Franšais, n’ayez plus peur d’avoir honte ! Informez !

par Al West
jeudi 12 avril 2012

Internet, cette merveille de technologie où l’information semble pouvoir circuler librement1, permettant de mettre au jour certains oublis, certaines zones d’ombre, facilitant le débat et l’échange. Les citoyens sont de plus en plus éveillés, mais quels citoyens ?

L’information semble en effet tourner en boucle au sein des mêmes sites parfois qualifiés d’ « alternatifs ». Alors qu’une infime fraction des Français s’intéressant à la chose publique accumule toujours plus d’informations sur les rouages d’un système défaillant, les autres, non avertis ni des dérives de leur monde ni des moyens de s’informer autrement, se vautrent dans l’amusement et le divertissement. C’est à vous, qui êtes intéressés par le débat public, d’inciter ces personnes à le devenir également.

Toutes les conditions ont été réunies pour que le désintéressement massif prenne racine au sein de notre société : bourrage de crâne des médias de masse à la solde du pouvoir,  promotion du divertissement et du rire et de la bonne humeur obligatoires, aliénation par le travail, vol du temps par des démarches administratives toujours plus encombrantes, l’individu est invité à rendre cerveau, à tuer dans l’œuf toute émergence de sens critique, à réprimer ses désirs d’émancipation intellectuelle.

Dans cette lutte de l’information, Internet n’est plus suffisant, car ce qui fait sa puissance – la divulgation aisée et rapide de l’information – dessine également les contours de ses limites – la profusion d’informations empêchant un tri intelligent. Si certains sites dont AgoraVox fait partie proposent au lecteur une information citoyenne sélectionnée2, c’est en fait un véritable parcours du combattant que doit mener l’internaute non averti pour trouver l’information alternative.

Alors pour que lumière soit faite sur l’actualité et que les médias n’aient plus l’emprise totalitaire qui caractérisent ceux qu’on nomme les « chiens de garde » sur la pensée citoyenne, faisons circuler l’information autrement, par tous les canaux possibles.

Dans tous vos échanges avec autrui, discutez de l’actualité, proposez des pistes de réflexion, des noms de site sur lesquels il est possible de se faire un avis autre que celui imposé par la doxa journalistique.

Chez votre coiffeur, votre boulanger, votre charcutier, votre tenant de kiosque, à votre facteur, votre banquier, votre avocat, tous les hommes politiques locaux, n’hésitez plus : parlez de la dette publique, des conflits internationaux dans lesquels l’Occident joue un rôle plus que trouble, et plus généralement, de toutes les problématiques occultées par nos médias. Et s’ils se désintéressent de la question, suggérez la visite d’un site Internet en rapport avec votre propos. Le nombre fera la force car si plusieurs personnes viennent combattre le désintéressé dans ses retranchements aveugles, le doute émergera peut-être en lui, secoué qu’il sera par les différents assauts menés contre sa passivité.

Autre idée pour contrer la propagande : la résistance épistolaire. Sous ce barbarisme se cache une idée pas moins simple que d’envoyer une lettre à une personne qui vous est inconnue et dont vous aurez choisi le nom au hasard dans l’annuaire, l’invitant à se tenir informée à propos d’un sujet, à découvrir une problématique ou à visiter un site Internet. L’avantage est que vous restez parfaitement anonyme (à mettre en relation avec un possible futur contrôle des technologies numériques), que vous faites sortir l’information du cadre de vos relations et que l’étrange de la confrontation entre celui qui informe et celui qui n’est pas informé est ainsi évité, laissant la possibilité au receveur de la fameuse lettre anonyme de réfléchir à la question sans être aux prises avec ce qui le conditionne à évacuer tout débat. Je vois venir la réplique : vous n’auriez pas envie, vous, de recevoir des courriers anonymes à propos de tout et n’importe quoi ? Je vous répondrai que d’une part, ce n’est pas tout et n’importe quoi, que d’autre part, c’est toujours plus intéressant que des publicités, et qu’enfin l’état actuel de notre société justifie peut-être ce petit sacrifice.  

Alors, en attendant de récupérer des médias neutres dignes de ce nom, en attendant que soit créé le mouvement OccupyMedia, n’ayons plus peur d’avoir honte, tentons de propager l’information, quitte à nous ridiculiser !

 

1 A ce sujet, je vous invite à vous renseigner à propos de l’actuel projet de loi CISPA : http://www.01net.com/editorial/563946/cispa-une-nouvelle-loi-pour-securiser-le-web-americain/

2 Sélection opérée par AgoraVox qu’il est toujours bon de remettre en cause de temps à autre dans l’intérêt du citoyen, car il ne faudrait pas que ces sites soient, à l’image de Rue89, récemment racheté par le Groupe Perdriel, détournés de leur visée première.


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