Du vocabulaire, des médias, de la mode

par Jiache
samedi 3 janvier 2009

On voit fleurir dans la presse écrite et audio-visuelle des expressions, à l’origine bien française, tels que "bien pensant", "pensée unique", "prise d’otage" ou d’autres complètement inventés comme "bobo", "politiquement correct" et ma préférée : "franco-français". Je m’arrête là mais la liste s’allonge tous les jours. Je ne critique nullement l’invention de nouveaux mots ou de nouvelles expressions, bien au contraire, je m’intéresse plutôt à l’usage ou à la récupération de ces vocables.

Il est impressionnant de constater combien des expressions de journalistes sans talent peuvent marquer notre inconscient collectif. L’une des plus marquantes est : "prise d’otage". Pour moi prendre quelqu’un en otage c’est : s’emparer d’un individu et l’utiliser comme moyen de pression contre quelqu’un, un État, pour l’amener à céder à des exigences. C’est Larousse qui le dit. L’idée que l’on se fait communément d’une prise d’otage est violente, implique des menaces et l’utilisation d’armes. Il s’agit d’ailleurs d’un délit sévèrement réprimé. Quand j’entends par exemple que les agents SNCF "prennent les usagers en otage" alors qu’ils font simplement la grève, je me pose des questions. A ce que je sache, aucun usager ne s’est retrouvé un couteau sous la gorge ou menacé d’une arme. L’usager n’aura pas pu se rendre d’un point A à un point B et c’est tout. D’autre part, la grève n’est pas un délit mais un droit, la prise d’otage, c’est le contraire.


Concernant les "politiquement correct", "bien pensant", "pensée unique", le sens réel de ces expressions n’a plus aucune importance et tout le monde s’en fiche. En effet, ces expressions ne sont plus utilisées que dans le but de décrédibiliser un interlocuteur. Si vous n’êtes pas d’accord avec quelqu’un vous n’êtes plus, à ses yeux, qu’un "tenant de la pensée unique" voir un "stalinien", qui plus est "bien pensant" et "politiquement correct". C’est beaucoup plus facile, il n’y a plus besoin d’argumenter et le débat est expédié en cinq minute à coup d’arguments qui n’en sont pas. Dans la série, je garde le meilleur pour la fin : le bobo. Alors la, c’est l’insulte suprême. Bobo, il n’y a pas pire, le retour de la chienlit ma bonne dame ! Bobo pour Bourgeois Bohème. Qu’est-ce qui est dérangeant : bourgeois (on n’en a pas fini avec l’esprit de 68 alors), bohème ou les deux ?

Attention l’insulte : vous n’êtes qu’un bobo preneur d’otage tenant de la pensée unique et politiquement correct. Avec ça on vous habille pour l’hiver à moindre frais.


Enfin, j’aimerai que l’on m’explique le sens de l’expression "franco-français". Français, on sait ce que c’est. Franco-belge, on se doute, mais franco-français ... Ca me rappelle les lessives qui lavent plus blanc que blanc. Franco-français ça doit être plus Français que Français. Ben oui ma bonne dame ! Il y a les Français Franco et les autres, les Français pas franco ! Ca doit être ça. Si quelqu’un peut éclairer ma lanterne.


Ces expressions font maintenant partie de notre inconscient collectif et sont employées à tort et à travers dans les médias, par les politiques et finalement par tout un chacun. Ceci s’inscrit dans ce que j’appellerai le grand lavage de cerveau collectif. Une trouvaille journalistique se trouve du jour au lendemain propulsé sur le devant de la scène et utilisée comme bouche trou. Rappelez vous les schtroumpfs de Peyo : tout mot peut être remplacé par stroumpf. Il s’avère que toute nouvelle expression de ce genre n’enrichit ni ne nourrit notre belle langue. Ce genre de vocable contribue plutôt à l’appauvrir : quand on ne trouve pas de mot ou d’idée adéquate, on peut piocher sans vergogne dans ce réservoir d’expression toute faite.


Chers amis bloggueurs, ne vous mettez pas au niveau de ces journalistes de bas étage, vous êtes certainement capable de mieux.

 


Jiache


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