Valse fatale à deux temps de l’Ukraine dans le Donbass : un pas en avant, deux pas en arrière
par Christelle Néant
mardi 4 octobre 2016
Alors qu'il y a quelques semaines, la baisse du nombre des bombardements effectués par l'armée ukrainienne, les accords signés sur le désengagement des forces et l'échange de prisonniers selon la formule « tous contre tous » semblaient donner aux occidentaux l'illusion d'un progrès concernant l'application des accords de Minsk, à peine deux semaines plus tard, l'Ukraine revient à ses mauvaises habitudes. Un revirement qui n'étonne pas la population et les autorités du Donbass, mais lasse assurément.
Les bombardements nocturnes de l'armée ukrainienne ont augmenté à nouveau en nombre et en intensité, comme dans la nuit de samedi à dimanche, à la veille des primaires, où les soldats ukrainiens ont tiré à 269 reprises sur le territoire de la République Populaire de Donetsk (RPD), tuant deux soldats de l'armée de la RPD.
Et hier soir, c'est la ville de Yasinovataya et la périphérie de Donetsk qui ont été durement touchées à coup d'obus de mortier de 82 mm et 120 mm tirés par l'armée ukrainienne. Ces tirs de mortiers ont ajouté de nouvelles destructions à ceux de la veille, qui avaient déjà endommagé neuf habitations.
En République Populaire de Lougansk (RPL), les tirs de mortiers de 82 mm et 120 mm, et surtout les tirs d'artillerie de 122 mm (interdits par les accords de Minsk) dans la nuit de dimanche à lundi ont tué un soldat de l'armée de la RPL.
Ce refus de respecter plus avant le cessez-le-feu signé, s'est bien sûr accompagné de la violation de l'accord sur le désengagement des forces en plusieurs points du front, comme convenu à Minsk. Ainsi, en République Populaire de Donetsk, à Petrovskoye, l'armée ukrainienne n'a non seulement pas retiré ses troupes après que l'armée de la RPD se soit retirée comme prévu, mais a en plus tiré depuis ses positions, obligeant les soldats de la RPD à revenir sur leurs positions antérieures. L'OSCE s'est fendu d'un appel à l'armée ukrainienne lui demandant de cesser les tirs.
En République Populaire de Lougansk, la situation n'est gère meilleure. Le désengagement prévu à Stanitsa Louganskaya (où se trouve le seul point de passage sur le front entre la RPL et l'Ukraine) a lui aussi été annulé par l'Ukraine, qui n'a même pas daigné donner d'explication ou de justification pour ce non respect de l'accord signé.
Il faut dire que l'Ukraine est de plus en plus dans une situation périlleuse, tiraillée entre le mécontentement populaire, les radicaux qui rêvent de renverser Porochenko pour prendre sa place, les États-Unis qui poussent à la guerre, et certains pays européens qui eux cherchent à l'éviter à tout prix.
Et l'arrestation par la fédération de Russie il y a quelques jours d'un espion ukrainien soit-disant journaliste, n'arrange pas les choses, même si cela permet temporairement à l'Ukraine de hurler à l'arrestation arbitraire et de jouer les victimes (ils aiment bien jouer le rôle de Caliméro à Kiev). Le ministère des Affaires étrangères russe a d'ailleurs confirmé que cet homme, Roman Sushchenko, n'avait pas agi sur le territoire russe comme un journaliste mais bien comme un espion.
Après avoir infiltré à plusieurs reprises des organisations comme l'ONU et l'OSCE dans le Donbass, il semble donc que le SBU ai décidé d'utiliser la bonne grosse ficelle du journaliste pour couvrir ses activités d'espionnages en Russie. Ce genre de méthode, qui est aussi utilisée par le FBI, discrédite totalement la profession et met tous les journalistes travaillant en zone de guerre en danger, en jetant la suspicion sur leurs activités.
De mauvaises pratiques importées par l'Ukraine depuis les États-Unis qui ne sont pas les seules. Ainsi des organisations de défense des droits de l'homme ont tiré la sonnette d'alarme, sur le fait qu'après le passage des instructeurs occidentaux pour former l'armée ukrainienne, les soldats ukrainiens se sont mis à utiliser de nouvelles méthodes de torture typiques des USA comme la suffocation par l'eau. Une méthode largement utilisée par les États-Unis contre les terroristes présumés.
Cette dérive inquiétante de l'armée ukrainienne indique clairement (à qui avait encore des doutes) qui est le véritable marionnettiste en Ukraine, et qui jette de l'huile sur le feu : les États-Unis. Leur effondrement accéléré alors que l'élection présidentielle américaine laisse pour l'instant augurer d'une victoire de Donald Trump, affole totalement les néo-conservateurs qui semblent donc avoir décidé de pousser l'Ukraine coûte que coûte vers la guerre, même si le pays n'y survivra pas.
Et alors que la Russie a décidé de rompre certains accords qu'elle avait signé avec les États-Unis car ces derniers ne les respectaient pas, et émet de profondes réserves quant au nouveau projet français de cessez-le-feu en Syrie, il semble bien que le temps des négociations entre les deux super puissances soit fini, et que l'on s'approche de plus en plus dangereusement du moment où la confrontation sera inévitable.
Sur ce grand échiquier, la valse-hésitation et les tergiversations de l'Ukraine lui seront fatales, et provoqueront l'éclatement du pays, tiraillé entre un trop grand nombre de forces centrifuges aussi bien intérieures qu'extérieures.
Christelle Néant