Syrie : Obama s’en remet au Congrès. Démocratie, two points

par Bernard Dugué
lundi 2 septembre 2013

Les médias occidentaux et surtout français sont désorientés par la récente déclaration du président Obama, droit des ses bottes, prêt à donner l’ordre du feu militaire, mais avec auparavant l’avis du Congrès. Ce qui va prendre une dizaine de jours sans qu’on ne soit sûr que les rapports de l’Onu ne soient achevés. Les médias sont déconcertés et on peut les comprendre, eux qui attendaient des décisions linéaires, se délectant pour certains à l’idée de voir les Occidentaux punir un dictateur, prêts à jouir de cette punition en visionnant les images d’un régime affolé sous les bombes, à l’instar de gosses amusés de voir les fourmis excités après voir foutu un coup de pied dans la fourmilières. C’est comme ça, nous avons les plus belles technologies et les plus basses réactions infantiles de la part de journalistes devenus moisis et mêmes pervers narcissiques. Ce qui pose problème car l’opinion publique compte sur ces professionnels de l’analyse pour avoir un éclairage. Alors on fera sans eux.

La Syrie est devenue un véritable imbroglio. Imaginez des types armés sur une montagne prête à s’écouler dans la limite des rafistolages et consolidations disponibles. Ces types envoient quelques missiles dans la vallée. Les autorités locales aimeraient riposter mais en tapant dans les cibles, il n’est pas exclu que les consolidations de la montagne se fissurent, auquel cas, la vallée serait balayée par une avalanche de gravas. En gros, c’est la situation en Syrie. A cela s’ajoute le volet démocratique car les dirigeants veulent bien punir le régime syrien mais au cas où ça tournerait mal, alors il faudrait rendre des comptes à l’opinion publique. Cette explication relève de la « réal politik ». Une autre tire son origine du souci démocratique bien qu’on puisse douter de la sincérité de tous les dirigeants, surtout de la part de Cameron mais accordons une présomption de sincérité à Obama.

La convocation du Congrès est très claire bien qu’elle désoriente les médias français. Obama ne recule pas devant la force, affirmant qu’il est prêt à donner l’ordre pour les armées mais, nonobstant les risques d’embrassement, l’Amérique ne peut plus se permettre d’apparaître comme une nation belliqueuse narguant le droit international passant par-dessus l’ONU, ce qui est inéluctable dans cette affaire, et donc, le passage par le Congrès est obligatoire, pour ne pas faire tâche brune face à ce que d’aucuns saluent comme une victoire de la démocratie à la Chambre des Communes. Le cas que nous vivons actuellement est un dilemme philosophique classique, entre légalité et légitimité, entre droit et morale. La morale doit-elle contourner le droit ? C’est cette question qui se pose aux dirigeants occidentaux sur la base d’une intervention punitive qui se réclame de la morale, ce qui est loin d’être acquis comme le savent tous les honnêtes philosophes, sauf BHL qui dans un billet du Point, considère les opposants à l’intervention comme un quarteron de révisionnistes rouges bruns. Les presque 200 parlementaires britanniques ayant voté contre apprécieront, comme les millions de Français opposés à cette guerre.

En vérité, Obama gère parfaitement cette crise, coincé entre une opinion publique va-t-en guerre galvanisée par des médias de masse en voie de décomposition morale et intellectuelle, et un souci de répondre à une autre image souhaitée par d’autres citoyens, celle d’une Amérique qui porte les valeurs démocratiques, ce qui rend incontournable le passage par la case Congrès. La Syrie est devenue une affaire trop compliquée pour des chefs d’Etats occidentaux qui ne maîtrisent plus l’intégralité du dossier alors que dans la population, un courant démocratique se dessine mais il n’est pas déterminant, ne faisant que pencher la balance dans le sens qu’à choisi Obama. Sans compter les nombreuses zones d’ombres et les multiples dissensions, que ce soit au Proche-Orient ou au sein même des relations entre Obama et le Pentagone avec le jeu de la NSA.

L’attitude d’Obama est donc très claire, sauf pour les analystes pour qui les choses sont simples, avec des gentils et des méchants, des coupables et des punisseurs. Il doit montrer deux visages, celui de la force et celui du droit, avec également le sens de la géopolitique et de l’Histoire. C’est ce qu’il a fait lors de sa dernière déclaration qui certainement, a dû mettre en difficulté notre président Hollande qui sur ce dossier, n’a visiblement plus l’initiative et se discrédite de jour en jour, avec une opposition perplexe, une opinion publique opposée à la guerre et un attentisme démocratique qui fait honte à notre pays car aucun vote n’a été prévu à l’Assemblée, juste un débat. Nous sommes en retard sur ces questions démocratiques. La crise syrienne a été révélatrice. François Hollande n’est pas à la hauteur visiblement, pas plus que les médias de masse français. Chez nous, le président devient autiste, alors qu’Obama montre, comme Cameron, qu’il n’est pas prêt à endosser seul la responsabilité d’une attaque risquée contre la Syrie et c’est tout à son honneur.

Ce qui paraît comme une volte-face d’Obama est en réalité un indice des tensions internationales telles qu’elles se précisent au niveau national avec des gouvernants qui n’ont plus visiblement la marge de manœuvre du passé, avec l’intervention des médias alternatifs, anti-système qui ne sont pas décisifs mais exercent une force d’appoint pour la démocratie. Ces événements confirment mon intuition sur cette année 2013 qui semble s’éloigner du spectre de 1913 et qui montre une défiance face au Système avec des germes démocratiques qui ne doivent pas être surestimés tant la jeunesse occidentale est décomposée politiquement et psychiquement parlant. La démocratie tient pour l’instant grâce aux anciens et à quelques activistes plus jeunes mais d’un âge affirmé. Les Américains de 50 ans sont en majorité opposé à la guerre contre la Syrie.

La politique est devenue étrange avec Obama qui tel un chat de Schrödinger est à la fois un chef de guerre et un démocrate pacifiste. Les observateurs américains l’ont bien compris, conscients que la partie ne sera pas gagnée face à un Congrès retord mais qui cette fois votera sur une question déterminante. Je pense que ce vote sera un événement marquant de l’année 2013, une sorte de balance historique penchant vers un espoir de paix ou un accroissement de la violence. Ce vote du Congrès sera sans doute un des événements majeurs de l’année 2013.


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