Ukraine : la liberté de religion est menacée

par Christine Benoît
mercredi 13 septembre 2017

Malgré l’indépendance réciproque des Églises et de l’État, les liens informels entre les deux sphères demeurent importants. L’Église forme la conscience des citoyens, engage à la solidarité et à l’amour de la patrie. L’une de ses missions consiste à réconcilier le pays. Ce qui est d’ailleurs difficile si l’Église, elle-même, est divisée, comme c’est le cas en Ukraine.

Quand les désaccords religieux deviennent politisés

L’Ukraine, qui compte environ 25 millions d’orthodoxes, est représenté par plusieurs Églises de cette confession. L’Église orthodoxe du Patriarcat de Moscou constitue la principale d’entre elles et demeure toujours sous l’autorité de la Russie en dépit d’un certain statut d’autonomie acquis en 1990. La deuxième est l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Kiev qui est née en 1992 d’un schisme avec celle de Moscou. Elle n’est pas reconnue par le monde orthodoxe.

La révolution de 2014 a certainement aggravé le clivage entre l’Église ukrainienne du Patriarcat de Moscou et celle du Patriarcat de Kiev. Selon le politologue et philosophe ukrainien Mikhaïl Minakov, la « révolution de la dignité » a abouti à une corruption éhontée, à un nationalisme militant et au déclin des libertés. Il s’agit également de la liberté de religion. Depuis 2014, les églises rattachées au Patriarcat de Moscou ont subi de nombreuses attaques perpétrées par des nationalistes qui profitent des désaccords religieux pour l’utiliser comme un outil d’influence.

Un exemple parmi d’autres des violences des néo-nazis contre les croyants est l’incident qui s’est passé à Nikolayev, dans le Sud du pays. Des ultra-nationalistes ukrainiens sont venus saccager le chantier de construction d’une église orthodoxe du patriarcat de Moscou. Ils ont insulté puis frappé les croyants qui essayaient de les empêcher d’entrer sur le chantier, y compris des femmes âgées. Après avoir pénétré sur le site, ils se sont mis à détruire les fondations de la future église.

En 2016, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a tenu une réunion pour examiner un rapport sur la persécution de l’Église orthodoxe ukrainienne qui relève du Patriarcat de Moscou. Il s’agissait des chapelles vandalisées, des incendies volontaires et des agressions physiques d’ecclésiastiques.

Mais le plus effrayant, c’est la réaction de l’Église du Patriarcat de Kiev et des autorités ukrainiennes. Il s’agit plutôt de la non-réaction et même de l’approbation des actes violents. De quelles valeurs démocratiques parle-t-on dans le pays où les représentants religieux approuvent l’agression contre les croyants ? L’Union Européenne a vraiment de quoi interroger les autorités ukrainiennes.

Il est évident que les violations du droit à la liberté de religion ou de conviction non seulement déstabilisent la société ukrainienne mais aussi sapent le projet d’intégration européenne.

En effet, l’Ukraine avec ses handicaps (outre les attaques contre certains de ses concitoyens, elle subit une crise économique destructrice avec une chute du PIB de 18% depuis 2014) apparaît comme le voisin qu’il vaut mieux de garder éloigné de soi.

Source de l’image : http://www.lavie.fr/religion/guerre-de-la-propagande-entre-les-eglises-ukrainiennes-19-08-2014-55495_10.php


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