Séisme : l’admirable résilience des japonais

par hommelibre
samedi 12 mars 2011

Les images sont parfois très dures, parfois étonnantes. Il y a cette vague noire qui avance et emporte tout, voitures et conducteurs, maisons et routes. Il y a ces vidéos dans les immeubles de Tokyo : ceux qui se précipitent sous les bureaux. Ceux qui restent immobiles, zen. Et cette solidarité d’une homme jeune qui fait de son corps un rempart pour protéger un homme âgé.

Il y a ces incendies qui allument la côte de feux sans artifices sur des centaines de kilomètres. Cette raffinerie en flammes, cette centrale nucléaire dont les autorités disent qu’elle ne présente pas de danger de fuite.

Il y a la ville de Sendai, sinistrée, broyée, noyée, en chaos. Paraphraser Alain Resnais et écrire : Sendai, mon amour.

Il y a ces morts et disparus. 1’000, plus peut-être.


Les japonais connaissent le risque. Il l’ont analysé et ont pris des mesures préventives. Mais rien jamais ne peut être garanti. Ils vivent avec le risque permanent de mourir dans les minutes qui suivent. Ils l’oublient. Ainsi ces jeunes gens vus aux informations ce soir, qui font semblant de rien. Les garçons draguent les filles avec la légèreté des êtres sans mémoire. Les filles sont belles, joueuses,. Les garçons montrent l’audace de ceux qui ont l’éternité devant eux.

La vie est là, au coeur du drame, alors que d’autres sont sous l’eau, enfermés dans leur voiture ou sous les décombres de leur maison. Alors que beaucoup commencent un deuil que la disparition du proche, emporté par le reflux, rendra très long.

Vivre sur un fil. En équilibre entre être et disparaître. C’est le cas de tous les vivants. Au Japon c’est plus qu’une virtualité : c’est là tous les jours. Tous les jours la terre tremble et rappelle la fragilité de la vie. Chacun peut être le prochain. Ce n’est pas une question de statistique : combien de morts par accident, combien par maladie ? C’est presque prévisible. Au Japon rien de cela. Tous peuvent finir sous les décombres ou sous la vague, même si tous n’en sont pas victimes.

Et tous les jours les vivants montrent à cette terre insécure, instable, la force du vivant, le désir de vivre. Rien ne les arrête. Rien ne les fait renoncer à construire sur ces îles instables. Rien ne les décourage d’avoir des enfants et d’aller travailler tous les jours.

Ils viennent de vivre le pire tremblement de terre depuis plus de 140 ans. Ils savent qu’il y en aura d’autres, ces prochaines années, ces prochains siècles. Mais ils sont debout. La vie ne va que dans un sens. Elle ne recule pas. Si elle recule elle disparaît. Alors ils avancent, quoi qu’en dise ironiquement Alain Souchon.

Alors après la réaction à vif vient l’admiration. Cette résilience, cette capacité à revivre, à remonter, à rebondir, c’est la vie en eux. C’est la vie en nous quand nous sommes jetés à terre par les tremblements du coeur ou du corps.

Remonter après l’adversité, l’injustice, la blessure, la perte. Réparer le corps par la compassion. Réparer la dignité par l’intégrité. Revivre quand le silence s’abat sur nous.

Enfin, juste leur dire que nous pensons à eux.


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