Forteresses invisibles et guérilla urbaine

par pluskezorro
vendredi 7 juillet 2006

Plus que jamais,le réseau,qu’il soit constitué de la famille,des amis,d’une confrérie ou d’un club, impose sa présence pour celui ou celle qui désire travailler,faire des rencontres,permettre à ses talents d’être soutenus,reconnus et portés à la connaissance d’une large audience.

En dehors de ce viatique c’est le nom qui demeure le sésame absolu pour ouvrir des portes, celles à la fois réelles et virtuelles qui pour le quidam sont souvent bien cadenassées. Pour un parfait inconnu,obtenir un rendez-vous dans une enceinte de pouvoir relève du parcours du combattant,pouvoir s’entretenir avec un décideur ou même un simple assistant,exposer une idée ou un projet requiert de solides qualités de persuasion,persévérance et un sens accru de l’autodérision. Ces gens sont sérieux, ils n’ont pas de temps à perdre à écouter des coquecigrues et surtout ils ne veulent pas être dérangés. Les gardiens des forteresses du pouvoir sont comme des serrures configurées pour ne fonctionner qu’avec des clés et des codes parfaitement identifiables. Le code majeur étant bien entendu le nom.

L’écrivain Vincent Ravalec raconte comment jeune romancier il avait écrit une fausse lettre à Françoise Verny alors papesse de l’édition parisienne. La lettre en question était une chaude recommandation censée avoir été rédigée par un ponte de la télévision. Françoise Verny n’y vit que du feu, ne prît pas la peine de vérifier l’authenticité du billet, reçût le jeune faussaire et...lui trouva du talent.

Ainsi donc si vous ne portez pas un nom sonore il est toujours possible de vous inspirer de d’Artagnan voulant intégrer les mousquetaires du Roi en vous prévalant d’un patronyme fameux.

Plus que jamais le nom a valeur marchande. Je lis aujourd’hui que l’écrivain et chroniqueur Frédéric Beigbeder va être payé 40 000 Euros par mois par Michel Denisot pour apparaître dans le Grand Journal de Canal +.Quoique dans son cas "apparaître" relèverait plutôt de l’hyperbole."Disparaître" serait plus proche de la vérité. Qui a vu ses prestations lors de cette émission ne pourra s’empêcher de rire sous cape.40 000 Euros ça frise quand même l’emploi fictif. J’ai du regarder le Grand Journal une vingtaine de fois depuis un an et je n’ai pas trouvé matière à m’extasier des interventions de notre Truman Capote hexagonal (plus capote que true man, son meilleur texte restant "L’amour dure trois ans").

Pas de nom donc et quelles que soient vos qualités, existence zéro. Des fortunes se bâtissent uniquement sur des noms. Une expression est apparue il n’y a pas si longtemps se propageant presque comme un tic de langage dans la bouche de certains commentateurs:il ou elle est "bankable".Décryptage on peut monter un projet autour de sa personne,le risque sera mineur et les possibilités de gain grandioses.

Reste pour investir les lieux d’argent et de pouvoir une autre voie:la guérilla. Ainsi dans ce registre de guerre picrocholine le tag sur les trottoirs et les murs des villes constitue un moyen certes sauvage mais efficace de propagation d’une idée ou d’un nom. André, petit baron des nuits parisiennes en est un bon exemple. Il a bâti son existence en commençant par apposer sa marque sur tous les murs et palissades parisiennes:un disgracieux et menaçant personnage noir et filiforme. Ironie du sort André à commencé à attaquer les forteresses du pouvoir en tatouant leurs enceintes pour finir en créant ses propres forteresses, lieux nyctalopes pour beautiful people devant lesquels un portier à l’ancienne vous demande si "vous êtes membre du club".

Mais quittant les rues où patrouille la maréchaussée la guérilla se lance dans les vastes avenues du web ou toute forme de pensée ou de création dissidente, nouvelle et peu conventionnelle (l’inverse étant aussi vrai) peut se faire entendre, voir et connaître. Les exemples sont légion comme le succès des Artics Monkeys groupe de rock britannique guère ébouriffant mais portés par des milliers d’internautes sur le site My Space.

Le web est le médium absolu (bien que de nombreux irréductibles ne le tiennent pas en haute estime).Monde en perpétuel mouvement il possède une souplesse et une réactivité que n’ont pas les médias et les entreprises traditionnelles. Ces derniers commencent à le comprendre et s’y engouffrent à présent en masse comme TF1 avec sa plateforme d’échange WAT (We are talented).

Sur ce médium la guerre et la guérilla se côtoient désormais. Grands groupes et créateurs indépendants tentent de s’y faire une place au soleil en se répétant un mot qui semble investi de pouvoirs magiques : le buzz. Le buzz  mot fortement teinté d’irrationnel et qui synthétise la propagation d’une idée, d’un nom, d’un concept, d’une oeuvre comme une traînée de poudre.

Une nouvelle distribution des forces est en train de s’effectuer. De fantastiques possibilités s’annoncent pour les individus créatifs, originaux, iconoclastes. Un monde fermé est en train de voler en éclat et les dinosaures seront contraints de s’adapter ou de disparaître. S’il est tentant de penser que le monde appartient aux financiers et aux avocats d’affaire il y a une chance pour qu’il appartienne désormais à tous ceux qui ont quelque chose à dire et à partager.

Il y a un peu plus de deux millénaires Sun Tse écrivait dans l’art de la guerre :"Si l’ordre règne chez votre adversaire, attendez qu’il soit interrompu."

 


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