Vaines élections : Obama réélu dans des Etats-Unis sans cap au sein d’un monde virant à l’obscurantisme

par Bernard Dugué
mercredi 7 novembre 2012

 Pas de fumée blanche à la Maison blanche mais les médias ont annoncé vers 5 h 30 le gagnant de ces élections qui ont suscité une passion feinte et entretenue en France par des médias en quête de marronnier pour faire gloser et vendre du papier et du remplissage d’écran. On n’aura rien appris dans les grandes messes télévisées mais ceux qui ont suivi des plateaux plus sérieux et visionné des documentaires bien trempés devinent à peu près quel est l’état de l’Union. Une nation bien divisée, dont l’économie rame, dont les citoyens doutent et qui n’a pas vraiment de cap. En Europe, on a les mêmes à la maison. François Hollande peine à livrer une direction pour une France qui doute dans une Europe en déroute. Les électeurs farouchement partisans d’un camp sont souvent les plus bornés, pour ne pas dire obscurantistes. Pour preuve, ce propos d’Américain moyen qui croit que l’économie des entreprises européenne est sous la coupe des syndicats. Chez nous, un gauchiste moyen imagine que les Etats-Unis sont gouvernés par des groupements financiers agissant dans le secret. Le simplisme est le propre de l’homme paresseux à l’époque hyperindustrielle. Les gens ne veulent plus lire et comprendre. Ils attendent des réponses prêtes à l’emploi, aussi accessibles qu’un plat réchauffé au micro-onde. Pas le temps de cuisiner les idées et les politiciens. Les spots publicitaires suffisent.

 

Et maintenant, que penser du résultat ? Eh bien rien, mon général ! La politique étrangère s’orientera dans la continuité de la précédente (comme d’hab aux States), avec bien évidemment des problèmes pouvant surgir en fonction des événements internationaux majeurs. La politique économique ne pourra pas vraiment contourner la question de la dette colossale, avec d’inévitables impôts et de non moins inévitables coupes budgétaires. Après, le dernier ressort se décidera au Congrès bicolore qui devra décider du plafond de la dette. Bref, cela ressemble à la France. Quant à l’analyse du vote, une chose est certaine, c’est que l’élu est celui qui a été préféré par les « swing américains » dont le vote a fait pencher la balance. De là à comprendre pourquoi l’un a été préféré, il y a un pas que je ne franchirai pas, aiguillant le lecteur vers les dizaines d’analyses contradictoires formulée par les spécialistes sérieux ou les bavards médiatiques. S’il s’avérait qu’un ouragan ait pu faire pencher le vote vers le candidat démocrate est un signe qui ne trompe pas sur l’état d’un pays qui ne sait pas où il va si bien que la contingence climatique décide à la place du peuple. Enfin, s’agissant de la politique énergétique, un jeune journaliste a déclaré qu’Obama est bon pour la planète. Ce jeune homme devrait songer à changer de métier. Obama creusera autant de puits que nécessaire pour assouvir les besoins américains en carburant. Le seul cap américain s’il y en a un, c’est de contenir les tensions sociales en continuant à assouvir les désirs insatiables d’individus dans ce pays où paraît-il, l’obésité gagne du terrain (signe de dégradation de l’humain ?)

 

Finalement, une démocratie se caractérise par la possibilité d’élire un président qui n’a pas vraiment de cap. Dans un régime non démocratique, un clan, une famille, un parti, trace la voie pour tous. C’est le cas de la Chine ou de l’Iran. La Russie hésitant entre deux options, démocratique ou autoritaire, avec quelques tendances disons peu compatibles avec la liberté d’expression car des lois visant à contrôler le Web ont été votées et seront bientôt opérationnelles. Les nouvelles de Moscou montrent une prise de distance des capitaines du régime face aux valeurs démocratiques de la vieille Europe. Les vieux démons autocratiques ressurgissent mais cette fois avec la complicité de l’Eglise orthodoxe et sa doctrine bien plus efficace que le communisme pour contrôler les âmes. D’après quelques nouvelles provenant du monde de l’art, il paraîtrait que les Russes moyens virent à l’obscurantisme et que des agités font interdire des expositions dans les musées. Comme quoi, dans tous les pays existent des tendances vers l’obscur, Tea Party aux States, bloc identitaire en France, néo-nazis en Allemagne, intégristes religieux de tous bords dans beaucoup de pays, sans compter les millions d’adeptes de sectes, les milliards de dévots du phone et des tablettes… Il y a deux catégories d’obscurantisme, celui perpétré par de douteux prosélytes cherchant à avoir l’emprise sur les âmes et celui que l’individu nourrit spontanément en suivant ses désirs matérialistes et sa paresse intellectuelle. Et puis les gangs, aux Mexique, au Guatemala, jusque dans les quartiers des mégalopoles américaines ou les grandes villes françaises. Un classique pourrait-on dire, car les corrompus font partie de la tradition, en Italie, Espagne, ailleurs ou en Orient, mafia, yakuzas, banquiers de l’immobilier et autres triades… Obama ne pourra rien faire dans un monde plus ou moins ravagé par la corruption, le matérialisme et l’obscurantisme. Bref, que des nouvelles réjouissantes.

 

Il y a pourtant deux raisons d’espérer. D’abord lorsqu’on est en démocratie, rien n’est impossible et comme le système social ressemble à une structure dynamique auto-organisée, quelques germes d’intelligence pourraient se propager et rendre les individus plus sages, raisonnables et visionnaires. Deuxième bonne nouvelle, le divin devrait être de la partie mais nul n’est prophète en son pays et nous verrons bien comment l’Europe et les States peuvent trouver d’ici 20 à 30 ans un cap à visage plus humain, une voie vers une civilisation qui ne se résume pas à l’acquisition des gadgets et autres illusions divertissantes ou répondant aux aspirations narcissiques. J’ose dire ce que pense la moitié de mon intellect : rien à cirer de l’élection d’Obama, ces élections ont fini par me gonfler ! D’ailleurs, cette campagne électorale a été laide comme l’ont noté les observateurs sur place et il n’y a rien d’étonnant car en France aussi ce n’était pas reluisant. La civilisation de dégrade peu à peu alors le dernier mot sera accordé au philosophe Whitehead affirmant que Dieu ne crée pas le monde mais il le sauve ! Et j’ajouterai, il l’embellit !

 


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