Face la contestation... la pub gouvernementale

par Elbe
jeudi 26 mars 2009

Incontournable depuis plusieurs années, la presse gratuite jouit d’un large public mais aussi de nombreuses controverses.

La publicité est le rouage principale du modèle économique de ce nouveau genre de presse. Cette donnée amène, parfois, à quelques superpositions délicieuses entre encarts publicitaires et articles d’actualité. Le dernier exemple en date, nous l’avons pioché dans l’édition lyonnaise du 20 Minutes, datée du mardi 24 mars 2009.

C’est un matin lyonnais comme les autres. Sol mouillé par la pluie nocturne, vent frais pour assurer un éveil vif, les colporteurs des journaux gratuits sont déjà en ordre de mission sur le parvis des stations de métro. Travailleurs, écoliers, prennent les trottoirs d’assaut saisissant au vol cette presse tant décriée par les puristes, plus amoureux du traitement de l’information que des dépêches AFP, même vaguement retravaillées.

X, citoyen comme un autre, s’empare de son 20 Minutes. Petit format à l’encre moins tâchante que la concurrence, ces quelques pages feront l’affaire. Au sortir du métro, il aura la sensation de connaître un peu mieux ce qui se trame dans le monde et jettera le feuillet, dans un raque ou pire au sol. La Une du jour est consacrée aux mobilisations étudiantes. "Toujours les mêmes, fulmine-t-il, ce sont mes impôts qui paient leurs pas sur le pavé". Le gros titre évoque une possible radicalisation du mouvement. "Durcissement à l’étude", un jeu de mot pour lancer la journée, pourquoi pas.

X, sceptique, se rend à la page 6 pour comprendre ce qui agite la fac, le temps bloqué dans ce wagon passera plus vite. De l’Université, X en a une idée aussi arrêtée que floue. "Depuis la massification du bac on veut faire croire que tout le monde peut étudier, c’est faux. Résultat, on envoie les jeunes compter leurs rêves à la fac quelques années et après le chômage augmente". Un monde lunaire, sans avenir, tant pour lui-même que pour ses locataires, voilà l’idée que s’en fait X, travailleur de classe moyenne peu au fait de ce qui se passe dans ce que l’on nomme "l’enseignement supérieur". Ces quelques lignes seront une rare occasion de découvrir ce qu’ils veulent, ces apprentis grévistes.

L’article déroule. Travail étudiant, "Tiens comme les colporteurs !", recherche sous-financée, plein pouvoir à la présidence, suppression de postes, silence gouvernemental, épuisement, agacement, espoir, radicalité. Le panorama est vaste, l’inquiétude certaine, X en sait désormais un peu plus sur un mécontentement, loin de lui, certes, mais réel.  

Ses yeux poursuivent leurs caresses au gré de la feuille de chou. Sport, économie, pub, un quotidien gratuit en somme. Tout défile, se mélange, sans vraiment savoir ce qu’il en restera quand il reviendra sur terre. Un passage l’a frappé. C’était de la réclame. Peu étonnant. Toutefois, celle-ci était - aussi - payée par ses impôts puisque financée par l’Etat dans le but de promouvoir les mesures prises récemment par le gouvernement afin de "relancer l’économie française". "Ma foi, c’est l’époque" pense X, résigné.

Moins de publicité sur le service public, plus de la part des pouvoirs publics, la cohérence, elle, n’est pas forcément l’invité de l’époque. Peut être qu’une cohérence existe. En effet, en lisant son journal X a suivi le fil de l’actualité, sans choisir de temporalité propre, juste en se laissant guidé par les lignes. Là se trouve le problème. A peine la contestation étudiante expliquée, l’esprit du lecteur a fait focus sur une pub, bien située. Oui, sous la mobilisation universitaire, le gouvernement critiqué étalait ses lettres promotionnelles dans toutes leurs largeurs.

Hasard ou coïncidence, toujours est-il que la linéarité de la page donne l’impression d’un mécanisme alliant marteau et pommade. "Quand le jeune se plaint, l’état s’occupe de ceux qui souffrent" pourrait être le résumé, à l’extrême, de cette cohabitation entre actualités et publicités.

Au-delà de l’anecdote croustillante, se pose la question des publicités gouvernementales. Lors des États Généraux de la Presse Écrite, l’Etat s’est engagé à augmenter son budget de publicité alloué aux quotidiens afin de soutenir un secteur touché par la crise du monde publicitaire. Reste à savoir si cette participation, bénéfique économiquement, demeurera sans influence sur le contenu d’un journal, soumis à des contraintes budgétaires. Cette malheureuse juxtaposition questionne également l’harmonisation entre publicités et actualités pour ne pas nuire au travail journalistique, généralement marqué par une déontologie certaine.

Elbe


Lire l'article complet, et les commentaires