Alstom : la grosse arnaque de Montebourg et Hollande

par Laurent Herblay
mercredi 25 juin 2014

Comme beaucoup, en apprenant la prise de participation de l’Etat dans Alstom, je me suis réjoui, imaginant que l’entreprise échappait au dépeçage. Mais la création de co-entreprise avec GE m’a rendu suspicieux et la lecture du détail de l’accord laisse apparaître une véritable embrouille.

Les arbustes qui cachent la forêt
 
Il faut dire que le traitement de l’information par une partie des médias est parfois bien superficiel. Bien sûr, l’Etat doit reprendre la participation de Bouygues et GE propose la formation de coentreprise à 50-50 dans les turbines nucléaires et les énergies renouvelables. Du coup, étant donné le succès de l’association de l’entreprise étasunienne avec Safran dans les moteurs d’avion et sa présence de longue date en France, l’accord peut sembler être un immense progrès par rapport aux plans initiaux, d’autant plus qu’il cède son activité de signalisation. Mais les péripéties de l’accord à trouver entre l’Etat et Bouygues pour le rachat de sa participation dans Alstom et les questionnements ridicules sur les moyens de l’Etat détournent le débat des vraies questions.
 
En effet, quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai découvert le détail de l’accord ! D’abord, il faut remettre à sa juste place la cession des activités de signalisation de GE, qui ne réalisent que 370 millions d’euros de chiffre d’affaire, à peine 6% de l’activité transport d’Alstom (5,9 milliards de CA). Ensuite, il faut bien noter qu’Alstom cède 50% de ses turbines à vapeur nucléaires, des réseaux électriques, de l’éolien en mer et de l’hydroélectricité (qui deviendront des co-entreprises). Pire, GE reprend 100% des turbines à gaz, des turbines à vapeur hors nucléaire (sauf en France) et même 100% de certaines énergies renouvelables (éolien terrestre, solaire et géothermie). D’où le fait que l’entreprise étasunienne débourse quand même 6,7 milliards.
 
La synthèse à la Hollande

Bref, même si le dépeçage ne va pas aussi loin que ce qui était envisagé originellement, il y a quand même dépeçage d’Alstom, dont l’activité énergie est charcutée et largement reprise par GE, même si l’Etat a pu assurer le maintien d’une participation à 50% dans quelques domaines et quelques protections techniques dans le nucléaire. Mais il est proprement effarant d’accepter de céder 100% des turbines à gaz étant donné le développement rapide de cette source d’énergie (d’ailleurs, significativement, Siemens était prêt à casser sa tirelire pour cette activité). Car même si le sort de l’entreprise est un peu plus enviable qu’originellement, il est difficile de ne pas y voir qu’une amélioration marginale. En réalité, en procédant de la sorte, Alstom renonce de facto à jouer un rôle dans l’énergie et y perd toute taille critique du fait de ces cessions.

Nous sommes loin, très loin du plan C évoqué par Arnaud Montebourg il y a quelques semaines, ce plan visant à créer un champion national dans l’énergie. Malheureusement, le gouvernement accepte un accord à peine moins mauvais que le plan initial quand on étudie les détails, où le diable se cache si souvent. Il est difficile de ne pas voir ici une synthèse à la Hollande, où, en cherchant à contenter tout le monde, il finit par y avoir un loup. La seule chose qu’a vraiment réussi le gouvernement, c’est sa communication : la complexité de l’accord fait que les éléments de progrès peuvent camoufler les éléments qui démontrent qu’en réalité, le gouvernement accepte un dépeçage d’Alstom, qui cède de facto la majeure partie de son activité énergie à GE.
 
Le diable est dans les détails. Bien sûr, il est positif que l’Etat n’hésite pas à prendre une participation dans Alstom, mais cette participation camoufle un démantèlement massif de la filière énergétique de notre pays et sa cession à GE. Et si l’accord est moins mauvais que prévu, ce n’est que marginal…

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