Tsipras met au jour le rapport du capitalisme la voix du peuple

par a.mary
jeudi 16 juillet 2015

On gagnerait à dégager de tout le brouhaha de commentaires ce qui fait actuellement le nœud de la situation de la Grèce dans l’Union Européenne dans sa dramaturgie épurée. Il faut débarrasser la situation de ce qui sature et interdit de la penser.

 

L’antagonisme dans sa simplicité est le suivant :

 

 

Le mérite de Tsipras aura été de faire apparaître à nouveau les contradictions propres de l’idéologie dominante de l’UE : son arme aura été la parole politique et la démocratie. Les Grecs ont donc affirmé démocratiquement qu’ils n’acceptent pas le plan d’accord soumis par la commission européenne, la BCE et le FMI (telle était la question du referendum et Mélenchon et d’autres ont eu raison de souligner combien médias et politiques n’ont eu de cesse de déformer les termes de la question, voire de suggérer que la question ne serait pas même adressée au peuple). Les réactions de stupeur, d’étonnement, de panique, de la Droite à l’annonce du referendum devaient déjà nous mettre sur la piste… C’est donc à l’encontre de l’expression démocratique d’un peuple que des « accords » ont été trouvés, le pistolet sur la tempe (pour reprendre le mot de Tsipras), c’est-à-dire dans l’affamement d’un peuple et sous la forme de l’ultimatum. On réalise ainsi après-coup que l’acte politique de Tsipras réside moins dans le sondage d’opinions du peuple grec que dans la mise au jour du peu d’estime en quoi les technocrates européens tiennent la démocratie et la détresse d’un peuple. Tel est le gain de savoir : en régime de libéralisme économique, on veut bien de la démocratie (parlementaire) pour autant qu’elle se mette au pas des exigences du capital. Mettons le destin réservé au referendum grec en série avec le referendum français de 2005 contre le traité pour une Constitution européenne, avec les trois recours à la procédure « 49-3 » pour un forçage autoritaire de la loi Macron, ou encore avec les gouvernements techniques qui se succèdent en Italie - pour rappel : Matteo Renzi est Président du Conseil par nomination et non par élection démocratique. Chaque fois, une technocratie présumée apolitique et consensuelle impose des décisions économiques sous la rhétorique d'un pragmatisme de bon sens qui ont des implications politiques bien réelles.

Face aux pressions des créanciers, il est une attitude problématique qui consiste à négocier les moyens d’étalonner la dette, de l’annuler en partie, etc. C’est accepter de parler dans la langue du dominant (qui ne connaît que le chiffre et le dû) et dans des termes où le débiteur reste redevable. Un internaute propose un remboursement participatif de la dette grecque par les citoyens de l’UE. N'est-ce pas encore donner trop raison à la légitimité de cette dette ! Lorsque Mélenchon fait valoir que bien des pirouettes comptables pourraient résoudre la question de la dette grecque, c’est pour faire apparaître combien le problème est moins un problème technique qu’une Question politique. Si Tsipras cède finalement, c’est que l’accord se fait sous la forme menaçante du chantage. Tout porte à croire désormais que l’acte politique authentique laisse les technocrates qui nous gouvernent indifférents, ou bien perplexes quand ils ne paniquent pas. Ils ne savent plus que la politique est métier de parole plutôt que de chiffres et de communication. Se trahit un manque d’imagination politique, prisonniers qu’ils sont d’un fatalisme consistant à croire que l’idéologie de marché est l’ordre des choses, qu’il l’a toujours été, qu’il n’est pas possible d’en changer. (Pour le dire avec Engels, « Ce qui manque à tous ces messieurs, c’est la dialectique ») Leur soumission aux exigences cruelles du marché n’est pas sans évoquer le zèle religieux du fanatisé sacrifiant à d’obscures idoles.


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