Vers des médias indépendants du pouvoir politique ?

par Sabine Herold
mercredi 28 mars 2007

Evidemment, il serait illusoire de penser qu’un groupe de médias puisse être réellement indépendant. Les groupes de presse étrangers dépendent tous de leurs actionnaires. Les journaux, les radios et les TV dépendant de leurs annonceurs. Même Le Canard enchaîné, seul journal à ne vendre aucun espace publicitaire, est dépendant... de son lectorat avide de potins et de dénonciations sensationnelles. In fine, tout média est dépendant de son audimat, et c’est bien là la meilleure des dépendances. Le lecteur valide la ligne éditoriale et le contenu proposé par chaque média en achetant un titre de presse ou en offrant son « temps de cerveau disponible » à la chaîne de TV ou de radio qu’il préfère. Cette dépendance est saine.

Il n’est donc absolument pas choquant en soi qu’une station de radio, une chaîne de TV ou un journal ait une orientation politique, défende une véritable ligne éditoriale. Qu’un hebdo s’engage pour un candidat, une chaîne de TV pour un autre ou qu’une radio en favorise un troisième ne devrait résulter que du choix éditorial de la direction, désireuse de convaincre un lectorat le plus large possible.

Mais un biais a été introduit dans cette concurrence éditoriale. La situation des médias en France a quelque chose de particulier. Soit ceux-ci vivent directement d’argent publique (subventions à la presse, redevance TV et subventions pour les chaînes publiques), soit ce sont des commandes d’Etat qui font vivre les groupes industriels qui les possèdent.

Les groupes de médias ne sont donc plus d’abord dépendants de leur lectorat mais du pouvoir politique, dépendance autrement plus pernicieuse.

François Bayrou a réitéré lors de son meeting au Zénith sa dénonciation des liens malsains entre l’Etat et les groupes de presse. Il dénonce « que les groupes qui possèdent des média soient par ailleurs en affaire avec l’Etat : c’est une anomalie démocratique qu’il y ait des liens de clientèle entre l’Etat et les groupes de presse, dans d’autres activités comme l’armement ou le bâtiment ». Il propose « une loi interdisant aux grands groupes qui vivent des commandes de l’Etat d’acquérir des entreprises de médias. »

Cette proposition va dans le bon sens. Que l’espoir d’une commande publique puisse influer sur l’orientation d’un journal pour le faire s’engager pour tel candidat ou ministre est proprement scandaleux. Qu’une rédaction s’autocensure dans une affaire politique par peur de perdre sa place n’est pas digne d’un pays libre.

La proposition de François Bayrou a donc le mérite de pointer du doigt les dérives de notre système politico-économico-médiatique. Mais pour être cohérente, cette proposition de loi doit se doubler d’une autre : la privatisation des chaînes de télévision et de radio publiques. Car c’est bien sûr elles que s’exercent les plus fortes pressions politiques. Leur indépendance est impossible, car leur budget et leurs dirigeants dépendent directement (et non plus indirectement) des gouvernants. Penser que parce qu’un organe de presse est publique, il est forcément indépendant est totalement impossible. Il est au contraire immédiatement et exclusivement dépendant des dirigeants politiques en place.

En 1981, Mitterrand a complètement remodelé la direction et même les équipes des chaînes de télévision publiques. Il y a une semaine, Nicolas Sarkozy aurait menacé de remplacer la direction de France 3 s’il était élu. La couleur est donnée. Personne ne croyait plus à l’indépendance des chaînes publiques en France, le coup de grâce est donné.

Il ne faut d’ailleurs pas blâmer un candidat plutôt qu’un autre. C’est le principe même de télévision d’Etat qui est responsable. Si vous mettez un organe de presse entre les mains d’un dirigeant, ne vous étonnez pas qu’il l’utilise à son profit. Tant que France Télévision et Radio-France dépendront directement de l’Etat, leur indépendance sera impossible.

Deux réformes s’imposent donc : l’interdiction pour les groupes vivant de commandes publiques de posséder des groupes de médias et la privatisation des chaînes de télévision et de radio publiques. Alors seulement nos médias pourront être réellement indépendants du pouvoir politique !


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