Paris-Match fait-il la promotion des talibans ?

par Henry Moreigne
vendredi 5 septembre 2008

Si officiellement il n’y a pas de guerre militaire, la guerre médiatique serait en revanche bien déclarée avec les rebelles talibans. Dans ce conflit d’un nouveau genre, Paris-Match fidèle à son slogan « Le poids des mots, le choc des photos » est suspecté, sinon d’intelligence avec l’ennemi, au minimum d’avoir été instrumentalisé. Fallait-il ou pas publier un reportage sur cette poignée de talibans revêtus de leurs prises de guerre à l’issue de l’embuscade meurtrière du 18 août et paradant devant les objectifs ? C’est toute la question de la communication en période de conflit qui est posée.

Peut-on tout dire, tout écrire, tout montrer ? Evidemment non, mais, en fonction des situations, des niveaux d’émotion, les limites de la décence fluctuent. Montrer la vérité de la guerre, sa cruauté et sa violence n’a jamais été bien admis ou, du moins, quand il s’agit de nos petites affaires.

Si un tel reportage, mettant en avant « simplement » des combattants revêtus de leurs prises de guerre, avait été réalisé par un magazine américain, on aurait applaudi des deux mains et salué la liberté et l’indépendance de la presse Outre-Atlantique.

A l’inverse, Hervé Morin, peu à l’aise dans son costume de ministre de la Défense, a accusé ce matin Paris-Match de faire la promotion des talibans. « La presse est libre, mais doit être responsable », a-t-il indiqué avant d’expliquer cette dérive par la vive concurrence entre le net et la presse écrite. Il est évident que depuis quelques décennies les batailles des opinions publiques sont essentielles. Il ne suffit plus de gagner militairement sur le terrain si l’arrière lâche psychologiquement. Ce constat n’est pas nouveau. La guerre de 14 n’aurait sans doute pas duré aussi longtemps si les civils avaient eu connaissance des atrocités et de la barbarie des champs de bataille. Malgré les superproductions hollywoodiennes et les affirmations du Pentagone, les frappes chirurgicales ou les guerres « propres » n’existent pas. Un conflit, une guerre peu importe l’appellation reste une usine à drames personnels et collectifs.

Si la croisade des forces de l’Alliance en Afghanistan est aussi légitime qu’on nous l’assure, il n’y a pas à redouter l’affrontement médiatique. Le reportage de Paris-Match rappelle au contraire que les talibans ne pourront être défaits que si les populations afghanes voient dans la coalition occidentale des messagers de progrès et de libération et non de simples forces d’occupation. Que si, également, l’armée française sait retisser des liens de confiance avec la nation. A ce titre, elle se doit de tenir un discours vérité à ses hommes et à leur famille.

Le métier des armes n’est pas une profession ordinaire. Ce n’est ni une agence de voyages ni une agence d’intérim pour jeunes en manque d’avenir professionnel. S’engager à 20 ans n’est pas un acte anodin. C’est assumer le risque au plus bel âge de la vie, à la sortie de l’adolescence, de mourir sur un terrain d’opération lointain ou de revenir mutilé. Il doit donc être pris en toute connaissance de cause et partagé le cas échéant par ses proches.

A cet égard, la promesse de Nicolas Sarkozy d’organiser les 12 et 13 septembre le transport des familles des militaires disparus en Afghanistan sur les lieux du drame, atteste d’une totale confusion sur la nature de la chose militaire, qui ne saurait être ramenée à une activité civile ordinaire.




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