Scolariser, enseigner, éduquer

par Michel Monette
vendredi 6 octobre 2006

Si toute l’aide au développement devait se résumer à trois choses, ce serait celles-là. Donner des milliards si le niveau de scolarisation stagne, c’est comme lancer des sous dans la mer et attendre qu’elle donne du poisson en retour. Scolariser, c’est apprendre à lancer des filets. C’est tellement plus efficace. Si scolariser veut dire éduquer.

C’est la journée internationale des enseignants, en ce 5 octobre. Qui le sait, à part les enfants qui vont à l’école et les parents attentifs à ce qu’ils y vivent ?

Pourtant, essayez un instant d’imaginer un monde sans enseignement.

Les formidables transformations que le monde a connues, du moins le monde des pays riches et les îlots les plus branchés sur ce monde riche dans les autres pays, sont dues à la scolarisation.

Pendant ce temps, le taux de scolarisation des enfants et des femmes chute en RDC.

L’auteur Eduardo Galeano raconta un jour qu’il existe en Inde une école du crime. Précisément dans la ville de Muzaffarnagar, à l’Ouest de l’Etat indien d’Uttar Pradesh. Enlèvements, coups et blessures, exécutions, enseignement pratique du vol sur les grandes routes et les autoroutes, rien n’est laissé au hasard pour bien préparer les enfants au métier de criminel.

Cette école répond au besoin du marché. Ailleurs, en RDC par exemple, les enfants apprennent à être de valeureux soldats. Besoin du marché. Encore ailleurs, des fillettes apprennent à donner du plaisir. Autre besoin du marché.

Combien d’enfants répondent aux besoins du marché sans être passés, ou si peu, par l’école ?

Alors, les petits moralisateurs qui prétendez que c’est une honte de scolariser les enfants dont le travail permet à la famille de vivre, elle est belle, votre morale.

Galeano se demande ce qu’il adviendra « des pauvres maîtres des écoles traditionnelles, déjà punis par des salaires de famine et par l’attention faible sinon inexistante que leur accordent leurs élèves ».

Le drame réel des pays peu scolarisés, ce n’est pas le retard scolaire. Le drame réel, ce serait que ce retard soit comblé par un type d’enseignement qui ne rend pas libre.

« Le manque d’enseignant est l’un des principaux obstacles à l’amélioration du taux de scolarisation de plusieurs pays. » C’était la toute dernière phrase d’un article sur les activités qui soulignent la journée mondiale de l’enseignement au Sénégal.

L’Unesco estime à 15 millions le déficit d’enseignants dans le monde. Scolariser oui, encore faut-il suffisamment d’éducateurs.

Mais ce n’est pas tout, là où il y a des enseignants, beaucoup ont une formation insuffisante et manquent d’encadrement (Campagne mondiale pour l’éducation). Manque d’éducateurs...

Coût total supplémentaire de la scolarisation de tous les enfants jusqu’à la fin du primaire, enseignants qualifiés (éducateurs) inclus : autour de 10 milliards USD.

Ce n’est pas une question de sous. Reste l’explication inavouée : scolariser est un mot prononcé pour faire plaisir aux pays donateurs, sans vraiment y croire.

L’éducation fait peur. Les peuples pourraient se mettre à poser des questions embarrassantes à leurs dirigeants.


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