JÚsus-Judas : on refait le match !

par Eric Mainville
mercredi 19 avril 2006

L’Evangile de Judas vient d’être sorti du secret par la revue américaine National Geographic. L’Eglise catholique rappelle que ce texte est un « apocryphe » qui ne remet pas en cause la doctrine catholique. Elle dénonce le rôle de certains médias qui introduisent de la confusion dans les débats théologiques.

On attendait une réaction de Benoît XVI sur L’Evangile de Judas. Et on n’a pas été déçu. Il a condamné fermement Judas, faisant clairement allusion au texte publié aux Etats-Unis par le National Geographic et bientôt disponible en français.

Plus généralement, des responsables de l’Eglise catholique ont dénoncé la façon dont les médias ont présenté L’Evangile de Judas. Le père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, a lancé cette petite bombe, relayée sur un blog : "On parle beaucoup de la trahison de Judas sans se rendre compte qu’on est en train de la renouveler. Le Christ est vendu, une nouvelle fois, non plus aux chefs du sanhédrin pour trente pièces d’argent, mais à des éditeurs et des libraires pour des milliards de pièces d’argent..." Le père Cantelamessa évoque également L’Evangile de Thomas, un best-seller aux Etats-Unis. Le Da Vinci code est aussi visé, à mots couverts. Ces textes sont utilisés pour relativiser le message de l’Eglise. Cantelamessa conclut : "Nous sommes à l’époque des médias et les médias s’intéressent davantage à la nouveauté qu’à la vérité." Cela se passe de commentaire...

Gnostique. La réaction de l’Eglise n’a surpris personne. Cela fait partie de sa mission. Dès son origine, elle a condamné les hérésies. Au IIe siècle déjà, Irénée, l’évêque de Lyon, fulminait contre l’Evangile de Judas et les gnostiques dans un texte appelé justement Contre les hérésies.

Les temps ont changé. Avant, l’ennemi était gnostique, aujourd’hui, selon le père Cantelamessa, il est journaliste. Mais que reproche-t-on précisément aux journalistes ?

Un exemple : Le Monde titre  : Et si judas n’avait pas trahi Jésus ? Il adopte un point de vue d’historien. Il fait porter le problème sur le rôle historique de Judas. Ce faisant, il place sur un même plan des écrits dits canoniques et des écrits apocryphes. Peut-on lui en vouloir ? Il ne s’appelle pas La Croix...

Suiviste. Personnellement, ce que je reprocherais le plus aux journaux dans cette affaire, c’est leur suivisme. Aucun n’a enquêté. Tous se sont contentés d’aller puiser à la source unique, celle fournie par le National Geographic. Autre temps, autre Bible.

La revue américaine s’apprête à multiplier les Evangiles de Judas comme d’autres multiplient les pains. Le best-seller est annoncé.

Dès lors, les médias, dans un grand mouvement, reprennent la thèse du National Géographic : L’Evangile de Judas réhabilite celui qui est considéré comme un traître. On a droit à des titres amusants : "L’Evangile selon Judas sort du purgatoire" (Libération) ou sérieux : "Un ancien manuscrit donne une nouvelle vision de la relation entre Jésus et Judas" (AP).

Sioniste. Et, puisque rien ne doit nous être épargné, un évêque a parlé de "complot sioniste". Mgr Nikodimos est évêque d’Ierissos, du Mont Athos et d’Ardameriou (Chalcidique, Nord). Il a déclaré : "Ce texte est connu des théologiens comme un faux. Je crois qu’il s’agit d’un complot des sionistes pour faire scandale". Visiblement, on cogite beaucoup du côté du Mont Athos...


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