'Iran , et au mouvement palestinien d'indépendance, le régime radicalise sa position sur le plan diplomatique.

Le saccage de l'ambassade américaine le 2 décembre , déclenche une guerre larvée entre les deux protagonistes. L'administration Reagan décide alors d'un embargo sur les pétroles libyens et désengage sa compagnie Exxon du marché. Le colonel est alors qualifié de chien enragé par les Etats-Unis et plusieurs tentatives d'assassinat manquent de peu leur objectif (8 mai 1984).
La répression sera sanglante, montrant des exécutions publiques en directe à la télévision Libyenne.

Le 26 janvier 1980, une action commando menée contre une petite ville tunisienne (événements de Gafsa), préparée par les services secrets libyens, est à l'origine d'une grave crise diplomatique impliquant également la France, qui s'est rangée aux côtés de la Tunisie.
En représailles, des manifestants incendient l'ambassade de France à Tripoli et le centre culturel français à Benghazi.
Le 14 décembre 1980, la Libye commence l'invasion du nord du Tchad.
Le 3 novembre 1981 marque le début d'une offensive sur Ndjamena, capitale du Tchad, par l'armée libyenne. La France appuie militairement le Tchad : ses forces reprennent le contrôle du nord du pays au cours de l'Opération Epervier, en février 1986.
Un cessez-le-feu est conclu en septembre 1987

En 1986 , après un attentat dans une discothèque à Berlin visant des militaires américains, une violente campagne de frappes aériennes à Benghazi et Tripoli sont déclenchés par les USA, entérinant alors définitivement l'antagonisme des deux nations.

Mais ce sont surtout les attentats de Lockerbie qui restent dans les mémoires le 21 décembre 1988 ainsi qu'un an plus tard le 19 septembre 1989 , celui du DC 10 français qui font de la Libye un pays honnis par l'Occident , soupçonnant fortement les services secret Libyens d'en être à l'origine.

En échange de la restitution des deux auteurs présumés de ces attentats, le 5 avril 1999, la communauté internationale assouplie quelque peu ses visées face au régime du colonel. L'hostilité définitive de Tripoli face aux islamistes radicaux, achève de ramener la Libye dans le giron américain de GW Bush, qui y voit ainsi un allié de poids dans la région face à la montée de l'intégrisme religieux.

Crédit photo : REUTERS ( photo de l'attentat de Lockerbie )

EN CONCLUSION


On observe bien de l'avènement de Khadafi, jusqu'aux récentes tensions que j'analyserais dans le prochain volet, que le colonel est avant tout soucieux des intérêts de son pays, et qu'il a une certaine vision de ce que doit être un régime politique. Il ne sert en ce sens pas uniquement ses propres intérêts. Mais face aux menaces extérieurs, il se doit de réagir et utilise alors des méthodes radicales répréhensibles. La manne pétrolière assoie bien entendu son pouvoir, mais il faut certainement aussi compter sur une affection d'une partie de l'opinion, et mesurer également son impopularité dans le monde Arabe , puisqu'il n'est pas un fervent religieux.
Ces données en main, il est ainsi plus aisé de comprendre les interventions en cours et leur buts. La froideur de la Russie sue l'engagement militaire ainsi que la coopération de Paris et Washington.
Reste à savoir qui sont ces fameux Rebelles, et quelles seront les conséquences de cette ingérence étrangère.
Ce que nous verrons dans le prochain article, la semaine prochaine !
En attendant , portez vous bien, et bonne semaine !

Boris Rannou.


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