Web 2.0 et free culture : comme Blair et Bush, Bob l’Úponge aura ses mashups !

par Didier Durand
lundi 9 octobre 2006

Le Web 2.0 a une vraie dimension sociale : celle-ci permet l’émergence de nouvelles formes culturelles libres à travers le contenu UGC universellement accessible grâce à l’ubiquité de l’Internet.

C’est ce que Larry Lessig (un de mes maîtres à penser) "évangélise" depuis plusieurs années sous le nom de "Free Culture" ("culture libre"). Il a en même fait un livre dont une excellente revue de lecture se trouve chez Vecam.

[Larry Lessig a bien sûr mis son livre sous licence Creative Commons - Une traduction participative complète et libre d’accès est donc accessible chez Wikisource - j’en cite trois passages synthétiques importants en fin de billet]

Une partie de cette "culture libre" - au-delà de celle où l’utilisateur produit tout par lui-même - est celle des "mashups de contenu" : je choisis et associe habilement des morceaux de vidéos, de musiques produites par d’autres, pour obtenir un nouveau contenu innovant, imprévu, drôle, etc.

Le premier mashup célèbre de ce type a été le "Grey Album" créé par DJ Danger Mouse partir de la superposition (au sens strict) du "White Album" des Beatles et du "Black Album" de JayZ. Récemment, un mashup qui tournait très fort était celui qui associe George W. Bush et Tony Blair sur les paroles d’une chanson de Lionel Ritchie. Allez, vous pouvez le regarder ci-dessous via YouTube

Ces mashups de contenus protégés par les droits d’auteurs sont toujours en porte-à-faux avec la législation.

Eh bien, ce problème commence à se résoudre : les "majors" commencent en effet à encourager le phénomène. En effet, NickelOdeon, la maison de production du célèbre "Bob L’éponge" met à disposition sur son site la technologie qui permettra aux jeunes fans de Bob (... et peut-être à d’autres !) de faire des mashups autour des dessins animées de leur héros.

Comme chez YouTube avec ses 100 millions de vidéos vues par jour, le résultat ne s’est pas fait attendre : l’audience moyenne du site est passée à 236 000 visiteurs/j contre 40 000 à la même période un an auparavant.

Ce pas en avant est la généralisation d’un récent pilote qui avait apporté 150 000 mashups à Nickelodeon sur sa production "Avatar : The Last Airbender" en quelques semaines. Il était pour eux la preuve claire que les anciens consommateurs veulent devenir des "consomm-acteurs" hyperactifs.

Après Wikipedia reconnu par AFP et le Spiegel et maintenant avec NickelOdeon, il semble que l’importance des contenus issus du Web 2.0 monte en flèche !

L’évanglisation de Larry Lessig porte ses fruits, à moins que ce ne soient que les forces du marché (par ex. des réactions défensives aux rumeurs les plus folles sur l’acquisiion de YouTube par Google.)

Quand est-ce que nos chaînes de TV nous permettront de "jouer" ainsi avec leurs archives pour les associer à des musiques gracieusement offertes par la SACEM ? ;-)) Qui suggère l’idée à TF1 pour son WAT ?

On peut rêver, non ?

Post Scriptum :

Ci-après trois passages de "Free Culture" (mais lisez donc tout le bouquin !) qui situent à mon avis parfaitement le problème :

1) "Pour beaucoup de gens, Internet a libéré une possibilité extraordinaire, de participer à la création et à l’élaboration d’une certaine culture, qui rayonne bien au-delà des frontières locales. Cette possibilité a changé les conditions de création et d’élaboration de la culture en général, et ce changement menace les industries établies du contenu."

2) "Nous pouvons percevoir ce changement en distinguant culture commerciale et culture non commerciale, et en comparant les aspects légaux de chacune. Par culture commerciale, j’entends cette partie de la culture qui est produite et vendue, ou qui est produite pour être vendue. Par culture non commerciale, j’entends tout le reste. Quand un vieil homme s’asseyait autrefois dans un parc ou à un coin de rue pour raconter des histoires que les enfants (ou les adultes) consommaient, c’était de la culture non commerciale. Quand Noah Webster faisait publier son "Reader", ou Joel Barlow sa poésie, c’était de la culture commerciale."

3) "Aujourd’hui, cette démarcation nette entre le libre et le contrôlé a disparu9. Internet a préparé le terrain à cette disparition, et avec l’appui des médias, la loi y a contribué. Pour la première fois dans notre tradition, les moyens habituels par lesquels les individus créent et partagent leur culture tombent sous le coup de la loi, qui a étendu son emprise à des pans entiers de la culture jusqu’ici libres de tout contrôle. La technologie, qui jusqu’ici avait préservé l’équilibre historique entre la culture libre et la culture nécessitant une permission, a été défaite."

Source : blog Media & Tech (par didier durand)


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