Tibet : condamnations à mort de Tibétains par la justice chinoise
par Tibet Libre
vendredi 10 avril 2009
C’est un contexte de tension au Tibet, et alors que la région est toujours fermé aux étrangers, que l’on apprend la condamnation à mort de Tibétains qui seraient responsables d’incendies lors des manifestations au Tibet en 2008.
On a appris fin mars 2009 la disparition de Tashi Sangpo, un moine tibétain qui s’est jeté dans le fleuve Jaune le 21 mars 2009 pour échapper à la police chinoise, alors qu’il venait d’être arrêté et accusé d’avoir déployé le drapeau du Tibet sur le toit du monastère de Rabgya, situé dans l’ancienne province tibétaine de l’Amdo au Tibet.
Cette disparition entraîna une manifestation qui opposa plusieurs milliers de Tibétains à la police entraînant l’arrestation d’une centaine de personnes. A peu près à la même date, le 20 mars 2009, le gouvernement tibétain en exil a diffusé une vidéo où l’on voit des manifestants affrontant les forces de l’ordre être ensuite roués de coups. La vidéo montre un jeune tibétain qui a été torturé, puis relâché sans avoir reçu de soins médicaux, et qui est mort le 19 juin 2008. Des "funérailles célestes" de la tradition tibétaine organisé pour le défunt ont montré que le jeune homme a été brûlé, battu avec une matraque électrique et un clou a été planté dans son talon droit, avant qu’il soit relâché.
La vidéo montre aussi des troupes chinoises quadrillant Lhassa actuellement. Comme pour confirmer les soupçons de mauvais traitements, on apprend le 30 mars par une association basée à Dharamsala (Tibetan Center for Human Rights and Democracy, TCHRD) que Phuntsok Rabten, un moine du monastère de Draggo, situé dans la région tibétaine du Kham, avait été battu à mort par la police après avoir distribué des tracts appelant à ne pas semer de champs en signe de désobéissance. C’est dans ce contexte particulièrement lourd, que la justice chinoise fait savoir qu’elle a prononcé les premières condamnations à mort suite aux troubles au Tibet en 2008. Ainsi, le tribunal de Lhassa annonce avoir condamné à mort deux Tibétains accusées d’avoir déclenché des incendies meurtriers pendant les manifestations de 2008.
Les manifestations avaient débuté pacifiquement le 10 mars 2008 à Lhassa, jour anniversaire du soulèvement tibétain de 1959. Le 14 mars, la manifestation avait dégénéré, et l’on est encore étonné que les autorités chinoises aient laissé la situation s’envenimer, alors que depuis 1989, toutes les manifestations sont immédiatement et systématiquement réprimées à Lhassa où le nombre de militaires et de policiers présents sur place est particulièrement important. Ainsi, Losang Gyaltse a été condamné à la peine capitale, et aurait avoué avoir mis le feu à deux magasins de vêtements à Lhassa le 14 mars 2008, provoquant la mort d’un des propriétaires. Loyar, Gangtsu, et Dawa Sangpo auraient incendié le 15 mars un commerce de motos près de Lhassa, et 5 personnes, y auraient trouvé la mort. Loyar a été condamné à mort, tandis que Gangtsu a été condamné à la peine capitale avec un sursis de deux ans et Dawa Sangpo à la prison à perpétuité. Enfin Tenzin Phuntsog a été condamné à mort avec un sursis de deux ans également pour avoir incendié un magasin de vêtements à Lhassa le 14 mars, causant un mort. Matt Whitticase, de l’association Free-Tibet Campaign, s’inquiète car l’on a assisté à : « une série de procès et de jugements ces derniers mois qui se sont déroulés hors des cadres légaux et sans un processus légal juste ».
Selon les autorités chinoises, les troubles de Lhassa en mars 2008 ont entraîné la mort de 18 civils et un policier. Selon le gouvernement tibétain en exil, au moins 203 Tibétains ont trouvé la mort à Lhassa et lors de la répression des troubles qui s’étaient propagés dans les régions à population tibétaine environnantes, dans l’ouest de la Chine. Le TCHRD déclare que ce verdict : « souligne le niveau actuel de répression au Tibet où les agences d’état bafouent librement les droits de l’Homme des Tibétains en toute impunité ». L’association s’inquiète aussi des conséquences quant aux ressentiments dans la population tibétaine. Il est évident que la politique chinoise au Tibet est de nature à entraîner une polarisation entre les Tibétains et les Chinois, et d’exacerber un sentiment nationaliste de part et d’autre, sentiment dont on sait qu’il est souvent le fondement de guerres civiles.