Radio France internationale s’interroge sur son avenir

par Henry Moreigne
mercredi 8 novembre 2006

Les personnels de Radio France internationale (RFI) ont, par une grève le 25 octobre, manifesté leurs inquiétudes quant à l’avenir de leur entreprise. Le budget de RFI, qui provient pour 40 % de la redevance et 60 % du ministère des Affaires étrangères, sera le seul de l’audiovisuel public en baisse en 2007. La création d’une CNN à la française, France 24, gourmande en crédits publics, est au centre des inquiétudes.

La mission de RFI est la diffusion de programmes radiophoniques en français et dans dix-neuf autres langues dans le monde entier. Sa diffusion commence en 1931 sous le nom du Poste colonial, avant de devenir Paris mondial en 1938, Radio Paris en 1939, RTF Radio Paris en 1945 et ORTF Radio Paris en 1965, avant de prendre le nom de RFI en 1975. Elle est la voix de la France. Société indépendante de Radio France depuis 1987, elle prend une orientation africaine sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing. François Mitterrand s’attachera à lui redonner une dimension mondiale. En 1996, sous la présidence de Jean-Paul Cluzel, elle se transforme en une station d’information en continu à l’échelle planétaire. Aujourd’hui, RFI c’est 1000 collaborateurs dont 400 journalistes et un réseau de 350 correspondants dans le monde mais surtout 44 millions d’auditeurs réguliers dans le monde et plus de 340 radios partenaires qui diffusent tout ou partie de ses programmes sur leurs fréquences.

Radio publique chargée de porter la voix de la France à l’étranger, RFI enregistrera pourtant une baisse de sa dotation de près de 2 millions d’euros, pour s’établir à 126 millions d’euros en 2007 mettant fin à une augmentation de 15 % sur la période 1997-2006.

Une situation qui amène la CGT à dénoncer "l’abandon de RFI au profit d’une télévision internationale en partenariat avec TF1", avec à la clé un plan social déguisé. La direction, surprise elle-même par la mesure, s’avoue incapable de chiffrer le nombre de "fins de collaboration" à envisager.

France 24, une chaîne de télévision française d’information en continu, verra le jour le 6 décembre 2006. Elle devrait être l’homologue français de chaînes d’information internationales telles que les américaines CNN et Voice of America, la britannique BBC World ou l’allemande Deutsche Welle.

La volonté de création de France 24 trouve essentiellement son origine dans la censure des médias américains sur la position de la France lors de la guerre d’Irak. Un appel à projet est lancé en 2003. Trois seront déposés dont un 100% public regroupant France Télévisions et RFI. Jacques Chirac n’en veut pas, et impose TF1 dans le projet, officiellement pour bénéficier de l’expérience de LCI. Pour ménager cette dernière et ne pas la concurrencer, la future chaîne ne sera pas diffusée en France. Finalement, le mariage forcé ne fait que des mécontents dans le secteur public, méfiants à l’égard du partenariat avec TF1... et réciproquement. RFI, quant à elle, est exclue du projet.

Le public de RFI, est totalement différent de celui de France 24 qui veut s’adresser aux classes supérieures des pays touchés. "Disons tous merci à RFI", titrait ainsi le 2 novembre "Le nouveau Réveil", site internet de Côte d’Ivoire. Merci à la radio française d’avoir tenu en haleine la majeure partie des Ivoiriens, toutes classes confondues, sur l’adoption d’une nouvelle résolution de l’ONU qui reconduit pour un an le président Laurent Gbagbo et son Premier ministre, en donnant des pouvoirs très élargis à ce dernier.

C’est bien là toute la force de RFI. Pouvoir toucher très facilement, via un transistor, technologie peu onéreuse et très répandue, des populations défavorisées économiquement, souvent analphabètes, exposées aux manipulations. Elle apparaît souvent pour ces populations comme l’un des derniers liens avec l’ancienne puissance coloniale.

Mais RFI, ce n’est plus seulement "la radio des pauvres". La station a développé au cours des dernières années un site Internet multilingue qui se veut une source d’information alternative face aux médias anglosaxons. Elément du rayonnement de la France, la réduction de ses moyens serait une erreur stratégique. Sa survie à terme sera liée à un devoir d’efficience dans sa gestion, et surtout dans une complémentarité à inventer avec France 24.


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