Zemmour & Naulleau : sans Ruquier, c’est mieux

par Jean Lannes
jeudi 6 octobre 2011

Gentiment écartés du service public avant l’été – pour des raisons politiques si l’on en croit les deux principaux intéressés – Eric Zemmour et Eric Naulleau ont su conserver une tribune télévisuelle sur Paris Première, chaîne privée ayant vu là l’occasion de faire grimper ses audiences et sa côte de popularité. La première de l’émission était diffusée vendredi 23 septembre à 22h45. Un record d’audience avait alors été atteint pour la chaîne (payante, il faut le rappeler) avec de 2 à 4,4% d’audience (selon les différentes sources).

Depuis, l’audience se tasse, tout comme celle d’On n’est pas couché d’ailleurs qui a beaucoup diminué depuis le départ des deux flingueurs. Mais ces questions, qui consistent à estimer combien de personnes étaient affalées dans leur canapé à un horaire précis, importent peu. Seul le contenu doit attirer notre attention. Car si, depuis le formidable travail de Michel Desmurget, il est désormais acquis que la télévision représente un danger pour la santé physique et mentale de tous, il demeure cependant quelques rares programmes qui valent plus ou moins le détour. En l’occurrence, avec Z&N version Paris Première, le résultat n’est pas mauvais.

Ainsi, la formule toute fraîche nous présente un Naulleau chef d’orchestre de l’émission et un Zemmour dans le rôle du polémiste. Chaque semaine, durant plus d’une heure, une personnalité politique et un autre invité (professeur, journaliste, intellectuel… selon le thème abordé) y sont interrogés sans gants blancs par le célèbre chroniqueur.

Et ce qui change fondamentalement par rapport à l’époque où les deux compères se côtoyaient sur le plateau de Laurent Ruquier, c’est justement la bénéfique absence de ce dernier.


Oublié, le temps où Ruquier venait, de par ses blagues qui ne font rire que lui, faire interrompre sans gêne un débat intéressant par les applaudissements d’un public obéissant religieusement aux ordres du chauffeur de salle.
Terminée, l’époque où les discussions politiques étaient sans arrêt noyées dans le torrent de promo et de sous-culture télévisuelle proposé par l’animateur au public.
Bien loin enfin, l’ère ou celui-ci était le maître de la programmation et pouvait ainsi se permettre d’inviter régulièrement les copains de sa « bande » et, en parallèle, refuser l’entrée à ceux qui ne trouvaient aucune grâce à ses yeux boboïsés.

Marine Le Pen, prochaine invitée politique de Zemmour et Naulleau

Cette semaine, Paris Première a révélé, comme toujours, le nom du prochain invité de son duo star. Ainsi, vendredi soir, c’est Marine Le Pen, présidente du Front National et candidate à l’élection présidentielle, qui sera reçue sur le plateau. Pour la première fois, cette dernière se retrouvera face à Eric Zemmour, ce qui n’avait jamais été possible auparavant.

Car souvenez-vous, en décembre dernier, Laurent Ruquier avait faire part – devant un Michel Drucker qui avait pris la même décision – de son intention de ne jamais recevoir Marine Le Pen dans son émission. Un choix antidémocratique – pour un animateur du service public invitant chaque semaine des invités politiques, Besancenot et Mélenchon compris – qui n’avait pourtant pas fait broncher le CSA.

Aujourd’hui, libres de la censure, de la beauferie culturelle et de la tyrannie humoristique de Ruquier, Eric Zemmour et Eric Naulleau se retrouvent maîtres de leurs décisions. François Bayrou et Laurent Fabius étaient leurs deux premiers invités, Marine Le Pen sera la suivante. Rien de plus normal en démocratie, me direz-vous, mais c’est justement parce que nous n’y sommes plus vraiment que ce genre de choses arrivent dans l’indifférence générale.

Même si la nouvelle émission des deux Éric a encore du chemin à faire pour attirer un public plus important, même s’il reste beaucoup de choses à revoir et à perfectionner, même si la télévision est à consommer avec (beaucoup) de modération, il est tout de même bon de voir que ce programme peut se donner les moyens d’avoir de l’avenir et de présenter un intérêt croissant. Une chose demeure certaine : sans Laurent Ruquier, Zemmour et Naulleau c’est tellement mieux !

Christopher Lings ( Enquête & Débat )


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