Un Chien de garde comment ša marche

par jean de Marseille
jeudi 15 juin 2017

Quand un chien de garde accuse Jean-Luc Mélenchon « d'aboyer »

L'adversaire du militant ce n'est pas la Finance, ce sont les médias (nationaux et locaux). Le message des militants en direction des citoyens électeurs est soit passé sous silence soit souvent brouillé et déformé quand il est évoqué.

Il faut différencier les journaux d'informations et les émissions de débats et d'entretiens.

Ces dernières sont souvent animées par des chiens de garde.

LES CHIENS DE GARDE

En 1997 Serge Halimi publie « Les nouveaux chiens de garde », réédité et augmenté en 2005 après le referendum sur la Constitution européenne. Ce fut un énorme succès de librairie sans aucune promotion dans les médias (et pour cause !!).

Un chien de garde c'est un « journaliste » ou un « intellectuel » qui dispose à l'année d'une émission de radio, de télé, d'une chronique régulière, ou qui est invité dans ces émissions dès qu'il le souhaite.

Son rôle, c'est d'organiser et de contrôler le débat sur la politique et sur la société, en veillant à ce que les remises en cause radicales du système politico-économique dominant n'accèdent pas à une audience significative. Et quand, en période électorale, comme actuellement, les propositions alternatives accèdent aux médias, alors le chien de garde mord en usant de tous les arguments possibles y compris le mensonge, la déformation des faits et des paroles prononcées ou la moquerie.

Quand le chien de garde dispose de ce pouvoir sans partage au sein même du service public de l'audiovisuel cela est d'autant plus insupportable pour le citoyen contribuable.

Et quand cela s'entend sur France Culture, la chaîne qui s'adresse aux citoyens éduqués et diplômés, on touche à l'obscénité.

Serge Halimi traitait entre autre du cas de Alain Finkielkraut qui a son émission sur France Culture le samedi matin.

Je vous propose un autre cas concret, celui de Philippe MEYER qui est depuis 1998 le producteur de l'émission du dimanche matin « Esprit public ».

Même si c'est un peu long, je vous propose de lire jusqu'au bout la transcription intégrale, au mot près de son intervention du 21 mai 2017. Des propos courts (2 minutes sur une heure d'émission), mais très réfléchis et très violents.

LA PERSONNE DE PHILIPPE MEYER

Philippe MEYER qui a maintenant 70 ans fut un étudiant brillant, titulaire d'un doctorat en sociologie.

Mais cet esprit curieux de tout et qui développe des dons très divers (humoriste, écrivain, chanteur, connaisseur de la musique classique et de la bonne variété française...), choisit à l'âge de 33 ans en 1980 de s'exprimer dans le journalisme audiovisuel.

Il produit et anime, entre autres, depuis 1998 l'émission de France Culture « Esprit public »

En matière politique, ses inspirateurs sont Michel Rocard et François Bayrou.

Il fait son coming out en 2007 en annonçant dans son émission qu'il va voter Bayrou.

Et aux municipales de 2008 il prend la tête de la liste du MODEM dans le 5ème arrondissement de Paris.

Autant dire que le Gouvernement Macron le remplit d'aise puisqu'il y voit se côtoyer des socialistes rocardiens et des bayrouistes dont François lui même.

SON EMISSION ESPRIT PUBLIC

Noam Chomsky qui a décrypté comment fonctionne la fabrique de l'opinion ou encore mieux la fabrique du consentement dans les démocraties avancées a bien montré que les médias dits « de qualité » ciblent essentiellement les catégories sociales supérieures (20% environs des électeurs potentiels). Et cela marche très bien.

C'est le cas de France Culture.

Philippe Meyer, comme Finkielkraut ne se contente pas de donner la parole à ses invités, comme un Frédéric Taddéi par exemple, il donne son avis personnel sur tous les sujets abordés.

Concernant le programme « L'AVENIR EN COMMUN » il n'en dit jamais rien. Sa stratégie consiste à décrédibiliser Jean-Luc Mélenchon lui même.

Déjà le dimanche 14 mai lors de son émission enregistré en public, il teste son « attaque » avec succès : le public s'esclaffe.

48ème minute : « Jean Luc Mélenchon est occupé lui même à détruire ce qu'il a construit. Il va de plateau de télé en salles de meetings en disant qu'il ne lui a manqué que 600000 voix, ce qui en démocratie semble être une chose importante. Mais il le dit sur le ton d'Harpagon qui cherche sa cassette. Quelqu'un les lui a pris, il voudrait qu'on les lui rendent... (rires du public) »

Émission du 21 mai : Philippe Meyer revient à la charge et développe son attaque.

Il invite à sa table quelques experts qui ont déjà leur rond de serviette chez lui, pour parler des législatives à venir. Ici pas de public.

François Bujon de l'Etang, ancien ambassadeur.

Nicole Gnesotto de l'Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale.

Thierry Pech qui préside le centre de réflexion Terra nova qui a « vendu » au PS l'idée des primaires à l'américaine. Primaires dont le PS accepte le verdict quand c'est Hollande qui gagne mais qui le rejette sans état d'âme quand c'est Hamon le vainqueur.

Ce petit monde argumente longuement sur la divine surprise que représente l'élection de E Macron, sur la satisfaction des français, sur ses dons de stratège (ils hésitent entre Bonaparte pour l'âge et De Gaulle pour l'explosion des partis( etc etc...)

Et soudain à la 24ème minute, Philippe Meyer souhaite dire un mot de JLM alors que les autres n'en avaient rien dit jusque là. Cela va durer 2 minutes.

« Jean Luc Mélenchon avait la possibilité de créer quelque chose qui aurait été comme un PC sans l'Union soviétique, c'est-à-dire sans le soutien à une dictature totalitaire, et qui aurait été ce que le PC dans son meilleur comportement a pu être, c'est-à-dire celui qui donne une voix à ceux qui n'en ont pas, à ceux qui en ont par dessus la tête de voir des patrons partir avec des retraites chapeau et des primes extraordinaires, alors qu'ils ont foutu leur entreprise à genoux, par dessus la tête de voir Mr Barroso et la dame qui était commissaire européen partir pantoufler dans des entreprises qu'ils étaient sensés contrôler, et qui en ont par dessus la tête de voir l'argent public dépensé n'importe comment, et voir tous les ans à la télé que la Cour des Comptes s'est encore fâchée contre quelque chose qui finalement va perdurer.

Ces gens là pouvaient être organisés autour de JLM qui se comporte comme Monsieur Fenouillard* et qui a considéré que finalement on lui avait volé 600000 voix.

On cherche d'ailleurs encore le coupable et JLM tient le discours d'Harpagon** « ma cassette, ma cassette, rendez-moi ma cassette. Il y a d'ailleurs les plaisanteries les plus variées qui circulent sur les réseaux sociaux et notamment l'une que j'aime beaucoup qui dit que JLM a finalement trouvé le nom des 600000 personnes qui l'ont empêché d'être au deuxième tour et qu'il va s'occuper d'elles individuellement.

Ça, c'est très embêtant, parce que avoir ce type de populisme qui est au fond sans capacité de former quelque chose, d'exprimer quelque chose d'autre que les aboiements auxquels on assiste. C'est quelque chose qui ne facilitera pas la vie démocratique dans les mois et les années qui viennent »

28ème minute : Nicole Gnesotto : « Comme Philippe l'a dit, l’extrême gauche de JLM est peut-être en train elle même de s’auto-affaiblir par l'excès de rhétorique de son Président

33ème minute : Philippe Meyer ne lâche pas le morceau :

« Après, la question qui se pose sur JLM, c'est de savoir s'il a eu des électeurs ou s'il a eu un public, c'est-à-dire s'il rassemble des gens pour faire en sorte que leur frustration, leur colère, leur espoir s'imposent dans le débat politique et précisément que tout ce qu'ils ont à dire soit dit à Emmanuel Macron, et à cette majorité qu'il recompose autour de lui, ou s'ils sont là pour faire une espèce de pom-pom girls ou de pom-pom boys pour Jean-Luc Mélenchon, et que lui même va faire son numéro sur les plateaux de télévision et les plateaux de radio.

C'est ça pour moi la question et je crains malheureusement qu'on soit plus dans la deuxième hypothèse que dans la première »

* Monsieur Fenouillard est une caricature de bourgeois brave et un peu sentencieux dessiné par Christophe (La famille Fenouillard 1889-1893)

** Harpagon (L'Avare de Molière)

DÉCRYPTAGE RAPIDE DU MESSAGE DE PHILIPPE MEYER :

 

JEAN LUC MELENCHON LE 13 MAI LORS DE LA CONVENTION DE LA FRANCE INSOUMISE CONCERNANT LES 600000 VOIX :

« La responsabilité , (concernant ces voix manquantes), nous ne la renvoyons à personne d'autres qu'à nous-même. C'est-à dire qu'en observant qu'il nous manquait 600.000 voix, nous pensons d'abord aux millions de personnes qui ne sont pas venus voter et nous nous demandons comment faire pour que la prochaine fois ils viennent voter. Nous ne montrons du doigt personne et nous n'avons aucune polémique à mener »

 


Lire l'article complet, et les commentaires