Les nouveaux chiens de garde...

par prince2phore
samedi 21 janvier 2006

Ignorée par les médias officiels (et on peut comprendre pourquoi), cette nouvelle édition, actualisée et augmentée, du bestseller de Serge Halimi a tout pour plaire ou déplaire, selon que vous êtes journaliste ou simple citoyen...

Préfacé par Bourdieu (rien que ça), ce petit livre nous dévoile les coulisses du monde des médias français. Collusion avec le pouvoir politique, copinage entre journalistes, dépendances des propriétaires et des annonceurs, tout cela est analysé avec la rigueur habituelle de S. Halimi.

Et quelle rigueur ! L’auteur a fourni un travail d’archiviste considérable depuis plusieurs années, ce qui lui permet de dresser un tableau, sinon exhaustif, du moins donnant une idée précise des différentes relations existantes entre tous les acteurs du jeu médiatique français.

On apprend comment tel ministre, après un changement de gouvernement, se retrouve tout naturellement au conseil d’administration d’un grand groupe industriel, ce dernier lui-même propriétaire d’un tiers, si ce n’est plus, de toutes les publications paraissant en France.

On se révolte aussi quand l’auteur souligne avec justesse la façon dont les médias officiels (presse écrite, radios et télévisions publiques ou privées), loin de toujours vouloir désinformer par intention, se contentent, peut-être par incompétence ou par facilité, de détourner simplement l’attention des citoyens des vrais sujets d’actualité, pour se concentrer de plus en plus sur les faits divers et le sensationnel. Cette tendance lourde, que connaissent toutes les démocraties occidentales, se fait bien sûr aux dépends d’un véritable travail journalistique, d’enquêtes sérieuses, d’articles pertinents, et les prises de positions engagées désertent peu à peu le paysage médiatique français.

Enfin, on découvre que le copinage, bien connu chez nous entre hommes politiques et grands noms du "journalisme", le tutoiement, les repas au restaurant, tout cela est en fait une spécificité bien française ! Sur ce point, et comme tous les lecteurs ne s’en doutent peut-être pas, les Anglo-Saxons sont beaucoup plus pointilleux, et s’astreignent à une discipline exemplaire dans leur relations avec les sujets de leur travail.

Toutes ces révélations (pour qui ne s’en doutait pas déjà) sur le petit monde des médias français ne sont cependant pas faites avec haine. Comme le souligne la préface de Bourdieu, il est possible de comprendre la dérive dont est victime cette profession, et le but premier de ce genre de démarche et avant tout d’ouvrir les yeux des citoyens lecteurs et spectateurs certes, mais surtout ceux des journalistes eux-mêmes. Souvent inconscients de leur rôle au sein d’un système qu’ils ont du mal à analyser, en faisant eux-mêmes partie, ils seraient les premiers bénéficiaires d’une lecture éclairée de cet ouvrage pouvant déboucher sur une prise de conscience salvatrice pour toute la profession.

Ce livre est sérieux, les sources sont là pour qui veut creuser le sujet, l’auteur ne tombe jamais dans la diffamation ou le sensationnel, bien qu’il y ait matière à cela aussi... La longueur enfin (moins de 200 pages) et le prix fixé à moins de 6 euros devraient convaincre les plus récalcitrants de s’essayer à porter un nouveau regard sur ce monde que nous côtoyons tous les jours, sans réellement le connaître.

Bonne lecture à tous !

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