Turquie v/s OTAN ; Kramer contre Kramer !

par Clark Kent
lundi 22 janvier 2018

 

Des soldats turcs ont pénétré dans l'enclave kurde d'Afrin, au nord de la Syrie. La guerre par procuration mnée contre le régime syrien à travers l’instrumentalisation d’un « état islamique » disqualifié puis anéanti entre dans une nouvelle phase. La Turquie affirme qu'elle envisage de créer une zone de sécurité de km et de la « contrôler ». Selon l'armée turque, ses avions de chasse et son artillerie ont déjà atteint touché 153 cibles. Les forces kurdes (YPG) ont déclaré que l'assaut militaire turc avait été repoussé.

L'attaque turque complique encore le jeu d'échecs politique et militaire en Syrie qui présentait déjà beaucoup d’aspects ambigus et contradictoires. Cette initiative devrait logiquement provoquer une confrontation directe entre les Etats-Unis avec un pays allié de l'OTAN, la Turquie, puisque le partenaire américain actuel en Syrie est justement le YPG. Ce sont les troupes au sol d’YPG, soutenues par des frappes aériennes américaines, qui ont conduit à la reddition d’ISIS à Raqqa en octobre.

Pour la Turquie, la montée des Kurdes syriens, qui comptent une population d'environ deux millions d'habitants et vivent principalement dans le nord-est de la Syrie est depuis longtemps un véritable cauchemar. Depuis 2012, Erdogan considère que l'YPG est le bras armé syrien du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) que l’état turc combat depuis 1984. Depuis plusieurs années, le Président turc considère le PKK et l’YPG comme une seule et même organisation « terroriste », et a promis à plusieurs reprises de les éliminer à ce titre, considérant que ce seul anathème est suffisant pour justifier une guerre civile de l’état menée contre une partie de la population..

L'avenir de cette enclave semi-indépendante connue par les Kurdes syriens sous le nom de Rojava est désomais suspendu, et sera déterminé par la tournure que prendront les événements. Les Etats-Unis sont intervenus sur le terrain pour la première fois militairement en Syrie en 2014 pour défendre la ville kurde de Kobani qui était attaquée par Isis. Les dirigeants régionaux s’étaien talors demandé si les Etats-Unis soutiendraient leurs nouveaux alliés kurdes une fois qu'Isis aurait été éliminée ou feraient s’ils exfiltreraient leurs « conseillers militaires » de Syrie et laisseraient l’YPG livré à lui-même et aux puissances locales.

Les Etats-Unis disent ne jamais avoir eu de forces à Afrin et que les derniers développements étaient à imputer à la Russie, en s’appuyant sur le fait que des observateurs militaires russes auraient été présents dans l'enclave. Cette version n’empêchera pas que la chute d'Afrin sera considérée comme un signe de l’incapacité des Etats-Unis ou de leur manque de volonté à défendre leurs alliés kurdes. En fait, la confrontation actuelle est le fruit d’une sous-estimation par les États-Unis de la fragilité des la situation dans le nord de la Syrie et des enjeux cruciaux.

Début janvier, les États-Unis ont déclaré qu'ils appuyaient la création d'une force frontalière de 30 000 hommes qui, dans la pratique, serait dominée par l’YPG. Le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson a affirmé que son annonce avait été mal comprise par la Turquie, mais en fait, les Turcs ont été consternés par ce qu'ils considèrent comme une orientation pro-kurde de la politique américaine.

En fait, comme il l’avait fait à l’époque récente de tension des relations américano-turques, en croyant pouvoir intervenir comme un maitre d’école dans une cour de récréation en sifflant la fin des parties de billes, Tillerson a provoqué une tension encore plus grave, devenue insupportable pour les Turcs quand il a déclaré la semaine dernière que les Etats-Unis garderaient leurs 2 000 conseillers militaires et troupes logistiques en Syrie dans un avenir prévisible. La justification est d’empêcher la résurgence d'Isis, mais le but réel est d’affaiblir la position de Bachar al-Assad et de l'Iran. Quoi qu’il en soit, la conséquence factuelles et bien concrète du discours de Tillerson a été de donner une garantie militaire à long terme à l'enclave kurde syrienne.

Cet engagement d'une présence militaire américaine permanente en Syrie a exaspéré Erdogan et agacé la Russie, la Syrie et l'Iran qui voient dans la nouvelle politique américaine en Syrie un engagement des dirigeants kurdes syriens dans une alliance avec les Etats-Unis. Auparavant, les Kurdes avaient tenté de trouver un équilibre dans leurs relations avec la Russie et les États-Unis et d'éviter d'être perçus comme des ennemis permanents d’ Assad dans sa tentative de réunifier la Syrie. Sans aller plus loin dans les conclusions, on peut constater que cette fois ci, l’aviation russe n’est pas intervenue comme elle l’avait déjà fait pour contrerl’opération aérienne turque.

Les Kurdes en Syrie n'ont pas beaucoup de marges de manœuvres. Ils sont entourés d'ennemis et le fait même de la défaite d’ISIS à laquelle ils ont largement contribué leur retire un atout maître une fois qu’ils ne sont plus indispensables. Ils ont pu observer que les Kurdes irakiens, qui menaient de leur côté un combat pour établir un micro-état semi-indépendant, avaient perdu tous leurs acquis en organisant un référendum mal inspiré sur l'indépendance.

Les unités YPG sont beaucoup plus résistantes que les peshmergas irakiens, mais Afrin est détachée du reste du Rojava et difficile à défendre. Sa perte ne signifierait pas une défaite pour les Kurdes syriens, mais serait déterminante pour l’évolution d’un conflit dont l’issue devrait modifier non seulement la géographie locale, mais aussi les pages consacrées aux alliances dans les atlas géopolitiques. 

 


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