Comment la présidentielle révolutionne le média Internet

par Benoît Raphaël
vendredi 16 février 2007

C’est généralement le contraire que l’on entend : le Web est en train de révolutionner l’élection présidentielle française, l’élection se jouera sur le Net. Ou la dernière : Internet aura en 2007 l’influence qu’ont eu les Guignols en 2002. Ce que je vois surtout, c’est un paysage bouleversé, souvent renversé, une profusion d’initiatives médiatiques individuelles et des polémiques qui naissent sur Internet, et des documents, passés à la trappe des médias, qui ressurgissent sur la toile.

Dernier en date, le fameux "coming out" politique d’Alain Duhamel : ce "scoop" serait resté dans l’ombre des médias traditionnels si la fameuse vidéo où l’éditorialiste explique qu’il votera François Bayrou n’avait pas été repérée par un blogueur dix jours après avoir été postée sur Dailymotion (voir la vidéo ici sur quelcandidat.com).
Dailymotion, justement. Ce clone français du géant YouTube est en train de s’imposer depuis le début de la campagne comme LA "télévision" de la présidentielle. C’est sur Dailymotion qu’ont surgi la plupart des documents vidéo qui ont agité la campagne. C’est encore sur cette plate-forme entièrement dédiée au contenu généré par l’utilisateur que l’on peut voir ou revoir les débats télévisés de la veille.


C’est aussi sur Internet que surgissent, spontanément, depuis quelques mois, de nouvelles chaînes de "télé" : La télé libre du reporter John-Paul Lepers, ancien de TF1 et Canal+. "IPol", le magazine de la présidentielle, par des anciens de Canal+ également. Et puis il y a les "little is big". Les amateurs d’hier élevés au rang de médias de demain : Nicolas Voisin, chômeur talentueux, crée avec trois sous et un pote le "Politic Show", programme vidéo phare de la couverture de la campagne électorale sur le Net. En quelques mois, ce "journaliste citoyen" a bouleversé, plutôt en bien, les codes du journalisme télé et de l’interview.
Enfin, quand le publicitaire star Jacques Séguéla décide de l’ouvrir, que fait-il ? Il crée sa télé sur Internet.

Evénement médiatique majeur, où la frustration du citoyen en mal d’expression face aux médias est la plus forte (on se souvient du séisme du "non" au référendum), l’élection présidentielle est en train de faire émerger brutalement un phénomène en gestation. La prise de parole spontanée n’a jamais été aussi abondante. Vous voulez devenir média ? Tentez votre chance sur Dailymotion. Ou sur Agoravox. Ou, depuis quelques jours, sur quelcandidat.com qui ouvre la marche en France du média collaboratif.

Entre Dan Gilmor "vous êtes le média" et Time Magazine "L’homme de l’année : vous", il y a eu deux ans. Le temps de la validation d’une prise de pouvoir : celle de l’utilisateur sur les médias. Une prise de la Bastille. L’implosion du quatrième pouvoir, qui ne disparaît pas mais doit désormais faire avec l’autre.
Et il n’a pas le choix, car c’est toute son économie qui est remise en cause.
Le cinquième pouvoir, ce n’est pas Internet, comme l’explique Thierry Crouzet dans son livre éponyme, le cinquième pouvoir c’est "vous". Et Internet est son vaisseau. Plus qu’un média, ce "vous" qui s’active via Internet façonne non seulement le paysage de l’information, mais bouleverse également les rapports sociaux et économiques. On n’a pas fini de philosopher sur la question. La psychanalyse a exploré l’esprit humain. Il nous faudra un nouveau Freud ou Jung pour décrypter ce nouveau "ça".


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