Les reportages des JT, quoi servent-ils ?

par Lapa
mercredi 18 mars 2009

Après les habituels titres sur les sempiternels morts et autres accidents ou catastrophes, les journaux télévisé nous passent une série de « sujets » ou « reportages » sur des thèmes d’actualité et d’information. Hier soir je suis tombé sur un de ces reportages concernant les ondes ; diffusé durant le JT de France 2. Le bilan est consternant.

Nous baignons dans les ondes, un reportage passé durant le JT de 20H de France 2 du lundi 16 mars. www.france2.fr
 
Parole donnée à un membre d’une association militante qui nous explique sans rire que la pièce où il effectue des « mesures » est remplie d’ondes électromagnétiques et que les systèmes de téléphonie nous arrosent de micro ondes pulsées  ; ainsi que d’ondes très basses fréquences. Il possède un mesureur large bande, appareil totalement incapable de différencier l’onde émise d’un téléphone mobile de celle d’un bistouri électrique ou de la radio. Appareil encore plus incapable, par construction, de mesurer des ondes très basses fréquences (inférieures à 300Hz) et très mauvais pour ce qui est de la mesure de vraies ondes pulsées.
 
Le plus intéressant reste l’espèce de « boîtier mystère » qu’il trimballe pour faire du bruit, façon compteur Geiger (l’analogie avec le nucléaire n’est pas anodine) et mettre en évidence, sûrement la présence de fils électriques (quel logement ne possède pas d’électricité ?), du moins des ondes dont on ne saura pas si elles sont micro, pulsées, très basse fréquence ou quoi que ce soit. Le bruit suffit plus qu’un long discours, qu’importe le fait que ce bidouillage électronique doit sûrement émettre plus de bruit radioélectrique qu’en mesurer… Et puis s’il existe des vrais appareils de mesures adaptés et raccordés aux étalons internationaux d’unité, ce n’est sûrement pas pour être « montrés à la télé » ; il faut dire qu’ils sont moins sexy…
 
Après tout, à matériel d’amateur, discours de novice… il faut utiliser des termes qui marquent, à défaut d’être justes. Tenez, par exemple, les ondes pulsées… ça vous impressionne ? mais en réalité, présenter un GSM et un téléphone DECT comme émettant des microondes pulsées c’est juste de la fumisterie. Le DECT est en fréquence entre 1880 et 1900MHz, en modulation GFSK, même modulation pour le système GSM ; en gros il s’agit de modulation de fréquence à enveloppe constante avec multiplexage temporel permettant de passer 8 communications simultanées sur une porteuse (et ouais c’est tout de suite moins sexy pour un journaliste télé). Rien à voir avec des systèmes pulsés de type radar par exemple ; où l’on envoi une forte impulsion crête (6000 W pendant 40µs) à une fréquence de récurrence (600Hz) en laissant des temps dédiées à l’écoute sans aucune émission (chiffres donnés à titre d’exemple).


Quant aux extrêmement basses fréquences (typiquement le 50Hz du réseau électrique), on se demande bien en quoi ça peut concerner des systèmes HF alimentés par de petites puissances. A ce niveau là, le socle du DECT rayonne bien moins que n’importe quel équipement électroménager.
 
Après des effets spéciaux dignes des envahisseurs (bruits et cercles d’ondes inclus), le journaliste (un bien grand terme pour une personne répétant en voix off ce que raconte le type filmé sans avoir a priori rien cherché à comprendre ou vérifier) ; nous avons le droit à la personne électrosensible du moment qui, grâce à un déménagement et des nouveaux rideaux se sent bien mieux dans sa vie. A la rigueur le seul moment véritable du reportage, un témoignage particulier inclus dans un sujet de 3 minutes sur les ondes ; façon tranche de vie ou « vous voyez que y’a plus malheureux que vous qui regardez ce journal ». Après, niveau intérêt, c’est le degré zéro du journalisme, comme le micro trottoir en quelque sorte. Notez qu’au moins les rideaux sont plus efficaces que la plante verte censée absorber les ondes qu’on avait vu chez Jean-Pierre Pernaud.
 
Passage sur un cancérologue qui a pour combat de prouver que les ondes sont cancérigènes. Notez que pour l’instant il n’a rien prouvé. Mais son discours est parfait comme troisième témoignage à charge, on a eu le militant-mesureur, le quidam électro sensible et maintenant voici le scientifique engagé. (vouloir obtenir un résultat n’est sûrement pas le meilleur moyen d’avoir une approche scientifique juste et objective mais bon...). Le discours est à l’avenant mais torché en 10 secondes. Pas de quoi comprendre le moindre truc. On reste néanmoins impressionné par l’angle d’attaque et le traitement du sujet qui en dit long sur la qualité de ce qui sort des écoles de journalisme.
 
Finalement nos journalistes ont quand même fait preuve d’objectivité et d’équilibrage dans leur sujet puisqu’on a le droit à la voix officielle de la science, sous l’égide d’un gus en blouse blanche et lunettes façon lessive le chat, nous expliquer, non les enzymes gloutons, mais le fait que il y avait 4 milliards de mobiles sur terre et que si ça tuait ça se saurait. Fantastique.
 
Bref, après 3 minutes de sujet qui a dû occuper 7 personnes pendant 3 jours, Pujadas nous présente déjà le reportage suivant. On n’a pas le temps de réfléchir au fast food de l’info.
 
Mais voilà justement… était-ce de l’information ?
 
Non car il n’y avait aucune actualité ni rattachement à l’actualité dans le reportage, qui aurait très bien pu être tourné il y a 6 ans et remonté pour cette édition histoire de remplir.
Non plus car l’information technique et scientifique donnée en si peu de temps est forcément tronquée. On y ajoute un choix contestable du point de vue de l’équilibrage des intervenants et leurs dires, on obtient en plus du tronquage, de la falsification.
 
Mais alors à quoi ce genre d’intermède de 3 minutes sert-il ? Tout simplement à raconter une histoire. Des saynètes, quelques acteurs et une narration qui raconte ce que les gens veulent bien entendre. Le storytelling appliqué aux faits de société et servant à combler le besoin d’émission continue de « l’information » de la télévision, qui émet elle aussi des ondes électromagnétiques à partir d’émetteurs des milliers de fois plus puissants que ceux des antennes relais mais ça, le reportage a tout bonnement oublié d’en parler…

Un histoire c’est comme un roman, peur importe le choix des acteurs, si les personnes sont caricaturales, peut importe si les faits sont édulcorés ou remaniés, les scripts revus, peu importe la vérité puisqu’il s’agit tout simplement d’une histoire.
 
Le danger est de faire passer cela pour de l’information hélas.


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