quand le prochain acte terroriste ?

par jtombeur
mardi 12 octobre 2010

Des étudiantes en journalisme de l’université Lomonossov ont posé, en robes ou vêtements noirs, la bouche bâillonnée par du ruban adhésif. C’était pour un calendrier, pendant de celui d’autres étudiantes en journalisme, qui avaient posé en déshabillées pour glorifier Vladimir Poutine. Miss Novembre-Décembre, Tatiana Kartatchova, du calendrier de l’université Lomonossov, posait la question : « À quand le prochain acte de terrorisme ? ». L’image a été aussitôt détournée par l’extrême-droite russe

C’est en goule, crocs ensanglantés, mains sanguinolantes, que Tatiana Kartatchova s’est retrouvée transformée, posant en premier plan de ce que l’on suppose être une scène d’intervention des forces spéciales russes en Tchétchénie. Bien sûr, les soldats sont supposés protéger des civils contre un attentat ou une attaque des « dissidents tchétchènes ».

L’histoire des calendriers des étudiantes en journalisme moscovites avait commencé par la diffusion, très médiatisée, dans les grandes surfaces de Moscou, d’un calendrier dédié à la gloire et la personne de Vladimir Poutine. Les jeunes femmes, les Misses de chaque mois, adressaient, en petites tenues, des messages sans ambiguïté à leur héros. Du genre « tu as vaincu les feux de forêts, il y a encore du feu chez moi… ». Ce calendrier a fait le tour de la Toile, celui des étudiantes de l’université Lomonossov un peu moins… Il est beaucoup moins émoustillant.
 
Les étudiantes de cette sobre réplique posent des questions dérangeantes au pouvoir russe. Ainsi de celle sur l’enquête portant sur l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa. Celle de Tatiana Kaptatchova fait allusion aux menaces terroristes brandies par Vladimir Poutine, et parfois suspectées de susciter des attentats d’origines pour le moins troubles.
 
Toute similitude avec la France de Nicolas Sarkozy serait évidemment fortuite, nulle et non avenue, mais je me suis pris à imaginer un calendrier similaire, avec des questions comme « Quid du Woerthgate ? », « À quand la suite du Karachigate ? ». Vous en trouverez un exemple sur Come4News : Happy Brutday, President Sarkozy.
 
Sur l’emploi des termes liés au terrorisme en Russie, on se reportera à :
Michel Duc Goninaz « De quelques emplois de la notion de “ terrorisme ” dans la presse russe », Topique 2/2003 (N°83), p. 129-134.
URL :
www.cairn.info/revue-topique-2003-2-page-129.htm.
DOI : 10.3917/top.083.0129.
 
Sur l’emploi des techniques de communication mussolinienne en France, on se reportera aux interventions de Luc Ferry dans la presse, et peut-être à « Woerthgate : Sarkozye, république bananière » ou à « Woerthgate : sarkobashing et sarkobsession ».
 
Toujours est-il que, tout comme la presse malpensante et critique à l’égard du pouvoir français a été qualifiée de presse des « années 30 » ou ses journalistes de « fascistes », Tatiana Kartatchova, dont je salue le courage, étudiante en troisième année de journalisme, voit son portrait caricaturé en « terroriste ». À quand Florence Aubenas attifée en garde rouge, en vopo, en souris grise ou interprète de la défunte Stasi roumaine ? La montée des tensions sociales et d’une certaine rhétorique issue des éléments de langage des officines de com’ de l’UMP, la mise en scène de Nicolas Sarkozy au Vatican, et quelques autres éléments épars peuvent faire craindre que les méthodes de Vladimir Poutine sont étudiées en France. Avec le Coup de Tarnac (titre d’un livre de Marcel Gay sur l’affaire Coupat), on nous a fait celui d’une mythique ultra-gauche, par essence totalitaire et fasciste si l’on en croyait les éléments de langage véhiculés.
 
Conclusion de Michel Duc Coninaz : « la répétition lancinante, quasi-doxologique, des mêmes mots et formules, qui doit produire une tétanisation dont le but est d’organiser l’oubli de l’amont des événements. Le message subliminal, et parfois cyniquement explicité, est clair : le terrorisme au détail appartient au domaine du Mal et ne saurait donc avoir d’autres causes que métaphysiques. Prétendre en rechercher les causes historiques, c’est déjà « comprendre », donc excuser, donc être complice. Mais cette répétition peut avoir un effet contraire au but recherché, puisqu’elle peut aboutir à la banalisation du phénomène diabolisé. Or les tenants de l’idéologie officielle répètent volontiers avec insistance qu’il ne faut pas « banaliser » ce qu’ils présentent comme appartenant au domaine du Mal. ». On transposera comme on voudra à la lecture de la presse française.
 

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