Maudite presse franšaise

par Rodolphe
mardi 11 mai 2010

Un plan de sauvetage taillé sur mesure pour les actionnaires et les spéculateurs, une banque centrale européenne qui rachète de la dette des Etats de l’Union, des appels à la rigueur sur l’ensemble du continent, des centaines de milliards d’euros sortis d’on ne sait où mais bel et bien garantis par nos impôts, de nouvelles cures d’austérité en Espagne et au Portugal, l’âge de la retraite partout reculé, un déni de démocratie en Grèce où les mesures d’austérité ne passeront plus par le parlement (!)… il y a en effet de quoi pavoiser !

Trop belle la vie !

Alors quelle histoire nous raconte-t-on ce matin ?

Les marchés européens euphoriques pour le Figaro.fr

Nicolas Sarkozy réfute toute politique d’austérité pour le même.

L’Europe veut une "super-régulation" de la finance selon le Monde.fr

Euphorie des bourses mondiales après le plan de sauvetage d’après Nouvelobs.com

Libé.fr ose pour sa part Le plan de sauvetage de l’euro a convaincu les marchés financiers et titre sur la version papier : Europe : le prix à payer.

le Parisien préfère : Lagarde : la zone euro a échappé à un « désastre » 

Quant à la presse économique, elle est au diapason : Les Echos entonnent : Euro : le grand soulagement tandis que la Tribune s’enthousiasme  : Plan historique, marchés euphoriques.

TF1 fait dans la surenchère : La France mettra près de 90 milliards pour sauver l’euro ou encore Le CAC, euphorique, gagne presque 10%

Faisons un tour chez nos voisins si vous le voulez bien : Pour la Reppublica

Fmi : "In Europa la ripresa sarà lenta Italia indietro su Germania e Francia"

El Pais en Espagne “Salgado evita que la UE imponga a España un ajuste más drástico” (Salgado c’est la ministre des finances)

Le süddeutche zeitung titre ironiquement “Es lebe der Euro” ’(Que vive l’euro)

Mais dès qu’on repasse dans la presse francophone (suisse ici) on retombe sur L’Europe éteint l’incendie pour le Temps.ch

Cocoricouac !

La presse francophone est donc la seule à dramatiser à l’extrême concernant le passé récent. La seule à se réjouir de l’envolée boursière, la seule à estimer que le pire est passé, la seule à ne pas titrer sur les incertitudes qui demeurent, enfin, la seule à ne pas faire explicitement le lien entre la rigueur sur le plan intérieur et la situation européenne.

Alors y a-t-il une “lecture française de la crise” ? Que pourrait expliquer à la fois l’unanimisme de la presse française ainsi que sa propension à encenser le volontarisme politique ? Quelles que soient les raisons expliquant cette attitude peu professionnelle, le lecteur avisé aura au moins trouvé la cause de l’inexorable déclin de la presse généraliste d’opinion en France…puisque d’opinion il n’est plus question.

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Ce matin : Les Bourses ont donné une "réponse excessive" au plan d’aide européen, estime Lagarde

On se frotte les yeux tout ébaudi “Quoi ? notre avocate d’affaires internationale affirme sans ciller que le comportement des bourses est excessif et que le plan européen fut trop bien accueilli par la corbeille ?” Impossible…mais alors à qui cette petite phrase s’adresse-t-elle ? Aux marchés bien sûr. Que cherche-t-elle à leur dire ? Qu’avec cette hausse excessive, il y avait un risque que la population se rende compte que ce plan d’aide financé sur leur dos n’est destiné qu’aux seules banques. Modérez vos ardeurs, messieurs les courtiers, que diable un peu de tenue, vous risqueriez de tout faire tomber par terre !


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