La fin de la pub sur France TÚlÚvision : ils en parlaient avant, ils s’y opposent maintenant

par Nicolicon
mardi 23 décembre 2008

Ces derniers temps, l’actualité a buzzé plus d’une fois sur la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. Ce grand débat aura été l’occasion pour plusieurs personnalités politiques nationales, de droite comme de gauche, de changer d’avis en pleine course. Alors sans préjuger du fonds des discours de chacun, cet inventaire des revirements de tout bord nous instruit certainement sur le poids du contexte en politique… Petit relevé des virages opportuns…

Il y a quelques jours sur le blog du député de Saône-et-Loire, Didier Mathus, on pouvait lire cette déclaration sur la suppression de la publicité : « Cette réforme consiste à capter les ressources publicitaires de France Télévisions, soit 800 millions d’euros, et à les transférer aux chaînes privées, c’est-à-dire à affaiblir lourdement la télévision publique. » 

Après un rapide voyage dans les archives de Google, on tombe pourtant sur une de ces déclarations sur le site de l’Assemblée Nationale en 2000 : « Depuis des années, les sondages indiquent qu’environ les deux tiers des Français estiment qu’il y a trop de publicité à la télévision et notamment sur les chaînes publiques. Depuis des années, tous les experts expliquent qu’une trop forte proportion de publicité conduit nécessairement les programmes du service public à ressembler à ceux des chaînes privées. (…)
Le projet de loi met fin à cette logique de facilité, destinée à masquer le désengagement de l’Etat dans le financement de l’audiovisuel public et affirme désormais une spécificité constitutive du secteur public dans le volume horaire consacré sur ses antennes à la publicité.
(…)
Cette dérive dans les modalités de financement explique semble-t-il assez largement les dérives dans la programmation évoquées précédemment. Pour parvenir à réaliser les objectifs de recettes publicitaires inscrits en loi de finances, France 2 et France 3 ont dû en effet satisfaire aux exigences des annonceurs et calibrer leur programmation, notamment de début de soirée et de soirée, en fonction des « cibles » visées. Maintenir ou accroître le niveau d’audience pour boucler le budget : telle est, depuis plusieurs années, la contradiction majeure de chaînes censées s’illustrer par l’exigence et l’excellence de leur programmation, ce qui, on le sait, n’est pas systématiquement - et en tout cas pas immédiatement - compatible avec des gains de parts de marché. »


Alors, publicité ou pas publicitaire pour le Député Mathus ? Changement de cap… et ce n’est pas le seul. Le député Noël Mamère déclarait déjà en 1999 (toujours à l’Assemblée Nationale) :


« Au moins apportons-nous un peu d’oxygène au service public audiovisuel, qui en a besoin. France 2 doit pouvoir renoncer à la culture de l’Audimat. Le Gouvernement avait raison quand, dans la première version du projet, il souhaitait réduire de 12 à 5 minutes la durée horaire de publicité. On a finalement préféré une durée de 8 minutes. France 2 restera donc soumise aux aléas et aux impératifs du marché. »

Aujourd’hui, ses propos ont quelque peu évolué  : « On fait ainsi d’une pierre deux coups : on parle de l’accessoire, la nomination d’un Président, pour cacher l’essentiel : la destruction programmée du service public, en supprimant une partie de son financement, sans compensation réelle et pérenne. Demain, le Président de cette nouvelle « voix de la France », nommé sur ordre de l’Elysée, ne sera à la tête que d’un ersatz de service public réduit à la portion congrue et devenu un grand corps malade. »


Le Député Yves Cochet déclarait également en 2000 : « Les effets de cette dépendance sur la ligne éditoriale des chaînes publiques sont nocifs puisqu’ils génèrent une excessive sensibilité à l’audience globale et aux segments d’audience qui intéressent plus particulièrement les annonceurs (notamment les ménagères de moins de 50 ans) et interdisent donc des prises de risque telles que la diffusion d’émissions plus exigeantes en prime time. La remontée dans la grille en fin de soirée des émissions culturelles et littéraires de France 2 en est un indice parmi d’autres. »

Où est donc passé cette volonté de faire des programmes sans cette « culture de l’audimat », des programmes dignes de la télévision publique ?

Pour preuve encore, les déclarations du Député Patrick Bloche, en 2000 :

« Vous avez raison d’estimer que les missions de service public ne sont pas remplies et qu’elles le sont parfois - par défaut - par les chaînes du privé et que, de ce fait, le service public a un problème d’identification. Il est vrai aussi que la publicité est trop présente sur les chaînes de télévision publique, ce qui est dommageable à la qualité des programmes.
(…)
S’il y a trop de publicité - et si, en conséquence, le Gouvernement et sa majorité parlementaire souhaitent réduire le temps qui lui est consacré de douze à huit minutes par heure -, c’est bien parce qu’il y a eu un désengagement financier de l’Etat actionnaire quand vous étiez aux responsabilités. »
En novembre de cette année, il ne parle plus de cette mission de services publiques ni de la présence trop intensive de la publicité sur les chaînes publiques : « C’est, en effet, une erreur « historique » de penser qu’une bonne télévision doit nécessairement se faire sans publicité. Il y a, nous le savons, une très bonne télévision qui se fait avec de la publicité, de même qu’il existe une très mauvaise télévision qui se fait sans publicité. La suppression de la publicité n’est, en matière de programmes, en aucun cas une garantie de qualité ! »

A la lecture des arguments avant et après de certains dirigeants politiques, il est manifeste que les circonstances passionnées radicalisent, quand elles n’altèrent pas franchement la nature des jugements. C’est bien humain : qui, sous le feu de l’excitation, ne s’est jamais contredit ?… Mais, alors, raisonnablement, la fin de la pub, poison ou opportunité pour le service public ? « Cadeau » aux chaînes privées, dont TF1, ou simple évolution logique prévue de longue date y compris par l’actuelle opposition ? Séisme ou reconfiguration des modes de financement, comme on l’aura vu sous d’autres latitudes ?

Dans ce type de débat, il faut bien se garder des déclarations hâtives qui brocardent, accusent, et oublient finalement les positions initiales, fondée sur la raison, pour n’être plus qu’une posture.


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