Trump, entre outsider et roi des oligarques

par Laurent Herblay
lundi 26 décembre 2016

Les nominations de Donald Trump ne cessent de tomber, avec une grande constance : des personnes très riches, souvent venues du monde des affaires. Celui qui s’était imposé comme l’outsider de cette élection face à une candidate présentée comme celle des élites hors sol compose une drôle d’équipe pour répondre aux besoins des classes populaires. Pourquoi un tel malentendu ?

 

L’argent comme seul repère
 
Donald Trump a sans doute gagné la présidence des Etats-Unis par sa capacité à attirer une proportion plus importante qu’habituellement des classes populaires pour un candidat républicain. Il a su parler aux régions frappées par la concurrence internationale et les délocalisations, mais aussi être le candidat anti-système de cette élection face à Hillary Clinton. Bien sûr, que cela soit le fait d’un républicain milliardaire de New-York est absolument paradoxal. Mais aujourd’hui, celui qui dénonçait l’influence des lobbys bancaires autour de son adversaire nomme une équipe qui peut sembler en contradiction totale avec une partie de son discours de campagne : Goldman Sachs, Exxon, et maintenant Carl Icahn  !
 
Loin d’apporter le changement qu’il promettait dans sa campagne, Donald Trump semble construire une équipe pour accélérer dans la mauvaise direction prise depuis des décennies, comme le montre les records battus par Wall Street depuis sa victoire. Toutes ces nominations semblent indiquer que c’est bien l’agenda du 1% le plus riche qui va s’imposer sans retenue, avec notamment des propositions fiscales qui ne feraient que renforcer tous les travers actuels, de l’explosion des inégalités aux records historiques de profits des grandes entreprises dans la richesse nationale. Tout cela serait aggravé par la forte baisse de l’impôt sur les sociétés et de la tranche marginale de l’impôt sur le revenu.
 
En fait, et cela n’est guère surprenant, Donald Trump ne semble avoir que l’argent comme repère, chose assez inquiétante dans une époque complexe où les changements actuels nécessitent des chefs justement capables de remettre l’argent à sa place et de construire une vision de l’humanité. Même si Clinton proposait d’aller plus loin dans l’impasse actuelle, Trump finit par sembler devoir être pire qu’elle. Mais comment a-t-il pu passer pour un outsider, lui l’oligarque qui s’entoure d’oligarques pour gouverner ? En fait, cela n’est pas très compliqué à comprendre car cela était clair dès ses premiers succès et plus encore sa victoire finale en novembre et ceci en dit long sur les dérives médiatiques de l’époque.
 
Paradoxalement, pour un milliardaire venu de New York, Trump est apparu comme un candidat anti-système et élites. Sur le fond, il a tenu des propos s’éloignant de la doxa dominante, sur les immigrés ou le libre-échange, proposant des mesures chocs comme un mur à la frontière du Mexique ou des droits de douane à 45% pour les produits venus de Chine. Et cette différence de fond était amplifiée par une différence de forme encore plus forte par rapport aux propos ultracalibrés, pour ne pas dire robotiques, de Clinton, qui rendait ses outrances, aussi révoltantes soient-elles, finalement plus humaines et donc plus proches. Aussi grossier soit-il, Trump a sans doute gagné en refusant le politiquement correct.
 
Et sa grande chance a sans doute aussi été de se retrouver autant en contradiction avec la majorité des grands média dominants, qui n’ont cessé de le brocarder, ne se rendant pas compte qu’en faisant de la sorte, ils le renforceraient en faisant de lui l’outsider de l’élection. Pour des électeurs insatisfaits du cours de la politique, quel meilleur badge d’honneur qu’être critiqué par ceux qui avaient soutenu tous ces candidats qui les avaient déçus tout en étant nouveau. Ceci montre une trop grande homogénéité des média, que l’on retrouve en France, sur tant de sujets, de l’Europe aux migrants. Où l’on voit que cette homogénéité peut aussi pousser le peuple à voter dans le sens inverse indiqué.
 

La force de ce mécanisme est telle que cela a réussi à faire passer un milliardaire de New York grossier et misogyne pour un outsider, transformant ses défauts en qualités pour suffisamment de personnes pour qu’il gagne l’élection. Aussi stupéfiant soient-ils, les choix faits pour s’entourer gardent l’avantage de la fraicheur, mais pas sûr que la vieille sauce ultra-libérale plaise longtemps à la majorité

 

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