Réforme de France Télévision, Sarkozy fait-il du Berlusconisme ?

par Pierre Musso
samedi 28 juin 2008

Interview de Pierre Musso, auteur du « sarkoberlusconisme », éditions de l’Aube, 2008.

Dans quelle situation de dépendance se trouve le service public audiovisuel italien par rapport au pouvoir politique ?

En Italie, la RAI a toujours été dominée par les partis politiques : jusqu’en 1975, c’était comme en France, le parti politique au pouvoir qui contrôlait la télévision publique, en l’occurrence la Démocratie-Chrétienne (DC). Après 1975, les partis se sont partagés les 3 chaînes –c’est ce que l’on a appelé la « lotizzazzione » (lotissement) - entre la RAI 1 confiée aux proches de la DC, la RAI 2 aux socialistes et aux laïcs, et la RAI 3 au Parti communiste.

Depuis la loi Gasparri sur l’audiovisuel du 3 mai 2004, votée sous le gouvernement Berlusconi II, c’est la commission parlementaire d’orientation et de vigilance des services de radio-télévision qui désigne pour trois ans, sept des neuf membres du conseil d’administration de la RAI. Le ministre du Trésor, en tant qu’actionnaire principal de la RAI, en désigne deux parmi lesquels devra être choisi le Président. L’actuelle Conseil est composé de cinq membres désignés par la majorité de centre droit et de quatre classés au centre-gauche.


Le conseil d’administration élit en son sein le Président de la RAI, parmi les deux membres désignés par le gouvernement : ce choix doit être ensuite validé par les deux tiers des membres de la Commission parlementaire. Conclusion : le Président doit faire consensus et ne peut être élu qu’avec l’accord de l’opposition. Ainsi l’actuel Président de la RAI, Claudio Petruccioli, un professionnel, ancien communiste, proche du parti de centre gauche de Veltroni, a été désigné sur proposition du gouvernement Berlusconi II.

Silvio Berlusconi exerce t-il un contrôle politique (direct ou indirect) sur la RAI ?

Compte tenu de la procédure que je viens de décrite, la réponse est non. Il faut un accord entre le gouvernement qui certes a l’initiative et un pouvoir important en tant qu’actionnaire de la RAI. Mais rien ne peut se faire sans l’accord de l’opposition. Il ne faut pas oublier que l’Italie a un régime parlementaire et non un régime semi-présidentialiste comme en France, donc le pouvoir du Président du Conseil est dépendant de sa majorité et des alliances réalisées dans les deux Chambres.

Nicolas Sarkozy s’inspire t-il du mode de fonctionnement italien pour l’avenir de France Télévision ?

Non, pas en matière de télévision publique. Le seul élément commun est la référence à l’Etat entendu comme actionnaire, une sorte « d’Etat-patron » de la TV publique. En revanche, on peut considérer que Nicolas Sarkozy, en nommant le Président de France Télévision, souhaite faire comme Berlusconi avec ses télévisions commerciales privées qui sont sa propriété familiale. Sarkozy souhaite réaliser par la politique ce que Berlusconi a fait par une démarche d’entrepreneur sur le marché.

Va t-on vers une re-création, sous une forme moderne, de l’Ortf ?

Le retour à l’ORTF est un serpent de mer constamment évoqué. Mais la TV d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle des années 1960. A l’époque il y avait une, puis deux chaînes (en 1964), et en noir et blanc jusqu’en 1967. Elles n’émettaient que quelques heures par jour. La publicité que Nicolas Sarkozy veut enlever au service public a été introduite par décret du Général de Gaulle à partir de 1968. Le seul point commun entre l’ORTF (qui n’a vécu que dix ans de 1964 à 1974) et la future France Télévisions c’est la main-mise du pouvoir politique sur la nomination des dirigeants. Dans une monarchie républicaine avec un Etat centralisé, c’est la pente naturelle du pouvoir. Le seul moyen de l’éviter est de créer à l’instar de la BBC, un board indépendant de la télévision publique et de l’inscrire dans la Constitution, pour éviter toutes les tentations du pouvoir...

Propos reccueillis par Olivier Bailly.


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