Le pauvre DSK et la méchante Marcela

par Pale Rider
dimanche 3 mars 2013

La victime que vous soutenez aujourd’hui peut se muer en bourreau demain. Voilà un des enseignements de Stéphane Hessel, bien connu d’Amnesty International. Aujourd’hui, on assiste au phénomène inverse : DSK, dont on connaît officiellement certains comportements répréhensibles (en attendant que soient jugés les autres) se retrouve en position de victime, alors que ses turpitudes se trouvent exposées par une intrigante qui ne vaut pas plus cher que lui. 

 Fort justement, le Nouvel Observateur et les éditions Stock ont été condamnés pour atteinte à la vie privée de DSK. À la décharge (si le terme est bien opportun en pareille affaire) de Stock, le livre de Marcela Iacub ne mentionnait pas le nom de Dominique Strauss-Kahn… qu’elle s’est empressée d’aller livrer à l’Obs, lequel a vu là l’occasion de rentrer quelque argent, les temps étant durs.

 Je ne lirai pas les « bonnes » feuilles de la prose, paraît-il talentueuse, de Iacub. Et encore moins son livre, qui ne mérite pas que l’on contribue à son succès. Une bonne dose de (DS) cul y contribue largement : plus c’est dégueu, plus ça se vend. Cette soi-disant journaliste de Libé a fricoté avec DSK après la diffusion de ses frasques au Sofitel de New York. Après quoi elle s’avise de venir salir quelqu’un en raison du fait même qu’elle le trouve répugnant, le comparant à un porc (et se comparant elle-même à une Porsche, peut-être, puisque DSK aime ça aussi).

Vendre ses maladies

 Un groupe de rock chrétien, Nannup, avait écrit dans une de ses chansons une phrase que je n’ai jamais oubliée : « Chacun est fier de ses déchets. » C’est exactement ce qui est en cause ici. Là où le fornicateur adultère prolétarien ferait tout pour se cacher, les baiseurs pervers de la jet-set exposent leurs petites affaires et leurs anatomies (d’ailleurs peu attrayantes a priori) le plus médiatiquement possible. « Trompettes de la renommée, chantait Brassens, vous êtes bien mal embouchées. »

Comme d’autres, Mme Iacub semble avoir le talent de mettre en forme ses obsessions, ses déviances et ses maladies, et de les vendre. Ainsi, elle a déclaré que le viol n'était pas nécessairement une expérience traumatique pour les femmes, que le viol entre époux était pour elle une idée inconcevable, que la prostitution ne devait nullement être réprimée, etc. Elle reprend ainsi explicitement les idées anarcho-libertaires des années 70. Mesdames, vous avez tort de vous plaindre : si vous vous faites violer, c’est que vous êtes désirables et, si j’ai bien compris Mme Iacub, vous devriez dire merci à celui qui ne vous a pas demandé la permission de s’introduire dans votre intimité la plus sacrée.

Tout cela est pitoyable, et à l’Obs il y a des journalistes qui crèvent de honte : « Tout le monde rigole de nous », me disait l’un d’eux, atterré par la capitulation de Joffrin devant quelques conseillers « littéraires » de l’équipe.

L’Obs aidé : terminé

En ce qui me concerne, je n’ai pas renouvelé mon abonnement depuis l’Appel que l’Obs a cru devoir lancer en faveur du Mariage pour Tous. C’était déjà un pas de trop. Le 23 janvier, ma femme et moi co-signions une lettre dont voici un extrait :

« Nous étions écoeurés par ces pages de mode avec les mannequins anorexiques au faciès menaçant que par ailleurs vous dénoncez. Nous étions perplexes devant ces annonces de châteaux à vendre, quelques pages après des articles dénonçant la rapacité des patrons. Nous étions ulcérés par le magazine 100% publicitaire Obsession qui contredit par sa vacuité sur papier glacé tout ce que vous professez. N’est pas le Canard enchaîné qui veut… Nous avons tenu le coup, malgré votre schizophrénie permanente, celle qui vous rend tantôt moralisateurs en matière de sexualité, tantôt les chantres du libéral-libertaire avec toute l’ambiguïté que cela comporte en matière économique et en matière de mœurs. L’affaire DSK est tout à fait emblématique de la logique dans laquelle s’enferme la gauche mainline, logique que la réalité la contraint parfois à récuser… en surface. »

Ce serait immodeste de dire que la dernière phrase, écrite le 23 janvier, était prophétique. Chacun en jugera. En tous cas, notre décision est devenue irrévocable depuis que l’Obs s’est rangé parmi les journaux à scandale.

Dans notre lettre, nous ajoutions ceci : « Nous ne sommes pas de cette gauche-là, qui prêche la morale tout en étant pour la levée de tous les tabous et de toutes les limites en matière de mœurs, et dont les appels à une justice sociale plus radicale sonnent faux. »

Avec ce genre de comportement, la droite ne devrait pas avoir trop de difficultés, malgré sa décomposition avancée et sa cruauté économique, à revenir au pouvoir. La gauche fait la morale aux autres, mais elle n’a plus de morale. Même économique. L’affaire DSK / Iacub est l’indice d’une maladie grave de la gauche, d’un égarement total de sa pensée, de la dissolution des quelques repères qui lui restaient. Si la dernière campagne présidentielle a pu faire illusion après le cirque de cinq ans de sarkozysme, cette fois c’est fini. John Lennon l’avait dit : The dream is over. On ose à peine dire : Allez vous faire f…


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