La presse, une manipulation de bonne foi ?

par Peuples.net
mercredi 29 octobre 2008

J’ai soixante chaînes de télévisions à la maison avec mon forfait à 29,99 €. J’achète la presse le week-end et pourtant je n’ai pas l’impression d’entendre des personnes me parler de l’actualité, j’ai plutôt le sentiment que l’information semble sortir d’entités fumeuses émanant d’on ne sait trop où. J’ai la sensation, à tort, qu’une Pravda géante maîtrise ce flux ininterrompu qui arrive à mes sens - d’entendre et d’écouter les mêmes informations qui passent et repassent en boucle. Du copié-collé à grande échelle sur beaucoup trop de sujets. Quelques médias comme France culture échappent encore à cette uniformisation magistrale.

J’ai dénoncé deux manipulations médiatiques ici même avec un certain succès, avec des moyens dérisoires : du temps et internet. Je ne considère pas que les mass-médias, pour reprendre un terme maintenant désuet, soient des machines à engraisser l’opinion publique. Même si parfois je doute moi-même de mes assertions.

François Bayrou et Ségolène Royal avaient, lors de l’élection présidentielle de 2007, pointé du doigt la dérive actuelle qui est en train de prendre une ampleur inouïe. J’en veux pour preuve l’information selon laquelle le patron de la communication du gouvernement Thierry Saussez indiquait (sérieusement) lundi soir qu’il « réfléchissait à une émission gouvernementale à la télévision ». Une bonne idée du XXe aurait pu se permettre de dire DSK à ce sujet lorsque les bons mots coulaient comme de l’encre dans la presse écrite. Depuis, il a été mis en cause pour aussitôt renaître de ses cendres. Pourtant, un article d’Agoravox est cuisant à son sujet sur une autre affaire, qui n’a pas eu (encore ?) d’écho, mais qui a pourtant fait le tour du net. Etrange affaire pourtant, l’UMP et le PS étaient pour une fois à l’unisson sur ce thème : il n’y a pas eu d’affaire DSK. Consensus pour le moins étonnant : quand la gloriole reprend le dessus, la presse rase gratis.

A l’heure où les journalistes blogueurs commencent à connaître les tribunaux, j’en veux pour preuve Olivier Bonnet qui relate sa mésaventure ici. Les grands patrons industriels sont désormais à la tête des principales sources médiatiques françaises. Une exception, très certainement parmi les pays occidentaux. Et au vu des bénéfices de la presse et de la télévision, je ne pense pas qu’ils soient entrés au capital pour récupérer des dividendes. 


Les états généraux de la presse convoqués, dans un grand élan de générosité intéressée, par le gouvernement passent complètement inaperçus et pourtant ils tournent. La presse elle-même n’en fait presque aucun compte-rendu. Certains pourtant en parlent.

Nous avons de quoi nous inquiéter car, comme le remarque Alain Joannes sur journalistiques, lorsque le gouvernement passe des appels d’offres pour surveiller les blogs de journaliste, c’est que quelque chose ne tourne plus rond. Je suis d’ailleurs assez surpris par les échanges sur les commentaires de cet article :

"Des informations importantes que la presse ne publie pas, mais que certains journalistes blogueurs ont le courage de mettre en ligne, comme le billet qui annonçait, dès sa nomination au FMI que Dominique Strauss-Kahn aurait des ennuis aux Etats-Unis ?"

"J’ai connu un directeur de cabinet de Premier ministre qui, dans son bureau de Matignon, distribuait de l’argent à des journalistes dont certains, à l’époque, étaient très connus. Il avait rang de préfet ; mon compte bancaire était à l’époque débiteur ; il le savait ; il connaissait d’ailleurs tout de ma situation financière ; je n’avais aucune notoriété et pourtant il m’a proposé de l’argent car j’étais un jeune journaliste et la suite de ma carrière aurait pu devenir intéressante pour le pouvoir politique dont il était le haut fonctionnaire corrupteur."

"J’ai connu une consœur qui téléphonait à son contact de l’Elysée pour détailler les mœurs de ceux de ses confrères qui étaient accrédités dans les voyages présidentiels."

"J’ai connu des journalistes qui travaillaient pour les RG à la radio et à la télévision et qui travaillent encore sans doute, non pas pour le SIG, mais pour la SDIG. C’est sous mon bureau que l’un d’entre eux tentait de poser un micro. Il fait actuellement une ’belle’ carrière."

"Le pouvoir politique est en train (seulement) de prendre conscience du fait que les journalistes ne travaillent pas de la même manière dans la blogosphère que dans leurs journaux."

"J’ai donc connu personnellement quatre journalistes opérant pour les ex-RG au sein de rédactions nationales. Deux de ces ’infiltrés’ m’ont donné suffisamment de détails, et de noms, pour que mon opinion soit faite sur l’usage qui sera réellement fait du dispositif évoqué dans mon billet."

La lucidité de tels propos ne peuvent être qu’en l’honneur d’Alain Joannes qui évoque les problèmes tels qu’ils sont, j’avais à peine imaginé que l’identité même de la presse avait été transformée à ce point. De plus, il signe ses articles, ce qui nous ramène au débat de la semaine dernière sur l’anonymat lancé par Me Eolas sur son blog.

Comment rester de marbre face à ces pratiques qui déplument encore davantage la presse quotidienne et télévisée ? Mais comment ne pas être enthousiaste face à la baisse d’audience de la presse classique et du PAF étroitement liée à cette mainmise des milieux politiques et financiers. Le net est en train d’être le révélateur et le miroir des malversations de tout poil que l’agora et la démocratie ne peuvent tolérer. L’avenir de la presse serait-il sur le net ? Non pas d’un point de vue commercial, bien entendu, mais plutôt d’un point de vue déontologique. Une purge commence peut-être à s’opérer à mesure que les business-models des médias télévisuels et de la presse écrite s’effondrent inéluctablement.


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