Violence et responsabilité des médias

par coucou
vendredi 25 mai 2007

L’autre jour sur France Inter, monsieur Bauer répondait à des questions sur la délinquance et sa récente évolution. Il disait, entre autres choses (très intéressantes), que le développement des innombrables systèmes de protection dont nous sommes entourés avait une conséquence nette sur la baisse de la délinquance : en effet, il est plus difficile aujourd’hui de fracturer une serrure de voiture ou d’appartement, et par voie de conséquence les délinquants s’attaquent directement aux personnes. D’où une baisse des effractions qui représentaient une part importante de la délinquance, compensée et au-delà par une hausse des agressions.

Mais il y a une chose encore plus inquiétante encorev : le développement de la violence gratuite. Un regard, un comportement plus ou moins désapprobateur peuvent aujourd’hui vous attirer un coup de poing, ou même un coup de couteau dans le ventre. Plus encore : on assiste depuis déjà quelques temps à des « clips » de violence filmés par des jeunes qui s’amusent à casser la figure d’un passant pour faire un film qui est immédiatement diffusé sur internet.

Ces montées de violence gratuite, outre le fait qu’elles sont redoutables car elles menacent tout un chacun, sans qu’il soit besoin d’en donner prétexte, font peser une grave question sur notre société.
Point n’est besoin d’être un grand chercheur du CNRS pour comprendre que cette violence est directement liée à l’éducation et aux médias.

Les médias d’abord, parce que c’est plus clair : les films innombrables qui passent sur toutes les chaînes de télévision (qui entre parenthèse viennent à 95% des USA) contiennent à 95% (?) des scènes de violence. On se tire dessus, on tue à coups de pied, on trucide, en veux-tu, en voilà, on se massacre, on s’étripe. Et bien entendu, le rôle du méchant est celui du héros, tandis que les victimes sont des ventres mous indignes de notre intérêt. Le phénomène est mondial : au Japon, personne ne connaît plus les films d’Ozu ou de Kurosawa. En revanche le kung fu fait rage !

Et la presse écrite n’est pas non plus avare sur le sujet.

On sait bien qu’il faut vendre et qu’on ne vend que ce que le public achète, mais tout de même.

Au stade où nous en sommes, il faut oser enfin poser la question de la responsabilité des médias.

Pendant des décennies, cette question a été taboue. Seuls quelques droitistes ringards osaient la poser, et la poser revenait donc à être considéré comme un droitiste ringard. La censure a été considérée une fois pour toutes comme une grave atteinte aux droits de l’homme, et quiconque encore aujourd’hui oserait prononcer ce mot horrifique serait définitivement condamné par toute la classe dite intellectuelle et tous les bobos du monde.

Et pourtant.

La responsabilité des médias est écrasante.

Au fait, à qui tous ces crimes profitent-ils ? Au public ? Aux victimes ? Aux délinquants ? Ce qui est sûr c’est qu’ils assurent de bons scores à l’audimat. De bons scores, et donc de bonnes recettes...

Mais laissons là cet aspect des choses et contentons-nous d’affirmer haut et fort l’écrasante responsabilité des médias.

Il y a des solutions.

Devant le grave problème de la pollution, on a créé un marché des droits à polluer. C’est une solution bâtarde certes, et le mieux serait bien sûr de supprimer la pollution, mais devant l’impossibilité de le faire, on a trouvé ce biais qui a au moins le mérite de faire payer le pollueur, et de pouvoir ainsi financer la reconstitution des forêts du tiers monde.

Pourquoi nos chères chaînes ne paieraient-elles pas une taxe pour pollution morale, dont le produit pourrait utilement être attribué aux associations qui se préoccupent des jeunes, qu’ils soient délinquants ou pas encore ?

On peut éviter de parler de censure si l’on veut éviter une révolte chez les bons frères, et se contenter de parler d’une taxe sur pollution sociale. Les films étrangers (américains et asiatiques pour l’essentiel) paieraient une lourde taxe à l’importation.

Bien sûr les bons esprits vont demander comment on définit la violence. On peut dans un premier temps dire qu’une situation de violence est une situation qui se traduit par une bagarre, un combat, un décès : en bref toute situation où l’on s’échange des coups, où le fort écrase le faible.

Pour la violence morale, on verra plus tard.

Qui doit juger ? Reprenons l’idée des jurys populaires, sans doute discutable pour les questions politiques qui requièrent une formation de haut niveau, mais peut-être plus indiquée pour la morale familiale. Ou plus simplement une commission où l’on trouverait des représentants des associations compétentes au plan social, des mères de famille, et pilotée par un ministère à définir.

En ce qui concerne l’éducation, c’est plus difficile car le problème vient des familles qui ont dans leur grande majorité largement démissionné de leur mission éducative. Il s’agit du plus vaste problème de société auquel nous sommes confrontés aujourd’hui : comment reprendre la main ? Comment remotiver les familles, à l’heure où elles se délitent et se fracturent de plus en plus. C’est sans doute un problème global qui dépasse tous les autres, et qui n’est pas près de trouver des solutions. C’est tout l’enjeu de l’éducation qui ne se réduit pas à l’Education nationale, mais qui l’englobe. On avancera sur ce sujet, mais ce sera long.

Dans l’immédiat, aidons les familles, et cessons de laisser la violence se vendre librement, et pour rien, dans le supermarché des médias.


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