De l’Islam, de Besancenot et du Vaucluse : la psychose franšaise

par Benji27
lundi 8 février 2010

Le sujet est venu du Figaro, dit-on. Un non sujet, en réalité, qui n’aurait même pas mérité une brève. Pourtant, la nouvelle a fait la Une de la presse généraliste et les commentateurs s’en emparent encore. Allant par là même à l’inverse des sages conseils qu’elle distille constamment, la presse s’est muée en pyromane plus qu’en pompier sur un sujet hautement inflammable : l’Islam. Servant, en conséquence, la soupe au pouvoir. Un chef-d’oeuvre journalistique. Démonstration.

La presse généraliste et nationale relate toujours les mêmes faits dans une logique que décrivait Bourdieu comme « circulaire » : si un journal se saisit d’un évènement, les autres le couvriront aussi. Pas tant parce que ledit évènement est digne d’intérêt, mais parce que le voisin l’a traité. Néanmoins, la presse n’applique pas cette logique qu’aux faits d’actualités ; elle publie également, peu ou prou, les mêmes opinions. Lesquelles opinions sont masquées via des éditoriaux parfois non signés ou des articles pompeusement baptisés « analyse ».
 
Rien de neuf sous le soleil, m’interpellerez-vous. Et à raison. L’originalité est ailleurs. Que la presse inonde collectivement les lecteurs d’éditoriaux, d’ « analyses » et autres « enquêtes » sur un sujet donné, ici la candidate voilée sur les listes du NPA, n’est pas une surprise. La fraîcheur d’un sujet est toujours bon à prendre pour une presse généraliste aux abois. Néanmoins, que ce condensé de bonnes paroles provoquent l’inverse des recommandations journalières de ladite presse est plus étonnant.
 
De quelles recommandations averties et de quel paradoxe flagrant parle-t-on ici ? Deux postulats animent la presse généraliste ces derniers temps : l’islam est surexploité politiquement et Besancenot n’est qu’une créature médiatique. A priori, aucun rapport entre ces deux constatations. Là où ces deux assertions se rejoignent, c’est en raison d’Ilham Moussaïd. Brin de femme de confession musulmane, Ilham a choisi de figurer sur les listes du NPA dans le Vaucluse en vue des élections régionales de mars.
 
Le hic ? Ilham porte le voile. Aux armes, citoyens ! La concorde nationale se met instantanément en place : médias de tous bords et politiques de toutes obédiences dénoncent d’une seule voix le scandale. Libé lui consacre une « enquête », Marianne (qu’on a connu beaucoup plus inspirée), un édito, le Figaro, un post de son éditorialiste vedette, Ivan Rioufol, sur son blog, Le Monde, une chronique… Quant aux politiques, tellement habiles à saisir la balle au bond, ils ne sont évidemment pas en reste. C’est à celui qui condamnera le plus fermement l’initiative de Besancenot.
 
Or, où est le problème ? Ilham Moussaïd est candidate à une élection républicaine ? Oui, mais en position non éligible. Voilà déjà un épouvantail de moins : une des ouailles anti-féministes (et donc par définition régressive), ne siégera pas, quoi qu’il arrive. Elle porte le voile ? Oui, mais ce choix s’inscrit dans le cadre de sa pratique personnelle de l’Islam, ce qui n’est nullement prohibé. Elle participe, avec Olivier Besancenot en figure de proue, de la régression que constitue l’anti-féminisme ? Si le féminisme du XXIe siècle en arrivait à imposer des restrictions aux femmes quant à leur manière de se vêtir ou de pratiquer leur culte, Olympe de Gouges se retournerait dans sa tombe…
 
Ainsi, deux sujets dont les médias s’accordent à affirmer qu’ils sont exploités par les politiques (l’Islam servirait à engranger les votes du FN, et Besancenot servirait peu ou prou les desseins de Sarkozy en raison de ses saillies révolutionnaires) à des fins strictement électorales, sont repris malgré tout en boucle par les mêmes médias ! Aboutissant à ce paradoxe dont l’absurdité aurait inspiré Ionesco : la presse se veut contre-pouvoir et pourtant sert la soupe au Président français.
 
D’un côté, ladite presse exige d’elle-même de ne pas pérorer sur l’Islam envahisseur (qui ne ferait que mousser le FN), et de l’autre, elle monte sur ses grands chevaux, partant en croisade contre une obscure candidate voilée, laquelle était pourtant condamnée à rester, sans cet heureux renfort, dans l’anonymat total.
D’une main, les médias s’imposent de ne pas médiatiser à outrance Besancenot, le redoutable révolutionnaire (qui ne ferait que ramener la vieillesse bourgeoise apeurée dans le giron sarkozyste), et de l’autre, elle le bombarde en une de ses pages à la première saillie du facteur, qui n’en demandait pas tant…
 
Ilham Moussaïd est un non sujet. Que les politiques s’en saisissent ne fait qu’illustrer, si besoin était, leur affligeante propension à faire de la mousse avec n’importe quoi. Évidemment à dessein : cacher leurs piteux résultats quand ils sont au pouvoir, dissimuler leur carence d’idées quand ils attendent leur tour dans l’opposition. En revanche, que la presse s’empare de l’ « affaire » et monte une cabale de toutes pièces, au risque de stigmatiser une religion déjà passablement haïe, est gravement anormal au regard du devoir qui lui incombe d’informer, d’éclairer et de détromper si besoin est la population.
 
Post Scriptum :
 
Malgré l’extrême difficulté de la mesure, le recensement sur critère religieux ou ethnique étant prohibé en France depuis 1872, l’Ined estime à 3,7 millions le nombre de musulmans en France.
 
D’après l’article 1 de la loi sur la laïcité de 1905, « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public ». Aucune restriction n’existe quant à l’exercice politique.
 
D’après l’article 1 de la loi sur la laïcité de 2004, « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. » Nulle part n’apparaissent les assemblées politiques, en théorie représentatives de la France dans sa diversité.
 

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