C’est quelqu’un qui n’a rien dit Christophe Barbier

par Babar
mercredi 13 février 2008

« Je ferai de mon mieux ». Ce n’est pas du conditionnel, mais du futur. « Je ferai de mon mieux », c’est aussi le titre de l’interview que donne Carla Bruni à Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L’Express aujourd’hui mercredi 13 février.

Christophe Barbier n’aurait jamais publié le SMS supposé que Nicolas Sarkozy aurait envoyé à Cécilia. Car, explique-t-il, Cécilia n’est plus un personnage public. Mais Carla Bruni, c’est une autre affaire. Carla c’est maintenant la première dame de France. C’est aussi une amie que Christophe Barbier connaît depuis 2001. Il l’a rencontrée à la sortie d’une pièce de théâtre qu’il avait écrite et dans laquelle jouait Raphaël Enthoven (l’ex de Carla et le père de son fils).

Depuis, Christophe Barbier ne s’en cache pas, la relation avec Carla Bruni est devenue amicale. Un journaliste a le droit d’avoir des amis. Il arrive que ces amis, quand on est un journaliste important comme Christophe Barbier, frayent dans les hautes sphères de la politique, de la finance, du business...

On peut néanmoins s’interroger sur la démarche et sur la méthode de Christophe Barbier qui, aujourd’hui, en une du journal dont il dirige la rédaction publie l’interview d’une amie qui est devenue, mais Christophe Barbier n’y est pour rien, la première dame de France.

Hier soir, Christophe Barbier était l’invité du Grand Journal (Canal+). Michel Denisot, lors de sa présentation, insiste beaucoup sur le caractère exceptionnel de cette interview, la présentant comme un scoop, c’est-à-dire une « information importante et exclusive vis-à-vis de la concurrence », mais la relativisant du même coup du fait du caractère amical de sa relation avec Carla Bruni, sujet à propos duquel Barbier, intelligemment, ne se défile pas.

Ce qui n’empêche pas le caractère « casse-gueule » de l’exercice. C’est du people, mais pas du people, c’est une interview comme les autres, mais pas tout à fait, on est dans la relation interviewer-interviewé, mais pas tout à fait non plus, dans la confidence et dans la retenue. Barbier qui aime le théâtre et en écrit sait doser, ménager le suspense. C’est une pièce écrite à quatre mains.

Comme l’explique Michel Denisot au début de sa présentation, c’est un scoop puisque tous les concurrents auraient bien aimé obtenir cette exclusivité. Christophe Barbier l’a eue parce qu’il est un ami de Carla Bruni-Sarkozy. On reconnaît un bon journaliste à ses réseaux, à son carnet d’adresse et beaucoup de journalistes aimeraient posséder celui de Barbier. Mais reste à savoir si être l’ami de quelqu’un d’important, puisque l’annonce de son interview figure en une d’un des news magazines les plus influents de France et que pour l’occasion son tirage sera augmenté en conséquence, est un atout ou un handicap ?

Ici comme dans les réponses qui sont contenues dans les questions, la valeur du scoop est contenue dans sa simple énonciation. C’est un scoop parce que c’est un scoop. C’est un scoop parce que pour la première fois Carla Bruni-Sarkozy est interviewée en tant que première dame de France. Pour le reste ça ne décoiffe pas vraiment. C’est Bernadette relookée. « Je ferai de mon mieux ». On ne va certes pas lui demander des révélations...

De toute façon, qui les lui demanderait ? Pas Christophe Barbier puisque c’est elle qui mène l’interview et que le directeur de la rédaction de L’Express avoue benoîtement que, dans cette affaire, c’est elle qui décide. Extrait du Grand Journal d’hier soir :
« Je vois le soin, la méticulosité qu’elle a apporté à travailler chaque phrase, à travailler chaque ligne dans le sens des mots, mais aussi dans la sonorité », explique Christophe Barbier.

Celui-ci est coupé par Aphatie qui lui demande avec une pointe de perfidie « La relecture a été importante ? ». Barbier lui répond : « On a travaillé cinq jours tous les jours. On a d’abord fait un premier grand entretien que j’ai décrypté. Et puis après on a retravaillé jusqu’à hier soir, pendant le bouclage, virgule après virgule... ».

Qu’on fasse relire une interview, nous ne discuterons pas de ce sujet ici qui mériterait un article entier. Mais que l’interviewé(e) « retravaille » son interview, voilà bien de quoi faire bondir les professionnels de la profession. Mais ce n’est pas fini. A la question d’Ariane Massenet qui lui demande si l’Elysée est intervenu, voilà ce que répond Christophe Barbier : « L’Elysée n’est absolument pas intervenu dans la décision de Carla Bruni de se faire interviewer dans L’Express (...) J’ai parlé quelques secondes avec son mari lors d’un dialogue avec elle par téléphone, puisqu’il était présent, et il m’a confirmé qu’il ne savait absolument pas quel était le contenu de cette interview et qu’il lui laissait le libre choix et du média et du contenu ». Qu’on médite bien sur cette réponse.

Autre question : « Y a-t-il eu des questions taboues ». « Absolument pas, répond Barbier, c’est moi qui ai choisi les thèmes que l’on aborderait et les thèmes que l’on n’aborderait pas ».

Voilà, tout est dit. Quand un journaliste interviewe une amie, c’est comme quand un médecin ausculte un ami...

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