Tunisie, Ben Ali et la révolution des pauvres

par Brice
samedi 15 janvier 2011

Le problème de la faim prend de l'ampleur et devient presque universel. Déjà en 1997, dans des conditions nettement meilleures, j'écrivais dans mon mémoire publié à l'Université Marien Ngouabi de Brazzaville, "au XXI ème siècle, la faim va atteindre un niveau qui fera courir tout droit vers des inégalités susceptibles de générer des violences et des conflits. Certaines violences engendreront des révolutions si l'on n'y prend pas garde".

Ce qui se passe en Tunisie depuis trois semaines n'est rien d'autre qu'une forme de révolution de la rue : c'est la révolution des pauvres, des affamés, des damnés de la Terre, des gens sans voix, des laissés pour compte...la révolution du ventre.

La jeunesse tunisienne vient de renverser les forteresses du pouvoir ; ce qui peut être interprété comme la première révolution du ventre dans le Monde. Le renégat n'a pas pu reprendre le contrôle des choses ; ce qui aurait sonné la fin de la révolte et la fin de toutes les formes d'espérance pour la jeunesse tunisienne.

Le Prince a "compris" , mais hélas tard, que le peuple n'est pas con. Il a aussi "compris " que toutes les dictatures ont une fin. On ne peut pas priver un peuple de sa liberté et de la démocratie tout le temps. On n'a pas le droit de se moquer de la population. On ne peut prétendre gouverner un pays et ne servir que les intérêts de sa famille et sa belle famille. On n'a pas le droit de s'auto-proclamer indispensable et illustre pour le peuple. Personne n'est irremplaçable, même pas le Pape.

Alors, pour quelle raison muselle t-on tout un peuple ? Pourquoi a-t-on peur de la presse au point de la condamner au silence ? pourquoi emprisonne-t-on les opposants politiques ?

Il a fallu plus de soixante dix morts pour comprendre que le pays n'est pas le bien privé du Prince. Il a fallu plus de 23 ans de pouvoir pour constater avec étonnement que le peuple a faim. A t-on le droit d'injurier son peuple de terroristes et de voleurs quand celui-ci réclame à manger ?

Être Prince éloigne du peuple ; c'est avec raison que l'on dit que le pouvoir rend aveugle ; car le confort du palais est incompatible avec les odeurs des quartiers populaires. De toute façon, le peuple pue.

Pour n'avoir pas compris à temps que la faim tue et que la pauvreté n'est pas un luxe à offrir à son peuple, le peuple a exigé et obtenu le départ du Prince. Départ qu'il souhaitait retarder jusqu'en 2014 ; Il ne voulait pas se rendre à l'évidence que 2014, pour les affamés, c'est si loin.

Lui qui n'a jamais compris que l'on ne peut pas gouverner contre son peuple. On n'utilise pas l'armée contre la Nation. On n'autorise pas l'armée à tirer sur le peuple. C'est le signe que le Prince avait perdu la raison. Lui qui croyait que la nation se résumait à l'ensemble de sa famille et de ses courtisans. 

Votre pouvoir a été trop autoritaire. Aujourd'hui, le peuple l'a fragilisé. Ce même peuple a refusé de vous accorder le temps de le réformer.

Par ailleurs, quel type de stratégies contre la pauvreté comptiez vous adopter d'ici 2014 alors que vous aviez eu plus de deux décennies pour cela. Une chose est sûre, un Prince qui a passé plus de dix ans au pouvoir dépense son énergie plus pour durer que pour gouverner son peuple ; car le pouvoir use et fatigue. Mais il faut être un démocrate pour s'en rendre compte. 


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